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Du 8e jour au 8e groupe, en un été musical

Vidéo Musique

Le 8e groupe rassemble Pascal, Aurélien, Jonas, Denis et Lionel. Tous différents, forcément, ces musiciens ont fait de leurs particularités l’énergie d’un projet musical.

 

Au bout d’un long, long couloir qui traverse la petite maison des arts « Globe Aroma » du centre-ville, il y a cette salle de répétition. Quelques fauteuils, un large tapis posé sur de la moquette, des objets éclectiques qui trainent ici et là et beaucoup d’instruments. Elle est semblable à toutes les autres, plus ou moins grandes, où s’escriment pendant des heures les musiciens amateurs et confirmés, surtout avant un concert important. Dans celle-ci, c’est l’effervescence mesurée. On sait d’où on vient et on sait ce qu’il reste à faire.

La date que prépare le groupe aujourd’hui, c’est le Brussels Summer Festival. « C’est clairement une chance », avoue Aurélien Delplanque, le « commandant » des troupes d’après Lionel Leblanc à ses côtés. Le leader d’une sacrée bande, à en croire les blagues qui fusent à tout va, qui s’est rencontrée au sein de l’ASBL « Le 8ème Jour ». Si elle porte le même nom que le film du réalisateur Jaco Van Dormael, c’est parce qu’elle a été fondée il y a près de 20 ans par les parents de Pascal Duquenne et de Michèle Maes – entre autres -, tous deux acteurs dans le long-métrage. Jaco Van Dormael en est le président d’honneur et Daniel Auteuil, le parrain. Le jeune Pascal d’alors est quant à lui devenu un homme relativement indépendant qui partage son temps entre son entourage « valide » et ses camarades avec une différence intellectuelle légère ou modérée. Parmi ces derniers, il y a Lionel Leblanc et Jonas Lumen et ensemble, avec l’éducateur spécialisé Aurélien Delplanque, ils ont formé Le 8e groupe.

©Facebook

Faire ses gammes, ensemble

Pascal Duquenne joue de la batterie depuis des années et sur scène, il lui arrive de s’emparer du micro : « Je chante, je raconte mon histoire aussi », explique-t-il. « Il récite un poème qu’il a écrit », complète Aurélien, qui s’occupe officiellement du chant. « On appelle ça la ‘Pascalothérapie’ », sourit le jeune homme derrière ses dreadlocks. De son côté, Lionel aime « emmerder tout le monde pour [se] faire remarquer », concède-t-il lui-même avec l’humour qui le caractérise. Devant la foule, il joue aussi un peu à Mickael Jackson, mais surtout de la basse, qu’il a touchée pour la première fois au Créahm. Jonas a quant à lui découvert son oreille absolue au solfège. Plus timide, il raconte : « J’ai fait de l’harmonica, de la flûte à bec, puis j’ai entendu la clarinette dans Pierre et le Loup de Prokofiev. Je sais aussi jouer du saxophone ». Avec eux, il y a aussi Denis Delgado, un ami d’Aurélien à la guitare, un ancien métalleux grand comme un ours et doux comme un agneau.

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« On a commencé à jouer pour le plaisir, pour le fun », raconte Aurélien. Très vite, c’est PIAS, investi via l’un de ses membres dans l’ASBL, qui les encourage à partir à la conquête des scènes. « C’est un petit truc magique, c’est parti de rien. Et maintenant, nous voilà là ! On a tous été plus ou moins spectateurs du BSF, il y a des grands groupes qui y jouent. Pour nous, c’est donc déjà une consécration ».

Chaque être humain a une différence, qui parfois l’avantage, parfois le désavantage. C’est quelque chose de naturel, comme le projet.

Derrière le 8e groupe, il n’y a pas de grand manifeste, pas d’ambition subsidiée, pas de « manigance » sociale. L’intention, c’est juste de faire de la musique. « Chaque être humain a une différence, qui parfois l’avantage, parfois le désavantage. C’est quelque chose de naturel, comme le projet ». Et surtout, « on s’amuse énormément« , assure-t-il, avant de bénéficier de l’approbation de tout le monde autour de lui.

PIAS et (bonne) compagnie

Pour l’instant, c’est l’éducateur qui pense les mélodies et écrit les paroles. Lionel ajoute avec spontanéité : « Encore une chance qu’il s’y connait, sinon on ferait toujours les mêmes choses en boucle ! » « Vous pouvez aussi improviser« , rétorque Aurélien, même s’il est certain qu’il est difficile pour Jonas, Pascal et Lionel de composer seuls. « C’est la suite du projet : commencer à écrire ensemble« , poursuit l’éducateur.

Une autre répétition, cette fois entourés d’Alice on the Roof.

Aujourd’hui, comme tous les mardis, l’artiste Grandgeorge vient trainer avec le groupe. Il l’accompagne à la guitare, bat la mesure avec Pascal, encourage le band. Benjamin Grandgeorge fait partie de l’écurie PIAS et a rejoint l’entreprise musicale spontanément, pour partager un « moment où on décompresse« . « Là, je travaille sur mon deuxième album, et c’est vrai que ça fait du bien d’avoir des choses qui vous satellite, qui vous emmène là où vous n’auriez clairement pas été sinon. Je dois aussi reconnaitre qu’humainement, c’est vraiment une très chouette affaire« . Sans blague – cette fois.

 

Le 8e groupe jouera au Brussels Summer Festival ce 12 août 2017.

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