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Aurélie Saada (ex-duo Brigitte) : « Je ne suis pas heureuse tous les jours mais joyeuse tout le temps ! »

aurelie saasa

"Je suis surexcitée à l’idée de remonter sur scène dès janvier", nous explique l'artiste. | © DR.

Musique

L’ex-comparse du duo Brigitte a su transformer la douleur de cette séparation pour mieux revenir avec un premier album solo gourmand et solaire Bomboloni, du nom de petits beignets italiens et tunisiens. Un ensemble de titres délicieusement vibrant aux sonorités chaudes et enveloppantes, à l’image de son interprète fière de ses racines et à la générosité communicative.


Paris Match Belgique. L’écoute de votre album donne la sensation d’être enveloppés par une nostalgie douce, entre larmes et joie. Est-ce votre état d’esprit ?
Aurélie Saada. Je n’avais aucune envie de camoufler mes peines, celles qui constituent le chemin de tout un chacun, mais plutôt de me révéler tels des bras qui enlacent, sèchent les larmes, donnent de la force et du courage. Malgré les douleurs, le sentiment de joie doit s’avérer plus fort que tout. Quant à la nostalgie, il est vrai que j’écoute beaucoup de musique des années 50, 60 et 70, j’aime les grands orchestres, le jazz, Michel Legrand, Nancy Sinatra, les musiques de film… Le fait d’en avoir réalisé un l’année dernière, « Rose » avec Françoise Fabian, suscite sans doute un besoin de plus en accru d’images dans ma musique. Même si mes textes parlent de choses très intimes, il y avait ce désir de quelque chose d’un peu grandiose et décalé.

Il s’agit de votre projet le plus personnel, rendu possible de par la séparation du duo Brigitte. Que ce soit au cinéma, en musique ou en cuisine, vous montrez-vous telle que vous êtes ?
Même si je porte des robes à paillettes, que je m’entoure de plein de musiciens et réalise un film ou des clips, je cherche toujours la sincérité, sans rien cacher, tricher ou mentir. Creuser l’intime est ce qui me pousse à créer. Comme si je disais tout le temps « Voilà qui je suis, je vous invite chez moi ». D’ailleurs je tourne beaucoup dans ma cuisine et ma salle à manger. Les artistes aiment plutôt se protéger mais j’ai choisi une démarche inverse. J’ai beaucoup de mal à écouter ou regarder des artistes qui ne parlent pas d’eux. Pour cette raison, j’aime Sophie Calle, Romain Gary, Annie Ernaux bien sûr. Certes je me livre entièrement mais j’ai le sentiment que plus on est vulnérable, plus on est fort. Je me sens armée de ma réalité. Parfois, je me demande si je ne joue pas un jeu dangereux mais telle est ma façon de vivre.

Une façon de prouver qu’on peut être écorchée et solaire ?
Je ne suis pas heureuse tous les jours mais joyeuse tout le temps ! La joie agit comme un moteur et nous aide à nous relever, à transformer et sublimer les écueils de la vie. On ne soupçonne jamais la force qui sommeille en nous. Nous pouvons nous découvrir à travers les épreuves. Et la musique offre la possibilité de travailler sur des sons, des rythmiques enlevées tout en livrant des paroles en décalage. Catherine Ringer le fait magnifiquement.

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La lumière et la couleur semblent essentielles pour vous.
Cela vient notamment de mes origines tunisiennes car l’Orient est très présent dans ma démarche artistique. Quand j’organise des dîners chez moi, les tables sont colorées. Je ne suis pas très douée avec le minimalisme, j’aime les décos qui mélangent les styles. L’harmonie émane davantage des mélanges. Un mix d’objets en dit beaucoup de vous et ne sont jamais choisis par hasard. Notre inconscient s’exprime et dévoile un fil rouge, une cohérence. La couleur m’évoque la douceur, la chaleur, l’audace aussi. Il faut oser la couleur. On porte souvent du noir pour se protéger de ce que d’aucuns appellent le mauvais goût. Alors on pourrait me montrer du doigt et penser que j’en fais trop mais ce sont mes couleurs intimes.

Cette force et cette joie vous ont-elles été transmises ?
Ma sœur et moi avons la chance d’avoir une mère très aimante et c’est un des plus beaux cadeaux de la vie. J’ai aussi eu la chance de rencontrer la psychanalyse et j’aime le préciser car on en parle souvent en la vulgarisant ou en la dédaignant. Il s’agit d’un processus assez long, j’ai commencé à l’âge de 20 ans et ai fréquenté le même analyste pendant près de quinze ans. Cette démarche m’a permis d’aller dans le sens de mon désir et de transformer mes déboires par les mots. Car oui, la psychanalyse donne l’accès aux mots, c’est une des vraies clés de ma joie. Tant qu’on est vivant, on peut avancer avec poésie.

Quel regard portez-vous sur la séduction, très présente dans cet album mais aussi dans vos vidéos ?
J’avoue un faible pour les films et photos de Sophia Loren, la sensualité teintée d’humour de Rita Hayworth, les femmes ultra glamour et fragiles à la fois. Il y a quelque chose de fascinant dans l’ultra-féminin et qui m’émeut profondément. J’aime regarder les femmes dans toute leur complexité et je voulais leur rendre hommage avec cet album. J’ai eu le bonheur de rencontrer Marceline Loridan et Ginette Kolinka (toutes deux rescapées des camps, ndlr), elles m’ont énormément inspirée, de même pour l’actrice de mon film Françoise Fabian, d’un érotisme et d’un engagement extraordinaires.

Votre page Instagram comporte pas mal de recettes joliment mises en scène. Une forme d’expression toute naturelle ?
J’ai toujours cuisiné et communiqué avec plaisir mes recettes, d’ailleurs je prépare un livre. Ma démarche générale étant de donner toujours plus et de partager avec les autres ce qui me paraît important, il me semblait évident de lier musique et cuisine, très présente dans bon nombre de textes de mes chansons. La cuisine représente une valeur refuge, la famille, l’amitié, la générosité, l’amour, la sensualité. Ce n’est pas anodin si on parle en amour de dévorer, manger, croquer… Tout ce lexique parle de nourriture. Avec mes vidéos je parle aussi de mes robes, de mes goûts…

Votre tournée passera par Bruxelles en mars. Une renaissance ?
Je suis surexcitée à l’idée de remonter sur scène dès janvier. J’ai à chaque fois l’impression de me jeter dans les bras du public. 2023 sera sous le signe du désir. Mais il faut toujours être sous le signe du désir !

En concert le 3 mars 2023 à l’AB à Bruxelles
Album : Aurélie Saada, Bomboloni, Sony Music

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