Paris Match Belgique

Anwar : « Créer, c’est une quête de soi, une aventure ! »

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Anwar, étoile solaire et solitaire. | © Antoine Henault.

Musique

Découvert en 2016 avec son premier album Beautiful Sunrise, Anwar nous offre un retour enchanté sur l’EP Follow Me. Un petit bijou de pop lumineuse qui valait bien une rencontre sous le signe de l’évasion et une certaine idée de l’humilité.

Il nous avait offert un disque réconfortant et applaudi il y a six ans, et récidive cette année dans la même veine avec plus d’assurance. Après Beautiful Sunrise, le prometteur Anwar a lâché son EP Follow Me, condensé de bonnes vibes propre au lâcher prise. On voyage avec le Belge sur des chemins aventureux et semés de bienveillance, et on se délecte à écouter ses histoires toujours lumineuses. Rencontre.

Paris Match Belgique. Comment tu te sens quelques jours après la sortie de Follow Me ?
Anwar. Après le premier album, tout a été très vite. J’ai fait les premières parties de Zaz, j’ai beaucoup tourné et je n’ai pas eu le temps de me poser, de réaliser tout ce qui m’arrivait. Sur cet EP, j’ai voulu prendre le temps. Le temps d’améliorer ma manière de chanter, de peaufiner mes textes, de travailler mes mélodies. Le temps aussi de savoir où je voulais aller, de retrouver mon ADN. Quand on est un artiste émergent, on a parfois tendance à s’inspirer de ce qui se fait ailleurs, alors qu’il faut rester fidèle à soi-même.

C’est quoi précisément qui t’a donné envie de faire de la musique ?
J’ai toujours aimé écrire et, avant ça, lire des histoires. Je lisais Dumas quand j’étais petit, et je me suis naturellement intéressé à la littérature. Celle-ci m’a emmené ensuite vers la musique, dont mes parents étaient férus. Un jour, je chantonnais sur « Killing me softly » des Fugees et un ami m’a mis une petite graine dans la tête en me disant qu’il y avait quelque chose à creuser. J’avais 20 ou 21 ans et je me suis dit « Ah ouais, pourquoi pas en fait ». (rires)

Rien qu’un instant, j’aimerais pouvoir toucher les gens avec mes histoires et établir une connexion.

Trouver la mélodie parfaite, c’est ça qui anime ton processus ?
Ah non pas du tout ! J’ai été quelqu’un de très perfectionniste avant, en voulant toujours tout faire bien et vite dans le travail. Depuis j’ai appris qu’il faut arriver à se détendre, à accepter que tout ne peut pas être parfait. Nos défauts il ne faut pas les renier mais au contraire les embrasser, ce qui fait notre particularité. Je ne dirais pas que ma musique soit pointue, ce que je fais c’est avant tout des choses simples. À mes yeux je ne suis pas guitariste mais je joue de la guitare, je ne suis pas poète mais j’écris des chansons. 

Ta musique, elle te construit ?
Complètement. Le processus de création, c’est une quête de soi, une aventure !

J’ai lu dans des interviews que tu insistais pas mal sur la solitude, sur ton besoin de te reconnecter avec toi-même dans ton processus de création…
Au début, c’était pas forcément une chose à laquelle je prêtais attention. Mais depuis quelques temps, et surtout avec la pause Covid, j’ai compris qu’il était nécessaire de prendre du temps pour soi pour créer. De se mettre dans des conditions loin des notifications, des messages, des sorties. À un moment, il faut pouvoir creuser à l’intérieur de soi-même pour raconter des choses. 

Tu t’es essayé au rap à un moment ?
Oui ! Avant même de commencer la guitare, ce que j’écoutais c’était NTM, IAM et toute la vague de rap français avec laquelle la parole se libérait. Je me reconnaissais dans leurs paroles. Et comme j’aimais bien écrire, j’ai mis des mots sur ce que je ressentais. Donc oui j’ai écrit des textes en mode rap, et j’en écris encore aujourd’hui. Mais c’est pour moi, pas pour les partager. 

Tu t’es aussi formé grâce à un style musical méconnu, la musique gnaoua. Tu peux me raconter de quoi il s’agit ?
C’est une musique multiculturelle créée par les esclaves qui étaient emprisonnés au Maroc. Ils racontent dans leur chants les conditions de leur détention et utilisent des instruments en peau de chameau et en corde. Selon la région de laquelle ils venaient, chacun apportait ses influences, son bagage. Le résultat, ce sont des chants très puissants qui se transforment en une transe profonde. On y entend souvent le bruit des chaînes auxquelles ils étaient accrochés, comme un fond sonore lourd de profondeur et empreint d’histoire. J’ai grandi en partie au Maroc, et l’apprentissage de cette tradition m’a permis de me reconnecter à la culture de mes parents. Je suis retourné vivre un moment à Tétouan, qui est la ville de mes grands-parents. Là, la culture andalouse est aussi très présente. Ce qui donne à cet endroit une dimension multiculturelle assez inouïe. Ce “voyage” m’a permis de me connaître et d’en apprendre beaucoup sur moi.

On peut te souhaiter quoi pour le futur ?
Quand on est un jeune artiste, on aspire souvent à devenir une grande star et à crever l’écran. Pour moi, le plus important d’abord c’est d’être heureux, d’être apaisé et bien avec moi-même. Puis après musicalement, j’aimerais continuer à avoir le temps d’écrire, de composer, de partager ce que je fais avec les gens. De rien qu’un instant, pouvoir les toucher avec mes histoires et établir une connexion. Et de continuer à faire ça ad vitam æternam.

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