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Luis Fonsi : « J’ai écrit la musique et les paroles de Despacito en 4 heures ! »

Luis Fonsi, le magicien de "Despacito". | © BELGA/EFE/Javier Tormo

Musique

Avant Despacito, la Lambada et la Macarena avaient réussi le pari de se frayer un chemin au sommet des charts. Il aura fallu attendre plus de 20 ans pour voir de nouveau un titre latino gagner autant de terrain face aux productions anglophones. Pour son dernier concert en Europe, Paris Match a pu rencontrer Luis Fonsi l’empereur du tube de l’été.

 

Il aura suffit d’un seul mot pour faire monter la température à Stockholm. « Despacito » – lentement en français – est le tube de l’été qui fait danser la planète, jusqu’en Scandinavie ! Ils sont plusieurs milliers à s’être donnés rendez-vous ce samedi 12 août à l’Ericsson Globe Arena, bâtiment qui hébergeait autrefois l’équipe de hockey suédoise. Dans la salle, la glace a laissé place à une ambiance caliente. Les spectateurs, toute génération confondue se déhanchent. Sur scène, Luis Fonsi fait le show entouré de ses danseurs. C’est à lui que l’on doit cette mélodie si accrocheuse. Auteur, compositeur et interprète, à 38 ans, il est devenu l’artiste que tout le monde s’arrache. Son tube cumule sur YouTube plus de 3 milliards de vues. Un record qui a détrôné le célèbre « Gangam Style » du coréen Psy sortie en 2012.

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Paris Match : Votre tube, « Despacito » explose tous les records, comment expliquez-vous ce succès ?
Luis Fonsi : Dès le jour où je l’ai composé, j’ai su que ce titre était magique. J’avais beau écrire et chanter d’autres chansons, la mélodie de « Despacito » me revenait toujours en tête. Mais je ne pensais pas qu’elle ferait le même effet à d’autres. Je suis encore surpris de voir à quel point la chanson créé une connexion entre les gens et ce malgré des cultures parfois totalement opposées. C’est une chanson latine, et pourtant, que ce soit lors de mes concerts en Égypte, en Russie ou même en Turquie, tout le monde réagit de la même manière. Je retrouve ce même enthousiasme, cette bonne humeur et cette envie de faire la fête tous ensemble.

Luis Fonsi en concert en Espagne, le 5 août 2017. © EFE/David Borrat

De quoi vous êtes vous inspiré pour composer ce morceau ?
J’ai écrit la musique et les paroles en 4h dans mon studio d’enregistrement en Floride. Même si j’habite aux États-Unis depuis mes 10 ans, je suis toujours resté proche de mes racines Porto-Ricaine. Je suis né sur cette petite ile des Caraibes, et la-bàs, la musique fait partie intégrante du quotidien. Tout le monde danse et écoute des rythmes latino. Je voulais composer une musique sexy, « feel good » qui puisse me faire penser à un des moments que je préfère le plus dans la vie : être sur une plage au soleil avec une piña colada à la main. Lorsque je ferme les yeux c’est ce que je m’imagine en entendant Despacito.

Le fait que cette chanson en espagnol soit numéro un aux États-Unis est d’une certaine façon un pied de nez à toute cette politique.

Vous avez également enregistré une version avec Justin Bieber, comment s’est passé cette collaboration ?
J’étais en France lorsqu’une nuit, j’ai reçu un coup de fil de son équipe. Justin avait entendu Despacito dans une boite de nuit en Colombie. En voyant l’effet que le titre produisait sur les clubbers, il a tout de suite voulu faire partie de l’aventure. Je lui ai envoyé les pistes de son ainsi que les paroles de la version anglaise pour qu’il puisse poser sa voix. Dès le lendemain c’était fait… mais en espagnol ! J’ai été très surpris qu’une star de cette envergure décide de chanter dans une langue étrangère pour la première fois. C’est un beau cadeau !

En tant que Portoricain, naturalisé américain, en quoi était-ce important de mettre en avant la version espagnole et non anglaise du morceau, y a t’il une revendication politique derrière ?
Cette chanson, au départ destinée à la fête a pris avec le temps une dimension plus politique c’est certain. Lorsque le titre est sorti, Donald Trump venait tout juste d’être élu avec ses mesures anti-immigration, sa détermination à construire un mur entre le Mexique et les États-Unis et sa volonté de diviser le peuple en créant des clivages avec la communauté latino. Le fait que cette chanson en espagnol soit numéro un aux États-Unis est d’une certaine façon un pied de nez à toute cette politique. C’est un signe fort qui rassemble les gens quelles que soient les communautés.

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Vous êtes une star en Amérique du sud depuis de nombreuses années, comment a débuté votre carrière ?
Depuis que je suis enfant, j’ai toujours voulu être chanteur. J’ai fait du piano et de la guitare. Puis j’ai étudié la musique à l’université. Cela fait 20 ans que je me produis sur scène. J’ai déjà sorti huit albums. J’ai eu la chance d’écrire pour Cristina Aguilera, j’ai fait les premières parties des concerts de Britney Spears. J’ai même eu la chance de chanter devant le Pape et Barack Obama. Avant Despacito, le public sud-américain me connaissait surtout pour mes balades romantiques. Mais avec ce titre j’ai voulu amorcer une évolution dans ma carrière en faisant appel à Daddy Yankee, une star du reggaeton afin qu’il apporte un style plus rythmé, plus moderne. J’ai pris un risque et ça a marché !

Quel est selon vous le secret d’un tube de l’été ?
Une mélodie entêtante. Il faut que toutes les générations puissent se souvenir de l’air, c’est pourquoi je teste souvent mes morceaux sur ma fille. En fonction de sa réaction, je sais si cela va plaire. Ensuite, il faut que le rythme donne envie de se déhancher. Puis, il faut apporter un côté ensoleillé, chaleureux. L’espagnol s’y prête bien d’ailleurs. L’exotisme plait toujours en été !

Vous considérez-vous comme un latin lover ?
Je ne suis pas Julio Iglesias… le côté charmeur ce n’est pas pour moi ! Et puis surtout : je suis marié et père de famille. J’ai d’ailleurs demandé la main de ma femme à Paris sur le pont des Arts. Bref, j’ai une vie rangée…

Quels sont vos futurs projets ?
J’ai enregistré un nouvel album qui sortira dans le courant de l’année prochaine. Il me tarde également de partir en vacances en famille. En attendant je savoure chaque instant. Despacito est entré dans l’histoire de la musique comme la Macarena en son temps. J’espère pourvoir continuer à chanter ce tube le plus longtemps possible !

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