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Man-Made Sunshine : « J’ai créé cet EP pour moi, mais j’espère qu’il pourra aussi aider les autres »

Man-Made Sunshine – Conor Mason

Conor Mason se lance dans un projet solo en parallèle de son groupe Nothing But Thieves. | © Lewis Vorn

Musique

Leader du groupe rock alternatif Nothing But Thieves, Conor Mason se livre sous un autre jour avec Man-Made Sunshine. Confidences sur ses pensées suicidaires, son acceptation de soi et la vie d’artiste.

 

Leader du groupe rock alternatif Nothing But Thieves, Conor Mason se livre sous un autre jour avec Man-Made Sunshine. Dans ce projet solo, le chanteur est allé au plus profond de lui-même pour livrer un premier EP personnel, sincère et authentique. La musique s’éloigne aussi du rock très brut de Nothing But Thieves pour explorer des contrées plus psych-pop et alternative-indie.

À l’occasion de la sortie de son EP éponyme, rencontre avec Man-Made Sunshine qui se confie sur ses pensées suicidaires, son acceptation de soi et la vie d’artiste.

Pourquoi avez-vous choisi ce nom de scène, Man-Made Sunshine ?
C’est venu d’un texte que j’essayais de formuler, mais qui ne collait pas très bien. J’essayais de jouer avec des métaphores, et je me suis dit : « dans la tristesse ordinaire, les hommes apportent du soleil ». C’était un peu maladroit, mais j’ai trouvé cette seconde moitié incroyable. Je me suis dit que ça incarnait bien ce que je ressens à propos de la vie : à savoir que le bonheur n’est pas fabriqué artificiellement pour vous, mais c’est à vous de le créer vous-même. C’est un message d’espoir, mais c’est aussi un message d’avertissement, en un sens.


Comment vous est venue l’idée d’avoir ce projet solo, en parallèle de votre groupe Nothing But Thieves ?
Pendant les deux ans de la pandémie, j’ai écrit beaucoup de chansons. Je venais de rompre, j’avais beaucoup de choses qui flottaient dans mon esprit et dans mon corps, dans le passé comme dans le présent, et je me suis dit que c’était le moment idéal pour travailler dessus. Ça a commencé comme une thérapie, et puis ça s’est traduit dans des chansons. Je les ai montré à mes potes du groupe, et ils m’ont dit : « C’est très personnel, c’est très toi. Pourquoi tu n’en fais pas quelque chose ? » Je trouvais ça très intimidant au début, mais j’ai reçu beaucoup d’amour et d’encouragement. Le groupe m’a beaucoup poussé, ce qui est vraiment génial. Je pense que cela m’a donné un peu de feu en moi et j’ai continué dans cette voie.

Vous dites que ça a commencé comme une thérapie pour vous, mais ça peut aussi aider vos fans…
Oui, c’est le but, même si au début c’était surtout pour moi, c’est vrai. Durant la pandémie, j’étais surpris de voir que j’avais naturellement envie d’écouter ces chansons, juste parce que je voulais me reconnecter avec le sentiment qu’elles me procuraient. C’était super car je les avais écrites exactement pour ça. En sortant l’EP, j’avais l’impression de pouvoir donner un ami à nos fans qui traversent la même chose, ou qui ont besoin de quelque chose de réconfortant ou d’un soutien. J’ai créé cet EP un peu pour moi, mais j’espère que ça peut marcher aussi pour les autres.

Vous avez dit :  » J’ai survécu à cette situation grâce à l’amour le plus pur et à la connexion d’un meilleur ami souffrant de la même maladie. « Que voulez-vous dire par  » la même maladie  » ?
C’était à propos de mon premier single « Life’s Gonna Kill You ». J’étais vraiment déprimé et ma santé mentale était au plus bas. J’avais des pensées suicidaires assez fortes et je me suis fait un nouvel ami. L’amitié s’est bizarrement épanouie grâce à notre lutte pour notre santé mentale, qui est en fait bizarrement liée à notre santé physique. J’avais l’impression de pouvoir m’identifier à cette personne, qui vivait quelque chose de très similaire à moi, qui se sentait déprimée et qui avait envie de mettre fin à ses jours. C’est devenu comme une relation de codépendance, ce qui n’est pas nécessairement une chose saine, mais c’est ce qui m’a permis de traverser les six premiers mois de cette période vraiment difficile. Je ne sais pas comment je m’en serais sorti sans cette personne, ce qui est effrayant à dire, mais je suis heureux de pouvoir le dire maintenant que ça va mieux. Je pense que le but ultime était d’essayer de trouver cette force et cet amour de soi par soi-même, ce que j’ai trouvé maintenant. J’avais juste besoin de traverser ça avec quelqu’un pour arriver à cet endroit. Chacun a son propre voyage et son propre processus de guérison, je suppose.

Malheureusement, je dirais que dans plus de la moitié des dates de concert j’ai été mentalement au plus bas.

Quand vous êtes devenu célèbre, ça a été difficile d’être considéré comme un modèle par vos fans, alors que vous aviez vos propres problèmes à gérer ?
Oui et je lutte toujours avec ça. J’ai fait beaucoup de tournées… Je ne sais pas combien j’en ai fait, mais je dirais, malheureusement, que dans plus de la moitié des dates j’ai été mentalement au plus bas. Et avant de monter sur scène, je me disais « Merde, je dois être ce leader vibrant qui maintient une foule ensemble… », mais ça me semblait impossible. Et pourtant, il y a des gens qui ont payé leur place, avec de l’argent durement gagné pour venir te voir jouer parce qu’ils t’aiment et qu’ils aiment tes chansons… Et je me dois d’aller sur scène et présenter les chansons de la meilleure façon, et leur donner le meilleur spectacle pour leur argent durement gagné. Mais c’est vraiment dur parce que tu finis par jouer la comédie, en un sens, et je n’aime pas ça. J’aime être honnête avec moi-même.

Et comment faites-vous justement pour surmonter ça, quand vous vous sentez très mal et que vous devez monter sur scène ?
Je pense que c’est la reconnaissance. Je me réveille chaque matin avec de la gratitude pour les belles choses qui arrivent dans ma vie. Et s’il y a certaines choses qui m’empêchent d’avancer, je choisis de ne pas les laisser m’accabler plus qu’elles ne le font déjà. Peu de gens ont l’occasion de faire ce métier, d’aller sur scène et de tout donner pendant une heure et demie. Je l’aborde simplement avec reconnaissance.

Est-ce que ça vous aide d’être avec votre groupe ?
Totalement ! Pour Man-Made Sunshine, j’ai des nouveaux musiciens qui sont super, mais ça me manque de traîner avec mon groupe. Ce sont mes frères et nous avons traversé tellement de choses ensemble. Ils ont toujours été là et nous continuerons à l’être, nous sommes si proches. C’est bizarre d’être dans un groupe, c’est comme être dans un mariage. Tu dois t’accommoder avec les défauts de chacun, ce qui est insensé pour cinq gars, mais on fait en sorte que ça marche. Je les aime. J’ai beaucoup de chance de former un groupe avec eux. Quand je suis en tournée et que les choses sont difficiles, c’est toujours plus facile avec eux, c’est sûr.

 

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En quoi est-ce différent d’écrire des paroles pour votre groupe et pour Man-Made Sunshine ?
C’est complètement différent. C’est plus facile d’un certain point de vue, car je peux juste totalement m’abandonner dans la musique. Et d’un autre côté, tu dois faire confiance à ce que tu as créé. La première fois que j’ai fini une chanson, j’attendais l’approbation du groupe pour me dire que c’était bien ou comment on pouvait l’améliorer… Alors j’ai dû apprendre à me faire confiance et j’en suis heureux. C’est une bonne leçon.

Dans le communiqué de presse, vous parlez du « deuil des autres et de mon ancien moi ». C’est une façon intéressante de parler de développement personnel…
Durant la pandémie, je faisais le deuil d’une rupture. Et en même temps, je pense que ce qui était le plus lourd, c’est que je faisais le deuil de la naïveté que j’avais, de mon ancien moi qui n’avait pas eu autant de luttes physiques et mentales, mais aussi de cette personne qui n’était plus quelqu’un avec qui je me sentais en phase et que je ne voulais plus être. J’étais une personne était très immature, qui a fait beaucoup d’erreurs (comme nous tous). J’avais l’impression de faire le deuil de cette version plus facile, naïve de vivre que j’ai vécu pendant presque 20 ans.
Vous faites votre deuil, et ça peut être difficile quand toute votre personnalité est bâtie sur votre passé. J’ai l’impression que se séparer de soi-même est vraiment difficile. La nouveauté est vraiment effrayante. C’est comme pour une rupture : notre cerveau se souvient toujours des bonnes choses parce qu’il veut nous garder dans cette bulle, même si c’est dans une relation toxique. C’est comme s’il essayait de se souvenir de toutes les bonnes choses pour vous y ramener. On est habitué à ce sentiment, et ça nous fait du bien même si ce n’est pas une bonne chose. Et je pense que c’est ce que je faisais. Je faisais le deuil de qui j’étais et de comment j’agissais parce que c’était plus simple et qu’il y avait moins de problèmes. Mais je ne veux plus être cette personne.

Diriez-vous que la musique vous a aidé à trouver la paix, ou vous n’y êtes pas encore ?
Oui, totalement, c’est certain. J’ai trouvé la paix. Je suis très analytique et je suis très « conscient de moi-même ». Je suis allé au fond de ce qui me maintenait dans une impasse et j’ai appris à lâcher prise, ce qui est la chose la plus dure qui soit. J’ai appris que je ne pouvais pas tout contrôler… et je l’accepte. Écrire à ce sujet m’a aidé. Je pense d’ailleurs que même si vous n’êtes pas créatif, musicien ou artiste, le simple fait d’écrire sur papier les choses que vous considérez comme les plus gros problèmes au monde, ils deviennent alors bien plus petits. Je pense que ça m’a vraiment libéré.

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