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Hyphen Hyphen : « C’est la première fois qu’on fait de la musique qu’on pourrait écouter »

Hyphen Hyphen : « C'est la première fois qu'on fait de la musique qu'on pourrait écouter »

Adam (guitare), Santa (chant) et Line (basse) reviennent avec leur troisième album "C'est La Vie". | © Warner Music / Kimdary

Musique

À l’occasion de leur nouvel album, C’est La Vie, Paris Match Belgique a rencontré Hyphen Hyphen. Un groupe rock et engagé.

 

Huit ans après leur premier album Times, Hyphen Hyphen revient avec un nouvel opus C’est La Vie. Le groupe s’était fait connaître à l’époque avec son titre explosif et puissant « Just Need Your Love », mais sa renommée s’est vraiment écrite sur scène. Santa (chant), Line (basse) et Adam (guitare) ont une énergie électrique et communicative, ce qui leur vaut en 2016 la victoire de la musique « révélation scène ».

En 2018, ils transforment l’essai avec leur deuxième album HH et leur titre « Like Boys ». Alors qu’ils s’apprêtent à partir en tournée aux États-Unis, le groupe niçois doit faire une pause forcée pour cause de pandémie. Ils en profitent pour écrire un troisième album tout aussi rock, qui fait office de thérapie pour le groupe. C’est La Vie, est une métaphore qui résonne comme une devise pour le groupe. Une manière de « transformer le négatif en positif », comme nous confie Santa.

« Don’t Wait For Me » et « Too Young » donnent le ton pour ce nouvel opus. Un retour aux basiques, avec une production plus épurée pour aller droit au but. Une manière de se recentrer sur les paroles, la voix et les instruments. Un choix parfaitement calculé. Des textes toujours aussi profonds sur des musiques énergiques et dansantes. Album après album, Hyphen Hyphen reste toujours aussi performant et efficace. Une vraie claque.

Pendant la pandémie, vous en avez profité pour écrire votre nouvel album. Ça a été libérateur ?

Santa : D’une certaine manière parce que ça nous offrait une échéance, un futur, un champ des possibles. On a toujours écrit comme ça : en espérant, en rêvant. Quand on était au lycée, on rêvait de remplir des salles, de faire des tournées au bout du monde et de rencontrer le plus de gens possible. Et aujourd’hui, on a toujours la même envie.

Comment vous avez fait pour trouver de l’inspiration pendant un moment aussi plombant ?

Line : C’était une période assez compliquée pour nous et quand on écrivait, ça nous faisait du bien. On s’est vite retrouvé avec un album quasi fini, mais il était un peu déprimant. On s’est demandé si c’était vraiment « nous ».

Santa : Est-ce qu’on voulait vraiment vendre plus de Lexomil (rires) ? On s’est dit « non, nous on veut potentiellement être une alternative et offrir quelque chose de beau ».

Line : D’avoir cette discussion, déjà, ça nous a fait beaucoup de bien mentalement à tous les trois. On est parti sur quelque chose avec plus d’espoir, plus de lumière, plus solaire. On s’est amusé et je trouve que ça se ressent sur cet album. Il y a un fond assez dur, mais qui est quand même tourné vers la lumière et on veut que les gens dansent.

Vous êtes un groupe qui vit pour la scène, ça a été difficile de faire une pause forcée ?

Santa : Il y avait une tournée de prévue aux États-Unis, mais il y a tout un concours de circonstances qui a fait qu’on avait aussi besoin de cette pause pour nous reconstruire, guérir ensemble, trouver les mots, et préparer un futur meilleur. On savait qu’on allait construire un album hyper important pour nous, pour moi c’est un vrai tournant.

Pourquoi « un vrai tournant » ?

Santa : C’est toujours des tournants dans une carrière artistique. C’est exceptionnel d’avoir déjà 10 ans de carrière, quand tu es un groupe de « bizarres du lycée » (rires). Mais ça ne nous a jamais suffi. Et un troisième album pour un groupe, c’est soit celui du succès, soit celui du crash.

Line : On est super fiers de cet album en tout cas, et on a vraiment réussi à faire ce qui sortait de notre tête. C’est ça qu’on voulait, et on a réussi à le faire.

Santa : Et c’est la première fois qu’on a un article dans le Billboard. Et au-delà du rêve, ça commence à sortir un peu des frontières européennes. On a fait une tournée en Allemagne, là on essaye en Grande Bretagne… Et on est tellement fiers de cet album, qu’on a envie de le partager au monde entier mais de manière très sincère. Et j’ai l’impression que c’est la première fois qu’on fait de la musique qu’on pourrait écouter.

 

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Vous disiez par rapport au précédent album que vous vouliez prouver que vous étiez des producteurs. Et pour celui-ci, que vous étiez des musiciens. Êtes-vous encore à la recherche d’une légitimité ?

Line : Il y a de ça, clairement.

Santa : À l’heure où tout le monde devient producteur, et que toute la musique est lisse et hyper ennuyeuse, je pense que prendre le contre-pied total et revenir à quelque chose de très old-school / band, c’est notre manière de proposer une alternative. Et on a toujours essayé d’être alternatif, et de mettre en valeur notre différence.

Vous avez dit en interview que cet album était le plus personnel. C’est pas ce que l’on dit à chaque album ?

Santa : Non. Pour le coup, il est vraiment personnel parce qu’il nous a permis de nous raconter avec beaucoup de pudeur, d’où aussi l’anglais. Le filtre de la langue permet de dire les choses très directement, mais aussi parfois moins profondément et plus simplement. On a toujours utilisé la musique pour transformer ce qu’on vivait, mais d’autant plus pour cet album. Glen Ballard (producteur et parolier américain, qui a notamment travaillé avec Michael Jackson, Céline Dion, Elton John ou Alanis Morissette, ndlr) nous a aidé à mettre des mots plus personnels et à simplifier nos émotions. À rendre nos émotions complexes plus lisibles.

On a perdu notre optimisme, mais on est passé dans une autre phase : celle de la rage.

Même si vous avez des chansons avec des paroles difficiles, il y a toujours une musique énergique pour ne pas foncer dans le désespoir. C’est par pudeur ?

Santa : Oui, et c’est aussi par second degré, sinon on est trop dans le pathos. Et le pathétique, c’est quelque chose qu’on s’interdit. C’est aussi notre devise de tourner le négatif en positif.

Adam : Il y a eu toujours une lueur d’espoir dans tous nos morceaux. On a toujours cherché un côté plus lumineux. Et c’est ce qui nous fait avancer dans tout, dans la vie comme dans nos créations.

Entre la pandémie, la guerre en Ukraine, la crise énergétique (pour ne citer que ça) … est-ce que la jeunesse n’a pas un peu perdu son innocence et son optimisme ?

Santa : Oui, on a perdu notre optimisme, mais on est passé dans une autre phase : celle de la rage. Et dans la rage, il y a le rassemblement ; et dans le rassemblement, on retrouve l’espoir. Donc c’est un cycle et il va falloir se battre. On nous a laissé beaucoup de bordel, il va falloir ranger, et il va falloir le faire ensemble et vite. La planète souffre tellement. Il y a plein de choses qui ne vont pas, mais là il y a une véritable urgence liée à l’urgence climatique. On a toujours mis énormément d’emballages dans nos chansons, pas seulement par pudeur, mais aussi par style. Mais sur cet album, on n’a plus le temps en fait. C’est brut, mais on a aussi trouvé notre propre style, finalement : épurer pour trouver qui nous sommes maintenant.

Santa, vous avez aussi un projet solo où vous chantez en français. Vous expliquiez au moment de vous lancer que c’est grâce à Adam et Line que vous avez sorti vos chansons sur un EP. Alors j’ai une question pour vous deux, comment vous avez fait pour convaincre Santa ?

Line : Ça s’est fait petit à petit. Après une journée de travail, elle nous a fait écouter « Popcorn salé » en piano-voix. Dès l’intro j’ai trouvé ça magnifique. Et quand elle commence à chanter en français, je ne comprends pas très bien, parce qu’on avait déjà écrit des morceaux en français pour Patricia Kaas, mais là les paroles étaient trop personnelles pour que ce soit pour quelqu’un d’autre. Et on voulait juste écouter le reste ! Au début, elle était très renfermée, elle ne voulait pas que d’autres personnes que nous les écoutent parce que ce sont des morceaux très personnels. Mais je trouvais ça trop beau, et c’était trop dommage que ça reste là dans un coin alors que ce sont des morceaux qui portent, qui sont très beaux et qui peuvent aider beaucoup de gens. Du coup, on a fait de notre mieux avec Adam pour la convaincre, et ça a marché (rires).

Santa : Sans eux, je ne les aurais pas sorties. Même s’il y a beaucoup de pudeur et la distance de l’écriture, il y a tout qui change. Quand quelqu’un me rencontre, il a énormément d’informations sur moi. Tout est dans mes chansons. C’est tout le paradoxe de ce projet, de se raconter avec pudeur. C’est pour ça qu’il s’appelle 999, parce que c’est toute la dichotomie entre Santa et Satan. Beaucoup de choses m’ont malheureusement traversé, et c’était une manière de les capturer avec un peu plus de douceur en les chantant.

Comme on disait plus tôt, vous aviez annoncé une tournée américaine au printemps 2020 qui a finalement été annulée à cause de la pandémie. Ça a été difficile à surmonter ?

Line : Non, parce que je me dis que parfois, les choses sont faites pour une raison. On était un peu fatigués de la tournée, c’était la fin de notre deuxième album, et je crois que c’était bien qu’on prenne le temps de grandir et de faire de nouveaux morceaux. Et là, je trouve qu’on est dans la bonne temporalité.

Faire carrière aux États-Unis, c’est votre rêve ultime ?

Line : Pas ultime, mais c’est notre rêve d’ado… C’était une époque où les États-Unis étaient très différents.

Santa : C’est fou comme le monde a changé en 10 ans. L’évolution est tellement rapide, c’est incroyable. Tous les rêves s’effondrent, mais il faut s’accrocher à une forme d’idéal. Si on n’a plus de rêve, on n’a plus de jeunesse. Moi, je me raccroche à cette idée d’une forme de jeunesse, une volonté d’idéal, d’avoir le champ des possibles ouverts… Ce qu’on a en Belgique, par exemple. En France, tout est compliqué : avoir une rue pour tourner 3 images, c’est 6 mois d’attente… En Belgique, je ne peux pas encore dire ce que c’est (mais il est questions d’une « grue » semble-t-il…, ndlr), j’ai un énorme projet pour janvier. En France, ce n’était pas possible.

Adam : Notre rêve c’est de faire écouter notre musique au plus de gens possible. On parle surtout des États-Unis parce que c’est un grand territoire, mais on veut surtout que tout le monde puisse entendre notre musique.

Vous vous connaissez depuis le lycée, alors question plus personnelle. Quel est le défaut que vous préférez chez l’autre ?

Line : Santa est hyper impatiente. Du coup, grâce à ça, elle pousse des murs et elle nous permet de nous faire avancer. Sans elle, je suis sure qu’on n’en serait pas là.

Santa : Le pire des défauts de Line, qui est aussi sa plus grande qualité, c’est son extrême gentillesse. Tu vois tellement le monde sous ce prisme, que tu penses parfois que le monde est aussi gentil que toi. Je pense que c’est une grande qualité mais aussi un grand défaut.

Line : Et Adam, tu t’attaches un peu trop aux petits détails. C’est bien parce que parfois j’ai un peu la flemme et toi tu aimes bien manipuler jusqu’à ce que ce soit parfaitement droit.

Adam : C’est vrai que des fois, je peux me bloquer sur des détails au lieu de voir le tout.

Hyphen Hyphen sera en concert le 27 janvier 2023 à l’Ancienne Belgique à Bruxelles.

• L’album C’est La Vie en deux-deux … •

Quelle chanson vous avez hâte de jouer en concerts ?
« Lie ! »

Quelle chanson pour se réveiller un dimanche matin ?
« Don’t Wait For Me »

Quelle chanson pour faire la meilleure story sur insta ?
« Own God »

Quelle chanson vous avez préféré écrire ?
« Call My Name »

Quelle chanson pour mener une révolution ?
« C’est La Vie »

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