Brussels Summer Festival, une affiche qui a des ovaires

Klô Pelgag grimée dans le clip de "Ferrofluides-fleurs". | © Youtube

Musique

Généralement moins présentes dans les programmations des festivals, les femmes ont une belle place sur celle du BSF. Sept d’entre elles sont à l’honneur, entre immanquables et découvertes de choix.

 

Les affiches bidouillées parlent d’elles-mêmes : il y a deux ans quelques mordus de Paint avaient gommé des lineups de festivals européens et américains les groupes exclusivement masculins, pour n’y laisser que les projets incluant des musiciennes ou des solos de femmes. Résultat : les programmations ressemblaient à un désert aride avec quelques touffes féminines ici et là.

Aujourd’hui encore, à tous les niveaux, la place des femmes dans la musique est problématique. Qu’elles soient programmatrices, organisatrices, bookeuses, roadies ou artistes, elles sont trop peu nombreuses ou invisibilisées – l’un entraînant forcément l’autre, dans un monde où les modèles féminins manquent cruellement à l’appel. Lorsqu’elles sont dans la place, elles sont victimes de discriminations, de stigmates et d’agressions liés à leur genre exclusivement. Si la question manque encore d’intérêt au sein de la recherche universitaire ou officielle, on sait grâce au Huffington Post qu’aux États-Unis par exemple, les femmes représentent pourtant 51% des festivaliers.

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Dans un paysage musical généralement dominé par des tas d’hommes – dont on ne nie pas le talent – l’affiche du Brussels Summer Festival détonne donc : à l’appel, on dénombre 37 projets qui incluent des femmes – dont 21 exclusivement féminins – sur 109 groupes programmés. Si la proportion – un tiers – est loin d’atteindre la parité, elle est tout de même à saluer… et à découvrir, du moins en partie, dans une sélection de sept artistes et groupes, au-delà des stéréotypes de genre.

Calypso Rose – 8 août

C’est le membre vénérable de cette playlist : la « vétérane » Calypso Rose est l’étoile d’un style éponyme. Revenue sur le devant de la scène avec l’appui de Manu Chao, malgré une carrière de près de 60 ans, elle sera sur celle du festival bruxellois après avoir longtemps été cantonnée à Trinité-et-Tobago. Dans une interview pour Focus Vif, elle lançait, sûre d’elle : « Dans le milieu musical, les filles ont appris à se défendre et se battre pour leurs droits ! » Et Calypso Rose poursuit le combat.

RIVE – 9 août

« Y’a pas d’justice« , dites-vous ? Et pourtant, depuis la sortie du clip copié/collé en collaboration avec Temple Caché, le duo RIVE nous a tapé dans l’œil en même temps que dans les oreilles. L’electro-pop gentille chantée en français s’était faite plus intense en trois minutes douze « Modeselektoriennes », martelées au son de la voix toujours limpide de Juliette. Il est donc plus que temps de voir de quel bois se chauffe les Bruxellois sur une scène-maison.

Fishbach – 9 août

Le revival eighties de la chanson française aura eu ça de bon d’avoir charrié quelques voix qui, sinon, auraient été automatiquement ringardisées, à l’air du vocodeur et des productions malmenées. Celles de Juliette Armanet ou Fishbach ont du corps à revendre, sans se prostituer sur l’autel de la grandiloquence ou à l’inverse, d’un minimalisme souvent midinet. Oh, la douce nostalgie.

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Klô Pelgag – 13 août

Dans l’Étoile thoracique, il y a les « Ferrofluides-fleurs », des madones immaculées et les déclinaisons d’Édelweiss. Si vous n’y comprenez rien, attendez de rencontrer la haute perchée Klô Pelgag. La Québécoise ne s’excuse pas, ne s’explique pas : elle se contemple comme « La chorégraphie des âmes » au « Musée Grévin » en plein « Incendie » – oui, la tracklist de son dernier album est une source inépuisable de cadavre exquis. Au BSF, nul doute que la Gaspésienne offrira un dimanche soir « à la violence » de la beauté.

Las Aves – 13 août

Avant, il y avait The Dodoz. Dix ans plus tard, The Dodoz est mort. Las Aves est né de ses cendres et on a envie de crier l’Ave Maria. Loin des mélodies rock adolescentes d’antan, la nouvelle formation – qui a gardé ses membres fondateurs – défie dans « N.E.M. » la pop avec des relents bienvenus de r’n’b nineties. L’album Die in Shanghai est fait de bric synthétique et de broc furieux, toujours encadrés par la voix de Géraldine – car malgré son esthétique très US, Las Aves a fait ses classes à… Toulouse.

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Juicy – 14 août

Casquettes à l’envers, attitude bling-bling et reprises « golri » de tubes qui ont fait les années nonante, le duo Juicy commence comme une blague avant d’aguicher par le savoir-faire décontracté de celles qui en ont vu d’autres – des scènes différentes, comme Julie Rens qui officie également en bonne place de la formation bruxello-jazz Oyster Node. Si elles ont déjà habitué les rues de leurs wah-wah vocaux plutôt réussis au cours de concerts sauvages, il leur reste encore à apprivoiser le public captif de la place du musée.

Sonnfjord – 14 août

On a envie de croire que l’humilité exacerbée de Maria-Laetitia Mattern n’est pas un frein à la progression d’une carrière qui devra en manquer, à un moment – forcément. Elle ne l’empêche en tout cas pas d’effectuer les virages musicaux qui devraient l’emmener sur des scènes toujours plus larges. Désormais plus La Roux explosive que chanteuse sensible, l’artiste a su s’entourer de « déjà-vieux » de la scène pop belge pour réaliser sa révolution dansante.

 

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