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Grand Corps Malade, Ben Mazué et Gaël Faye: « La Belgique est plus ouverte que la France et cela se ressent dans la musique »

Trois artistes aux styles bien distincts. | © @yannorhan

Musique

Avec un album commun, les trois artistes ont créé la surpise musicale de la rentrée. Souriants, naturels et surtout dotés d’un humour qui leur est propre, ils ont accepté de nous en dire un peu plus sur cette collaboration inattendue.

 

Très amis dans la vie, c’est très naturellement que Grand Corps Malade, Ben Mazué et Gaël Faye ont décidé de collaborer ensemble pour la première fois sur un album, Ephémère. Trois voix françaises uniques et remarquables entre mille qui nous offrent sept chansons empreintes de liberté et de légèreté, une bouffée d’air frais dans ce contexte de crise actuelle. Un album disponible depuis ce 16 septembre et qui a une histoire bien particulière comme nous le révèlent les trois artistes au cours d’une interview pour Paris Match.

Comment est née cette envie de créer un album à trois ?

Grand Corps Malade : « A la fin d’un concert en discutant avec mon producteur on a eu cette idée de faire un projet un peu à part et une heure après je créais un groupe Whatsapp en proposant ce projet à Ben Mazué et Gaël Faye: s’enfermer pendnat une semaine dans une maison pour écrire. On est vraiment méga potes dans la vie depuis longtemps. Je connais Gaël depuis 18 ans, Ben depuis 10 ans et eux deux se connaissent aussi depuis 10 ans. Et voilà tout est parti de là, je leur ai proposé de s’enfermer pendant une semaine, d’écrire des chansons et de voir ce qu’il en sort. C’est venu d’un seul coup. »

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Votre album s’appelle Ephémère, cela signifie-t-il que cette collaboration sera de courte durée ?

Grand Corps Malade: « Oui tout à fait, c’est l’idée. On a pas arrêté nos carrières respectives, on a juste envie de s’offrir une parenthèse collective. »

Gaël Faye: « La pause elle a surtout eu lieu pendant la semaine de studio. Et cela a été extraordinnaire. On s’est permis de travailler les chansons comme on ne l’avait jamais fait, en partant de rien, on n’avait aucun texte ou musique et on a tout construit ensemble. Avec l’aide bien sûr des musiciens qui nous accompagnaient, Guillaume Poncelet et Mosimann avec qui on avait déjà collaboré sur nos albums perso. »

Vous êtes trois artistes très différents, avec chacun une identité forte. Comment avez-vous fait pour vous accorder sur cet album ?

Ben Mazué: « Les musiciens ont été très importants. On leur a demandé de faire jumeler nos univers musicaux et cela a permis de créer une cohérence. Ensuite on est parti du fait que lorsque l’on se voit on a plein de choses à se dire. On s’est dit qu’il suffisait de continuer à parler mais en chanson et toujours dans l’idée de faire quelque chose que l’on aurait jamais fait avant. Chaque chanson est le résultat d’un processus d’écriture que l’on avait jamais expérimenté. »

Le premier objectif de ce projet était de se retrouver pendant une semaine.

Lorsque l’on vous entend parler, on a l’impression que vous avez fait cela pour vous amuser avant tout.

Grand Corps Malade: « C’est un grand oui (rires). Le premier objectif de ce projet était de se retrouver pendant une semaine. Le deuxième était qu’on puisse sortir un album de cette rencontre, on savait qu’il y avait de fortes chances que cela se produise grace au contexte. Mais vraiment, le premier but était de se faire plaisir. »

Gaël Faye: « C’est à dire que si on avait été des fans de pétanque, on aurait eu une semaine pour jouer. Là il s’avère que nous sommes artistes, alors on a fait de la musique. Enfin moi c’est comme cela que je l’ai vécu (rires). D’un coup on est heureux de se voir et on sait qu’on va passer un super moment, qu’on va rire et que de cela vont émerger des chansons. »

Comment s’est passée cette semaine d’ailleurs, où vous avez vécu enfermés dans cette maison ?

Ben Mazué: « C’était en Provence dans le Lubéron. Un lieu qui s’appelle La Fabrique et qui est vraiment destiné à accueillir des artistes. Un endroit vraiment inspirant. »

Grand Corps Malade: « C’était un lieu incroyable, avec plusieurs salles, des studios. Des fois on écrivait dans les couloirs, des fois dans nos chambres. En gros, 24h sur 24 il y avait toujours au moins un cerveau réveillé qui était en train de travailler. On aurait pas pu avoir le même résultat si on ne s’était pas retrouvé dans un lieu clos comme ça. Si on était resté à Paris en se voyant pendant la journée et qu’on était retourné à nos petites vies le soir, on aurait pas pu écrire comme cela. On avait besoin d’être ensemble 24h sur 24, de manger ensemble, de dormir au même endroit. Quand on ne parlait plus de musique, on riait ensemble et cela a créé une alchimie indispensable. Si on était resté à Paris, à 19h il fallait aller chercher les enfants au foot, faire les courses à Franprix (rires). On avait besoin de tout oublier et de ne penser qu’à notre musique. »

Gaël Faye: « Ca a été dur par moment. On rigolait tellement qu’on avait mal aux côtes, on a failli arrêter plusieurs fois (rires). »

Prévoyez-vous de faire des concerts pour cet album et si oui, comptez-vous venir en Belgique ?

Grand Corps Malade: « C’est à l’étude, mais ce serait génial de venir en Belgique. Si on fait plus de deux concerts ce serait un truc de fou si on pouvait faire le troisième à Forest National. »

La Belgique est plus ouverte et cela se ressent dans la musique.

Que pensez-vous d’ailleurs de la Belgique culturellement parlant ?

Gaël Faye: « J’adore personnellement, je trouve que les artistes Belges sont toujours très curieux. Ils n’ont pas peur de mélanger les styles, c’est moins cloisonné qu’en France. J’ai l’impression que c’est parce que les Belges sont au milieu de plein de langues différentes, de plein d’autres pays alors qu’en France on vit un peu en autarcie. On a l’impression que le monde s’arrête à nos frontières alors que la Belgique est plus ouverte et cela se ressent dans la musique. »

Grand Corps Malade: « Je ne connais pas à fond toute la scène belge mais j’ai vraiment cette impression de liberté. Comme si les artistes pouvaient plus expérimenter certaines choses musicalement, comme s’ils avaient un peu moins peur des médias et du jugement. Je pense que parfois nous en France on a un peu peur de sortir de nos petites cases. Et je me sens obligé de parler du public belge, il est vraiment extraordinnaire. En France, les concerts dans le Nord sont toujours bouillants et j’ai l’impression que c’est parce que l’on n’est pas loin de la Belgique. A chaque concert ici je me prends une claque de chaleur et de joie. »

Il y a-t-il un artiste belge avec lequel vous aimeriez collaborer ?

Ben Mazué: « Il y en a plein, il y a tellement d’artistes belges qui font de la musique de qualité, c’est extraordinnaire. D’office il y a Stromae, c’est un magicien. Je pense aussi à Puggy. « 

Gaël Faye : « Baloji, avec qui j’ai d’ailleurs déjà travaillé. Vinacano je l’adore aussi, je le trouve incroyable. »

Vous dites que les Belges cassent un peu les codes, mais vous aussi vous êtes vus comme des artistes qui osent de nouvelles choses.

Ben Mazué: « Oui c’est vrai mais c’est grace à nos parcours avant tout. Fabien (ndlr: Grand Corps Malade) il faisait déjà des grandes tournées à travers la France alors qu’il n’avait pas encore de hit en radio. On s’est installé grâce à la scène et avec cette grande exigence de ce que l’on veut proposer. La scène était notre vaisseau amiral pour chacun et de ce fait on avait une certaine singularité qui a pu d’une manière casser les codes. »

Grand Corps Malade: « On n’a jamais essayé de rentrer dans un certain format, pour passer à la radio par exemple. Je n’ai jamais vraiment cherché à trouver la recette magique, je pense qu’on a toujours bossé en fonction d’un certain feeling en lien avec notre parcours et en le gardant bien en tête. On l’a fait à notre sauce sans trop se soucier du reste. »

On n’a jamais essayé de rentrer dans un certain format.

Ben Mazué avant de vous lancer dans la musique vous avez été médecin. Mais pour vous Grand Corps Malade et Gaël Faye, si vous n’aviez pas été artistes qu’auriez vous été ?

Grand Corps Malade: Moi j’étais très sportif avant (ndlr: avant son accident), donc je pense que j’aurais bossé là dedans. Je me suis un peu lancé dans la musique comme un plan B. Cela a été un beau virage.

Gaël Faye: « J’ai eu une vie avant mais je ne saurais pas dire ce que je ferai sans l’écriture, je serai complètement perdu. »

Ben Mazué: « Moi je continue à rêver de plein trucs, et je me verrais bien faire un métier entre le champs et l’assiette, genre cuisinier, primeur, maraîcher. Quelque chose dans le genre, j’adore tout ce secteur les gens ont l’air passionés mais les horaires ont l’air très prenants. Ma carrière dans la médecine ne me manque pas ça c’est sûr, même si j’ai aimé être médecin. »

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Aujourd’hui, quels sont vos projets ?

Grand Corps Malade: « J’ai encore toute une série de concerts dans le cadre de ma tournée, je serai d’ailleurs en Belgique à Forest National le 3 novembre prochain. A part cela, avec Ben on s’est écrit des lettres depuis deux ans avec l’idée de les éditer si elles en valaient le coup. Et c’est ce qui s’est passé, un éditeur a été très intéressé et donc nous avons créé un livre, « Les correspondants » qui sortira le 19 octobre prochain. C’est notre correspondance quasi hebdomadaire où on parle de tout: de nos enfants, de la tounée, de la reprise des concerts après la crise, de la vie de tous les jours. Et comme nous ne sommes pas écrivains et que nous avions besoin d’une caution littéraire. On a pris un auteur de talent pour faire la préface, Gaël Faye. Nous sommes encore liés… »

Gaël Faye: « Moi de mon côté je suis en train de bosser sur un nouveau roman, mais je ne vous en dis pas plus pour le moment. »

© @yannorhan
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