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Balthazar : « La musique est nécessaire, surtout dans les périodes sombres »

Balthazar : « La musique est nécessaire, surtout dans les périodes sombres »

"Il y a tellement de groupes qui se séparent à cause de problèmes d'ego. On évite ce genre de choses." | © Alex Vanhee / ANP

Musique

Nous avons rencontré Balthazar lors de son passage à Rock Werchter. L’occasion de parler avec le groupe courtraisien de leur cinquième album Sand, de leur rapport à la musique, et de leur bassiste qui se coupe les cheveux sur scène.

 

Meilleurs amis depuis le secondaire, Maarten Devoldere et Jinte Deprez créent le groupe Balthazar en 2004. Leur musique pop rock planante conquit le public belge, offrant rapidement au groupe originaire de Courtrai des scènes prestigieuses comme l’Ancienne Belgique, la Cigale à Paris ou encore le festival Rock Werchter. À l’occasion de la sortie de leur cinquième album Sand, Balthazar était de retour sur la scène principale du festival flamand après la période Covid. Rencontre.

Comment c’était de retrouver le public de Rock Werchter cette année ?

Jinte : On a fait beaucoup de festival ces dernières semaines, et c’est comme rentrer à la maison. Et c’est aussi tout l’inverse de ce que c’était à l’époque du Covid. C’était comme un processus de sevrage pour tout le monde ! Ça fait du bien de retrouver les concerts comme ça, sans être assis…

Durant votre prestation, votre bassiste s’est coupé les cheveux sur scène. Alors forcément, on veut savoir pourquoi !

Maarten : Il a perdu une partie de ping-pong hier dans les coulisses… et nous sommes sans pitié pour les perdants. Il est vraiment mauvais à ce jeu, je ne sais pas pourquoi il a parié !
Jinte : Et c’était bizarre parce qu’il y avait un coiffeur à côté de la scène… Une coïncidence ? Je ne sais pas… Je ne crois pas aux coïncidences, ça devait arriver.

 

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Vous avez sorti votre album Sand en 2021. Comment vous vous répartissez le travail ?

Maarten : La plupart du temps, nous écrivons séparément, puis on mélange nos idées et on va plus loin avec l’une d’entre elles. Ce n’est pas comme si nous étions assis tous les deux derrière un piano, c’est trop difficile.
Jinte : C’est aussi une sorte de compétition. On essaie de contrarier l’autre en écrivant la meilleure chanson pour qu’il se dise « c’est tellement bon, je vais écrire une chanson encore meilleure ». En travaillant ensemble toutes ces années, vous vous rendez mutuellement meilleurs. Mais au final, c’est toujours un effort commun parce que c’est collectif. Il faut qu’on soit tous les deux vraiment heureux de ce qui se trouve sur l’album.

Pour composer, vous travaillez aussi avec les musiciens ?

Maarten : Nous composons les chansons mais une fois qu’il y en a une qui nous plaît, on doit l’arranger, on la joue avec le groupe, et ensuite chacun met sa propre signature sur la chanson.
Jinte : En fait, nous sommes les pires musiciens du groupe, mais c’est sympa de diriger les autres (rires).

Vous avez eu des projets solo avant votre quatrième album Fever. Comment c’était de se retrouver ensuite ? C’était différent ?

Jinte : D’une certaine manière, c’était plus facile, car c’est bon pour la créativité d’avoir différents projets.
Maarten : C’est difficile parfois dans un groupe car vous devez faire des compromis. Je pense que c’est une bouffée d’oxygène pour le groupe d’avoir des projets sur le côté.
Jinte : On a besoin de ces variations, sinon on devient paresseux. Plus il y a d’albums, mieux c’est : parfois on le fait en tant que collectif, parfois on le fait séparément. Il y a tellement de groupes qui se séparent à cause de problèmes d’ego ou autres, on évite ce genre de choses.

Est-ce que c’était difficile de composer durant la pandémie ?

Maarten : Je pense que ça pouvait aller pour l’écriture, mais finir un album était vraiment difficile, parce qu’on ne pouvait pas se voir. C’était la manière la plus froide de livrer un album. Il ne se passe pas grand chose, donc tu dois t’inspirer de ce qui s’est passé avant. Bien sûr, tu as beaucoup de temps à la maison et tu n’as pas grand chose d’autre à faire, mais je préfère écrire entre deux dates en tournée, quand il se passe beaucoup de choses.
Jinte : D’un autre côté, c’est notre cinquième album et c’était bien que ce soit dans des circonstances différentes, donc on a essayé d’en profiter autant que possible. Et le résultat est aussi quelque chose de différent.

Nous avons besoin de la musique pour nos âmes.

Votre clip « Losers » est sorti durant la pandémie, et dans les commentaires sur Youtube on peut lire : « Vous faites tellement plaisir à lâcher un son en cette période sombre ». Comment vous vous sentez quand vous lisez ce genre de commentaire ?

Jinte : On écrit de la musique pour soi, mais on essaie de toucher des gens avec qui on peut avoir une connexion. Donc quand on lit ça, c’est comme s’ils se connectaient à nous avec la musique et ça fait plaisir. C’est l’idée même de la musique, je pense, surtout dans les périodes sombres. J’ai lu dans les journaux, avec la situation en Ukraine : « Wow, même dans ces périodes sombres, la musique existe toujours ». Et je me suis dit : « c’est l’idée même de la musique ! ». Nous en avons besoin pour nos âmes.
Maarten : Quand tu écris quelque chose de l’intérieur, tu espères que ça va résonner chez les gens, mais on ne sait jamais si ça va marcher…
Jinte : Tu ne dois pas écrire de la musique pour les autres, tu dois l’écrire pour toi-même et ensuite il y a toujours des gens qui vont s’y connecter. C’est toute l’idée de Balthazar, je pense. Nous ne sommes pas un groupe de divertissement. Nous faisons de la musique et ceux qui l’aiment sont les bienvenus.

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Quand on écoute votre musique, on se sent toujours dans une douce journée d’été. Comment faites-vous pour garder ces bonnes vibrations ?

Jinte : Je pense qu’il y a une nette différence entre nos premiers albums et nos derniers albums, dans le sens où nous sommes devenus plus âgés et nous nous concentrons plus sur le positif. La musique est devenue un peu plus joyeuse ou festive, mais c’est normal : quand tu es jeune, tu es attiré par le côté sombre. Plus tu vieillis, plus tu réalises qu’il est difficile d’écrire de la musique joyeuse. C’est un défi. Mais peut-être que le prochain album sera déprimé à mort, je ne sais pas.

Vous pensez que c’est plus difficile d’écrire de la musique joyeuse ?

Jinte : Oui, parce que c’est facile et superficiel, mais c’est dur de garder la qualité.

On était en tournée non stop pendant dix ans. C’était notre vie et on la prenait un peu pour acquise.

Vous avez dit que le nom de votre album Sand était une référence au temps qui passe dans un sablier. Vous pouvez m’en dire plus ?

Maarten : Dans cet album, on parle du temps dans beaucoup de chansons, sans que ce soit planifié. C’est un thème actuel et ça allait bien avec la pandémie, parce que nous avions tous le sentiment d’être mis sur pause. Je pense que tout le monde a eu l’impression d’être dans une sorte de salle d’attente, c’est pourquoi nous avons choisi ce titre. C’est une idée intéressante quand on y pense : il y a quelque chose d’utile dans une salle d’attente, il y a quelque chose qui grandit mais qu’on ne peut pas encore le voir…
Jinte : C’est la première fois que tout le monde a eu le même sentiment. Nous étions tous occupés par nos propres vies et soudain, personne ne pouvait plus rien faire.

Avez-vous apprécié d’avoir une pause comme ça ?

Jinte : Oui et non. On était en tournée non stop pendant dix ans : entre sortir un album, partir en tournée, faire la promo… C’était notre vie et on la prenait un peu pour acquise. Je pense que le fait d’être mis en pause met tout en perspective, donc dans ce sens : oui, c’est très sain.
Maarten : C’est pas mal parfois d’apprendre que l’on ne contrôle pas tout. Cela nous rend plus humbles, d’une certaine manière.
Jinte : Ce n’est pas toujours agréable, mais c’est un processus d’apprentissage de toute façon.

Balthazar sera en concert le 14 août à Hasselt.

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