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Miles Kane à Rock Werchter : « Une journée comme celle-là, j’aimerais pouvoir la vivre tous les jours »

Miles Kane à Rock Werchter : "Une journée comme celle-là, j'aimerais pouvoir le faire tous les jours"

Miles Kane sur la scène de Rock Werchter, le 1er juillet 2022. | © ANP / Alex Vanhee

Musique

Le complice d’Alex Turner (Arctic Monkeys) a conquis le public de Rock Werchter vendredi après-midi, avec son énergie et son rock indé.

 

Jouer en plein milieu de l’après-midi sur la scène principale de Rock Werchter n’est pas chose aisée. Et pourtant, Miles Kane a rapidement captivé l’assistance avec son énergie et son univers rock indé très british. Si son public est encore confidentiel en Belgique, le chanteur est une vraie rock star de l’autre côté de la Manche.

Miles Kane commence dès l’âge de 18 ans à jouer dans des groupes comme The Little Flames ou The Rascals. C’est en faisant la première partie d’Arctic Monkeys qu’il rencontre Alex Turner, avec qui il devient ami. Ensemble, ils créent le groupe The Last Shadow Puppets en parallèle de leurs différents projets. Miles Kane se lance également dans une carrière solo en 2009 avec un premier album très rock, et des tubes comme « Inhaler », « Come Closer » ou « Rearrange » – des chansons qui marchent toujours aussi bien aujourd’hui en concert.

À l’occasion de sa venue à Rock Werchter, nous en avons profité pour lui poser quelques questions sur sa relation avec la scène et sur son nouvel album Change The Show. Rencontre.

ParisMatch.be. C’est la quatrième fois que vous venez à Rock Werchter. Comment vous vous sentez de revenir à chaque fois ?

Miles Kane. J’adore ! On n’était pas en tête d’affiche, mais le public était présent même à deux heures de l’après-midi. On a dû reprendre deux chansons à la fin, « Come Closer » et « Don’t forget who you are » car le public chantait. Je ne m’attendais pas à ça. On ne pouvait pas en attendre autant d’un après-midi.

 

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Vous jouez très souvent à Rock Werchter, et vous étiez à Bruxelles en avril. Avez-vous un lien particulier avec le public belge ?

Je viens ici depuis le début, depuis que j’ai 18-19 ans. La Belgique, la France, les Pays-Bas, l’Italie ont toujours été très accueillants avec moi. Les festivals belges en particulier. Tous les concerts que nous avons faits ici sont toujours vibrants et excitants. C’est un sentiment positif et je suis reconnaissant de pouvoir encore le faire.

Dans votre nouvel album, vous avez une influence Motown, et vous avez dit que cela vous venez de vos souvenirs lors de réunions de famille. Pourquoi avez-vous choisi d’avoir cette influence dans votre musique maintenant ?

Mes précédents albums étaient plus rock’n’roll, mais il y avait toujours cet élément d’âme de la Motown, et j’ai clairement déjà exprimé mon amour pour les Four Tops et Diana Ross. Sur cet album, j’avais l’impression que je voulais vraiment prendre cette voie. La production et les chansons elles-mêmes avaient l’air de correspondre à cette tendance. Mais selon moi, c’est toujours très proche de qui je suis, et quand on les met dans le set avec les autres chansons, où c’est du rock’n’roll plus punk, il y a mon empreinte dessus. Il est étiqueté avec le label Motown, mais pour moi, c’est juste une autre facette de moi.

Votre nouvel album s’appelle « Change the show », vous avez une chanson qui porte le même nom, et vous portiez sur scène un brassard avec la même devise à Bruxelles en avril. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

J’ai oublié de le mettre aujourd’hui, d’ailleurs ! (rires)
Changer le spectacle ? Je suppose que ça veut dire « ne laisse pas la négativité se mettre en travers de votre chemin » et « que tu es le maître de ton propre résultat ». C’est presque comme cette vieille mentalité qui consiste à rester sur ses positions et à croire en ce que l’on croit. Il se passe tellement de choses dans le monde, il est facile de se laisser distraire. Je pense qu’il est important parfois d’avoir ses petites œillères et si vous croyez en quelque chose, à long terme, je pense que ça va marcher. C’est une chanson qui parle de ça. Je l’ai écrite alors que je regardais les infos et que tout était vraiment frustrant et négatif. J’ai changé de chaîne, comme pour changer d’émission (show en anglais, ndlr), et c’est comme ça que c’est venu. C’est une chanson toujours d’actualité aujourd’hui, je suppose.

« Quand je ne fais pas de musique, je deviens vraiment triste. »

Le confinement vous a-t-il affecté dans votre musique ? Vous avez eu envie de vivre plus intensément après ?

Probablement oui, et plus personnellement aussi. Mais j’ai juste réalisé à quel point j’aime la musique et quand je n’en fais pas, je deviens vraiment triste. Il y a quelque chose dans le fait de jouer en live et d’être avec des gens… c’est quelque chose dont j’ai vraiment besoin. Et je peux toujours prendre mon pied en écrivant, mais pour moi, une journée comme aujourd’hui, j’aimerais pouvoir le faire tous les jours. Et ce n’est pas vraiment un truc pour attirer l’attention et booster mon ego, c’est plus profond que ça. J’aime juste jouer mes vieilles chansons, mes nouvelles chansons, des reprises… peu importe ce que c’est, elles signifient tellement pour moi. Certains ont besoin d’aller à la salle de gym pour se sentir bien, pour moi, c’est jouer des concerts, que ce soit ici ou n’importe où, dans un bar, je m’en fous vraiment ! J’aime juste jouer… j’adore jouer pour les gens. C’est mon métier et je pense que je suis doué pour ça, c’est très naturel pour moi.

Est-ce que parfois vous êtes fatigué de jouer vos anciennes chansons ?

Pour l’instant non, mais je suis sûr qu’il y a eu des moments où ça a dû être le cas (rires). Mais ces vieilles chansons signifient tellement ; c’est un peu comme si elles étaient toutes des petits chapitres de ce que je suis maintenant. Elles signifient toujours beaucoup pour moi d’une certaine manière : les paroles résonnent encore fortement en moi, ou elles me ramènent à ce sentiment de quand j’étais plus jeune.

Des critiques disaient à l’époque que « Coup de grâce » n’était pas votre meilleur album, mais on voit en concert que le public aime beaucoup les chansons. Que ressentez-vous par rapport aux critiques en général ?

J’ai arrêté de lire la presse à mon sujet. Évidemment, si tu lis quelque chose de négatif sur toi dans la presse ou en ligne, ça fait un peu mal, mais maintenant que je suis plus âgé, je peux mieux gérer ces sentiments. C’est comme ce que je disais tout à l’heure : si tu commences à tout lire et à voir tout ce qui est négatif, tu ne vas jamais plaire à tout le monde alors tu ne peux pas t’engager dans cette direction. Je continue sur mon propre chemin. Si tu aimes, tant mieux, et si tu n’aimes pas, je n’ai pas besoin de savoir ou alors n’écoute pas. Personne ne te force à écouter ma musique.

Une de vos chansons s’appelle “Don’t Forget Who You Are”. Est-ce que vous avez presque oublié qui vous étiez, ou d’où vous veniez, à un moment ?

Je pense que ça nous est déjà tous arrivé, à différents moments de nos vies. J’ai écrit cette chanson quand j’étais jeune, et c’est toujours valable aujourd’hui. Parfois, on se sent déprimé ou autres, et on a tous ces petites phases qui affectent notre vie personnelle. C’est une sorte de petit rappel, je pense. Mais je suis à l’aise là où je suis en ce moment, et je sais qui je suis.

Est-ce que vous avez eu peur de prendre la grosse tête à un moment donné ?

Je pense oui. Quand tu es plus jeune, que tu te vantes et qu’on te fait découvrir l’argent et un peu de gloire… Une partie de toi veut expérimenter ce genre de choses, et vivre un peu cette vie. Et j’ai fait tout ça en quelque sorte, mais je ne le regretterai jamais parce que tu dois essayer ces choses (rires). N’importe qui mentirait s’il disait qu’il ne le fait pas, surtout quand on est plus jeune. C’est juste bon d’être passé de l’autre côté et quand je regarde en arrière, je n’ai aucun regret.

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