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Adé : « J’ai voulu faire tout l’inverse de Therapie Taxi, mais du coup ça ne me ressemblait plus »

Adé : « J'ai voulu faire tout l'inverse de Therapie Taxi, mais du coup ça ne me ressemblait plus »

Adé sera en concert le 9 mars 2023 au Botanique à Bruxelles. | © Pias / Fanny Latour-Lambert

Musique

Nommée aux NRJ Music Awards, Adé se forge sa propre identité loin de Therapie Taxi, sans pour autant renier son passé. Une conversion réussie et audacieuse pour un premier album solo. Rencontre.

 

Ancienne chanteuse du groupe Therapie Taxi, Adélaïde Chabannes continue sa route musicale en solo avec son premier album Et alors ?. Treize chansons aux sonorités pop et country qui façonnent un style bien particulier à Adé. Si le grain de voix est toujours très reconnaissable, Adé s’affirme et s’émancipe de son ancien groupe. Pour préparer cet album, la chanteuse est passée par la Belgique pour travailler avec deux membres du groupe Puggy, Romain Descampes et Egil « Ziggy » Franzen, avec qui « ça a tout de suite vraiment collé ». L’aventure s’est ensuite poursuivie de l’autre côté de l’océan, aux États-Unis, où la musique est religion à Nashville. Un voyage initiatique et authentique pour celle qui a rêvé des grands paysages du Far West durant le confinement.

Son premier titre, « Tout savoir », est déjà un véritable tube tournant sur toutes les radios et identifiable à ses notes très country. Et la reconnaissance n’a pas tardé à arriver. Alors que son album est sorti le 23 septembre dernier, Adé est déjà nommée aux NRJ Music Awards (qui auront lieu ce vendredi 18 novembre) dans deux catégories : Révélation Francophone de l’Année et Clip Francophone de l’Année.

Entre voyage dans l’Amérique de l’Ouest, la quête de soi, les remises en question et les bienfaits de la thérapie, ParisMatch.be a rencontré cette artiste que l’on n’a pas fini d’entendre.

Pour préparer votre album vous êtes allée aux États-Unis. C’était important pour vous de vous y rendre ?
Carrément ! Je voulais utiliser les sonorités et les instruments que l’on trouve là-bas, et ça me paraissait évident qu’il fallait que j’y aille. Je n’y étais jamais allée et ça m’a toujours fait rêver. Si on veut raconter une histoire, il faut quand même aller la vivre. Je voulais absolument éviter de tomber dans un côté parodique, ce qui peut très vite arriver. Ce qui m’intéressait, c’était de confronter la réalité aux fantasmes que j’avais de ces paysages.

Et vous en avez pensé quoi, alors ?
Ça m’a étonné à quel point j’en avais une vision assez proche de la réalité finalement. Ce sont des paysages qui me sont assez familiers, mais on ne sait jamais si c’est une vision sublimée dans les films ou si c’est la réalité. Les paysages sont dingues dans ce pays… il y a vraiment quelque chose de fascinant là-dedans.

Vous avez tourné deux clips sur place. C’était prévu à l’avance ou vous avez décidé une fois sur place ?
Au début on y allait pour enregistrer en studio, mais je me suis dit que c’était trop bête de rester que pour trois jours. Donc on s’est dit que c’était l’occasion de tourner les clips. On en a tourné un premier en mode « road trip », ce qui a donné le clip de « Sunset ». C’était très spontané, et c’est plus un clip souvenir. En revanche, on a tourné « Tout savoir » à Los Angeles avec une vraie production. Ce sont deux clips aux styles très différents, et c’est ça qui est cool.

Et vous avez l’impression que ça vous correspond ces deux styles ?
Complètement, parce que j’ai l’impression de naviguer entre ces deux envies-là : avoir quelque chose de très mis en scène et quelque chose de très naturel. Parfois j’ai du mal à choisir entre les deux. Et là, ça me plaisait de me dire que « Adé », en tant que chanteuse, ça peut être un premier clip hyper léché avec une lumière de fou, et un deuxième clip où c’est juste une vidéo de voyage à la « cool ». C’est possible et ça cohabite complètement.

Le public belge nous a beaucoup porté dès le début avec Therapie Taxi

Vous avez aussi préparé votre album en Belgique. Est-ce que vous avez hâte de retrouver le public belge ?
Vraiment ! Et pour le coup, je ne dis pas ça parce que je suis là. C’est un public que j’aime vraiment beaucoup et qui nous a beaucoup porté dès le début avec Therapie Taxi. J’ai eu des super bons souvenirs ici, les gens sont super motivés, tout en étant sympa. C’est toujours une bonne ambiance.

Vous parlez justement de votre ancien groupe Therapie Taxi. Est-ce que vous avez eu peur de vous lancer dans une carrière solo ?
Oui, forcément. C’est à la fois une liberté, mais elle est tellement grande que ça fait peur. Après, il faut s’enlever les limites qu’on se met tout seul. Mais c’était difficile car il y avait trop de possibilités et trop de genres de musique que j’aime.

Comment vous avez fait pour vous recentrer et savoir ce que vous vouliez faire ?
J’ai fait un gros brainstorming et je faisais beaucoup de playlist pour voir ce qui me plaisait vraiment. Je me demandais « pourquoi j’aime cette chanson ? » et j’écrivais tout dans un gros carnet. Il y avait toutes les paroles, des images, des dessins, des logos, des typographiques… C’est un énorme travail de fond, et ça m’a vachement appris. Et je crois que c’est ce que j’ai préféré.
Une fois que j’avais trouvé ce qui me plaisait, c’était juste un fil à tirer. Je voulais une réelle identité et que ça raconte quelque chose. Ça m’a vachement amusé de faire ça.

Ça a été difficile au début de devoir composer et écrire seule ?
C’était un peu bizarre, car c’était une solitude imposée par les confinements. Mais en même temps, c’était nécessaire. Je n’aurais pas pu faire tout ça sans ces périodes de solitude.
Musicalement, c’est venu assez vite mais ça a été plus dur pour les textes. Quand j’écoute une chanson, j’accroche d’abord avec la mélodie, et les paroles – en vrai – parfois je m’en fous (rires). Quand j’écris c’est pareil, c’est très rarement les paroles qui me viennent en premier. C’est ce qui m’a pris le plus de temps, et j’ai jeté beaucoup de chansons parce que le texte n’était pas vraiment… moi. J’empruntais trop de choses… ou à l’inverse, j’ai eu une période où je voulais faire tout l’inverse du groupe pour prendre le contre-pied total, mais du coup ça ne me ressemblait plus. Tout est un travail d’équilibre mais ça prend du temps… jusqu’à ce que tu en fasses une qui te plaise. Quand j’ai fait la maquette de « Les silences », je l’ai faite écouter à des amis et ils m’ont fait le plus beau compliment sans le savoir. Ils m’ont dit « ça te ressemble trop ». C’était rien pour eux mais moi ça m’a vachement émue et ça m’a fait trop plaisir parce que c’est exactement ce que je voulais.

Le confinement vous a poussé à une introspection. Ça vous a inspiré dans quel sens ?
Ça a fait naître l’idée du voyage, vu que c’était impossible. Je trouve ça marrant d’avoir un album qui a été écrit dans un enfermement en pensant à de grands espaces et des endroits où je n’étais jamais allée, et le finir dans ces espaces qui sont tout l’inverse d’un confinement. J’aime bien l’idée de ces deux énergies-là, même s’il n’y a que moi qui le sais.

Je suis une meilleure « Adé » maintenant qu’avant

Dans « Tout savoir » vous dites « je voudrais tout savoir, et voir dans le noir ». C’est quoi le plus grand mystère de l’humanité que vous voudriez connaître ?
Oula… il y en a beaucoup trop ! C’est dommage, j’en ai plein mais là je n’ai pas d’idée.

Et au niveau personnel, qu’est-ce que vous aimeriez mieux connaître sur vous ?
J’ai l’impression d’être dans cette quête un peu tout le temps. J’en parle d’ailleurs dans la chanson, quand je dis : « Allonge-toi maintenant, raconte, analyse tes histoires, ça évite les pansements », je parle d’aller en thérapie. C’est quelque chose que j’ai fait et qui m’a vachement fait grandir. C’est un truc qui m’a fait un bien fou sur tous les aspects de ma vie : sur mes relations, sur moi-même… et je trouve que je suis une meilleure « Adé » maintenant qu’avant, et c’est cool !

Vous avez une chanson qui s’appelle « Insomnies ». C’est quoi qui vous empêche de dormir la nuit ?
De la « merde », comme tout le monde (rires). Des trucs vraiment pourris, où tu te dis « pourquoi j’ai dit ça ? ». Et parfois, ça peut être en interview où je me demande si j’ai bien exprimé ma pensée. J’ai eu des moments de doute, à me demander si j’avais envie de retourner à une image publique, car c’est quelque chose qui m’apporte pas mal de stress. Il y a beaucoup de choses que tu ne contrôles pas et tu ne peux rien y faire.
Pour moi, c’était important que cette chanson soit dans l’album parce qu’il y a un côté « allez on fonce, on va en avant », mais ce n’est jamais gratuit et il y a aussi beaucoup de remises en question.

Dans « Bonne année », vous dites que c’est la faute aux autres, mais surement de la nôtre aussi. C’est une expérience personnelle ?
C’est l’expérience de tout le monde, en fait. Ce que j’essaye de dire, c’est qu’il n’y a pas de vérité, mais toujours deux façons de raconter l’histoire. Ce qu’on apprend beaucoup aussi en thérapie, c’est que l’on suit des cycles, et moi ça me fascine de savoir si c’est voulu, si c’est subi, si c’est du destin, si c’est du hasard… Tout ça, ce sont des questions qui m’intéressent beaucoup. Tiens d’ailleurs voilà une question dont j’aimerais connaitre la réponse : Est-ce que le destin existe vraiment ?

Pour la sortie de votre album, vous avez écrit sur Instagram : « Il vaut mieux essayer que regretter, se jeter à l’eau même si on pourrait se tromper ». C’est quelque chose qui vous parle ?
Oui, c’est pour ça que j’ai appelé l’album Et alors ?. Cet album parle de ces deux dernières années où je me suis sentie vraiment grandir, et où en même temps, pour moi tout a changé. J’avais envie de dire dans cet album que oui, il y a des moments de blocage, d’échec, d’histoires d’amour pourries, mais en même temps, il faut arriver à grandir, voir les choses en face, accepter que parfois ce soit de notre faute, et ravaler sa fierté…
Je crois que cet album j’aurais pu l’appeler « grandir », mais ça aurait fait trop grandiloquent.

Il y a beaucoup de chansons personnelles dans cet album. Est-ce que pour un futur album vous aimeriez écrire sur des sujets de société ?
Je me sens encore trop jeune pour écrire des textes de société. Il y a plein de sujets où je n’ai pas d’avis en fait. Souvent on nous demande des avis et moi ça me terrorise parce que après tu es enfermé dans quelque chose, et je n’aime pas parler des choses que je ne connais pas. Il y a plein de sujets où je sais que j’ai besoin de grandir, de prendre le temps… Écrire une chanson c’est quelque chose de très engageant, très personnel. Je n’ai pas envie de le faire et trois ans après dire « ça c’était un peu des conneries mais ça sonnait bien ». Je veux que ça me ressemble à 100 %, il y a plein de sujets sur lesquels j’ai des convictions mais je ne me sens pas encore prête à les porter en musique.

Adé sera en concert le 9 mars 2023 au Botanique à Bruxelles.

• L’album Et alors ? en deux-deux … •

Quelle est la chanson pour se réveiller un dimanche matin ?
« Berceuse ». C’est une chanson de réveil en fait. Tu te réveilles et tu regardes la personne à côté de toi qui dort encore.

Quelle est la chanson que tu as hâte de jouer en concerts ?
« Side by side »

Quelle est la chanson pour faire danser tout le monde à un mariage ?
« Sunset »

Quelle est la chanson pour surmonter une rupture amoureuse ?
« Et alors ? »

Quelle est la chanson la plus sincère ?
Toutes ! (rires) Mais la plus sincère, c’est « Tout savoir ».

Quelle est la chanson que tu as préféré écrire ?
« Si tu partais »

Quelle est la chanson dont tu es le plus fière ?
« Si tu partais » aussi !

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