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Entre « Nuit » et « Justice », RIVE s’engage à deux

Vidéo Musique

En duo, RIVE emballe ses textes d’images et de sons, comme un joli camouflage. Derrière se cache un engagement sincère qui ne se dévoile que si on le veut.

« Toi contre moi, et le temps contre nous », a priori, sonne comme la complainte finale d’un couple usé à la corde. La scène de ménage de trop. Si les mots sortent de la bouche et de la tête de Juliette Bossé, face à elle et Kévin Mahé – avec qui elle forme RIVE -, on se dit qu’on s’est loupé. Que les apparences sont trompeuses et que les mots cachent un autre sens.

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Les Français ont débarqué il y a sept ans à Bruxelles et ont eu d’autres projets ensemble, dont musicaux. RIVE, finalement, est peut-être celui qui les rassemble le plus honnêtement. Elle et ses textes, sa voix éthérée, sa guitare, lui et l’envolée sauvage des arrangements, sa batterie qui donne le ton de la marche après la direction qu’empreintent les mélodies. Et deux ans après avoir esquissé un projet en duo, ils touchent du doigt les scènes plus publiques, moins confidentielles et intimistes, sous l’aile du Brussels Summer Festival. Avant ça, c’est le concours francophile « Du F. dans le texte » qui leur avait fait confiance pour déployer les possibilités de ce qui, plus tard, donnera naissance à un premier E.P. baptisé Vermillon : un mélange pas si sucré de l’un et de l’autre ; une chanson française sensible, mais pas innocente, aux accents électroniques grandiloquents.

« La musique électronique permet cet apport doux et fort à la fois. Ce contraste, on l’a dans nos paroles aussi, avec des textes qui paraissent beaux et poétiques, mais qui sont à interpréter », explique Kévin Mahé. L’umami là, le sel ici, une pointe d’acidité : les deux musiciens sont à la recherche d’un équilibre, qu’ils ont déjà trouvé dans leur duo. Juliette décrit leur relation musicale et humaine : « On est très complémentaires. C’est assez agréable, parce qu’on a de la liberté dans cette organisation, on a le champ libre ».

« Réclame la nuit, comme on oublie soudain comme ça, d’avoir peur »

La place pour investir ce qu’on veut aussi, dans un groupe délicatement engagé, comme une marque sur la peau qu’on montre subtilement quand besoin est : un poing serré, volontaire, dessiné sur le bras de la chanteuse. « Pour moi, on ne peut pas écrire des chansons si on ne parle pas de soi. L’engagement féministe est en moi depuis toujours », annonce-t-elle simplement, avant de raconter : « ‘Nuit’ par exemple, parle des manifestations de féministes qui voulaient se réapproprier la rue la nuit, dans les années 70 en Belgique. Il y a deux ou trois mois à Bruxelles, il y a eu une nouvelle manifestation du genre, ‘Reclaim the night’. Cette marche s’est terminée dans la violence policière – j’y étais. C’est fou d’écrire sur des initiatives qui ont trente ou quarante ans et ensuite de vivre ça, aujourd’hui. C’était vraiment ironique ».

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Cachés derrière une voix limpide, les mots racontent des histoires sombres comme la nuit qui cache les monstres dans ses recoins. « Je sais de quoi je parle, je sais quel engagement il y a derrière. Mais si les gens les interprètent différemment, ça me va aussi tout à fait. La musique, c’est ça aussi », lâche Juliette avant d’avouer : « l’équilibre entre un message politique clair et des paroles qui se veulent ouvertes et poétiques est difficile ». Compliqué, douloureux aussi, un peu, mais pas impossible. Comme tout ce qui va par deux dans la vie.

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