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Ada Oda, braquage à l’italienne

ada oda, la révélation musicale de l'année

Ada Oda, une bande prête à tout casser. | © Mathieu Lambin.

Musique

La nouvelle formation à suivre a volé notre cœur avec son brillant premier opus, Un Amor Debole.

 

C’est une soirée de novembre comme on les aime sur la scène bruxelloise. Il fait froid, ça pleuvine et le centre-ville nous fait de l’œil avec une foule de petits concerts organisés par le Fifty Lab. L’idée du festival est toute simple : mettre en lumière des artistes émergents devant un public fait de professionnels et de festivaliers. Ça tombe bien, on a comme l’envie d’aller sécher notre bouille, se réchauffer et même pourquoi pas taper quelques pas de danse. Encore mieux, la dernière sensation musicale belge se voit offrir une release party à l’AB Club. Ada Oda y présente son premier album, Un Amore Debole, condensé de post-punk aux accents siciliens terriblement réussi.

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De Tinder au studio d’enregistrement

Au micro, Victoria Barracato déclame – en italien dans le texte – des amours perdus, des amitiés foireuses et une trentaine faite de désillusions. C’est mal connaître Ada Oda de croire que la jolie bande va se laisser abattre. Avec un ton énervé et désinvolte, la chanteuse et ses quatre musiciens nous envoient une énergie débordante à la figure, maniant l’art d’en avoir marre en continuant à s’amuser. Victoria et son clan font sauter le coffre dès les premières notes. Pas de course-poursuite, seulement un trajet en trombe pour le Sud de l’Italie.

Si la voix d’Ada Oda – qui n’est autre que la fille d’un certain Frédéric François – est une néophyte dans la musique, les quatre garçons qui l’entourent sont eux des purs produits de la scène musicale émergente à Bruxelles. César Laloux, compositeur et créateur du projet, est passé par The Tellers, BRNS et Italian Boyfriend. Le trio qui vient prêter main forte sur scène se compose lui de Marc Pirard à la basse (ancien Italian Boyfriend lui aussi), Alex De Bueger (Alaska Gold Rush, Gros Coeur) et Aurélien Gainetdinoff (San Malo, Yolande Bashing) à la guitare.

Tout commence fin 2019 quand César et Victoria « matchent » sur Tinder. Quelques mots sont simplement échangés, l’une explique travailler dans le cinéma, l’autre dans la musique et on en reste là. Quelques mois plus tard, César renvoie un message. Pas pour un flirt, mais pour poser une voix sur des maquettes. Pendant le premier confinement, il a composé encore et encore, revenant à une passion qu’il croyait enterrée.

« J’étais un peu passé de l’autre côté de la barrière [il travaille alors dans une agence de booking] et je ne m’imaginais pas spécialement recommencer à faire de la musique. Finalement si, “grâce” au confinement, pendant lequel j’ai eu du temps pour composer. Je suis parti deux mois en France dans un village où il n’y avait rien à faire, avec mon ordi et mon clavier. Et chaque jour j’essayais de faire un bout de maquette différent. J’ai remis le pied à l’étrier et s’il n’y avait pas eu ça, je pense que je n’aurais pas trouvé l’énergie ou le temps pour en arriver là », raconte-t-il.

Faire de la musique nous a sortis d’une sorte d’impasse.

Un concours de circonstances qui en appelle un autre, le duo partageant une forme d’essoufflement face aux aléas de la vie d’adulte. « On était tous les deux dans le même mood à ce moment-là et on s’est facilement compris. De mon côté, j’ai eu un gros coup de down après mon dernier projet, je ne me sentais plus forcément légitime. Je me posais pas mal de questions, je commençais un nouveau boulot et je venais de vivre une rupture. Tout ça combiné, je vivais clairement une période incertaine et pas cool. Victoria était raccord, et ça nous a aidé à trouver un univers », poursuit César.

Le garçon confie alors ses idées à sa nouvelle comparse, et les deux partent dans un travail d’écriture exutoire où le désenchantement est de mise. Couplés aux sonorités créées par César, les textes prennent alors une dimension beaucoup plus joviales, bien aidés par le ton enjoué proposé par Victoria. Un nom est aussi trouvé : ce sera Ada Oda, argot italien parlé à New York signifiant « Another Day ». Comme un aveu d’une irrépressible envie de repousser les problèmes, et de profiter de ce qu’on a devant nous. Un autre jour, ce sera forcément mieux.

En ressort un album énervé et doux à la fois, où César convoque les Strokes par endroits, où la voix de Victoria file droit, sans trémolos. Sans le vouloir sûrement, le duo s’insère dans ce revival post-punk irrésistible, tenant fière allure à côté des contemporains Dry Cleaning et Wet Leg. Pour affiner le projet avec ce côté à l’ancienne, le chef d’orchestre s’est tenu à quelques préceptes : « L’album a un côté très ‘premier jet’ dans sa matière sonore. On est sur des boîtes à rythme assez brutes, à mes maquettes du début. On est volontairement sur un son Lo-Fi, un petit peu aigü, qui donne ce caractère rétro. On a aussi tout repassé sur des bandes, dans un studio, pour que ça ne fasse pas trop travaillé. »

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Même l’Italie semble conquise, où le groupe est allé se tester en octobre pour une mini-tournée. « Depuis, on a pas mal de bonnes critiques dans des médias indie là-bas », confie César. Comme une preuve supplémentaire d’un projet pertinent et rafraîchissant. Ada Oda enchaîne en ce moment les dates (voir en dessous), et tournera forcément dans vos festivals préférés l’année prochaine. Et en coulisse, Victoria et César dessinent déjà les plans de leur prochain hold-up.

Ada Oda, Un Amor Debole, 30min (62 TV / Pias)

16/12/22 CAFÉ CENTRAL, BRUXELLES17/12/22 ROCKERILL, CHARLEROI23/12/22 KINKY STAR, GAND

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