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Indochine : « Avec 13, on a voulu faire un album envoutant et impressionnant. Je crois qu’on a réussi »

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Avec « 13 » Indochine propose un album tendu, dense où l’espoir dispute au désespoir le droit d’exister. Nicola Sirkis et sa bande n’ont plus rien à prouver et ça leur va plutôt bien.

Sur le plateau du « Quotidien », Yann Barthès avait lancé une petite bombe : « Indochine, ce sera fini en 2021 ». Le groupe aura en effet 40 ans de carrière, un ovni sur la scène française, et son chanteur aura 62 ans. « Cette fin annoncée est une rumeur.  Je lui avais dit qu’on avait un programme jusque 2021 mais qu’après on verra. Notre objectif est d’arriver en 2021 ». Dans d’autres interviews, le leader du groupe aborde même l’idée que « 13 » pourrait bien être le dernier album studio du groupe. Et pourtant, « 13 » est loin d’être un album pour prépensionnés du rock. L’ensemble sonne comme l’album le plus musclé voire violent du groupe tant dans les paroles que dans les musiques.  « Je ne dirais pas violent », tempère Nicola Sirkis. « On a  voulu rendre cet album impressionnant et envoutant et vu les réactions, on a l’impression que c’est réussi. Vu l’attente irrationnelle du public pour cet album, il fallait donc qu’on mette la barre très très haut pour ne pas faire l’album de trop. Ce fut un travail compliqué ».

Une production puissante

À la production, on retrouve Mick Guzauski. L’homme a travaillé avec les Daft Punk, Pharrell Williams ou Talking Heads. Le résultat est travaillé et puissant. Dans les textes, Nicola Sirkis s’affirme plus adulte, plus politique même. Si l’amour adulescent, voire adolescent, reste une thématique récurrente, c’est un portrait anxieux mais plein d’espoir de notre société que dresse le leader du groupe. « Bien sûr que le monde est chaotique. Il l’est encore plus depuis qu’on a commencé à écrire cet album fin 2014.  Mais le monde dans lequel on vit ne nous déplait pas. C’est ce que certaines personnes veulent en faire qui nous déplait. Mais on essaie de toujours de tirer de l’espoir de nos rêves, de nos envies ».

Aux côtés de Nicola aux paroles et Oli de Sat aux musiques, on retrouve diverses collaborations comme Mickey 3D, monsieur « J’ai demandé à la lune » ou Jean-Louis Murat qui avait déjà participé à un album du groupe dans le passé avec un « Singe en Hiver ».

À La mort, à la vie

« Tous mes héros sont morts » chante Nicola Sirkis sur « Station 13 ». Constat glacial qui renvoie à la mort de David Bowie qui guidait Indochine à ses débuts. « La mort de David Bowie m’a confronté au temps qui passe. Même si je l’écoutais beaucoup moins avec ses derniers albums, il a marqué ma vie. Quand j’ai écrit ce texte, je venais de relire « une saison en enfer » d’Arthur Rimbaud. C’est de là que vient cette chanson ».

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La mort et le deuil, même si le leader du groupe botte en touche et nous renvoie à notre propre lecture de ses textes, est un thème fréquent dans la discographie du groupe. Dans les textes, le cancer, le suicide et l’absence reviennent comme des obsessions depuis trois décennies. Et la vie du groupe est aussi marquée par le deuil lors de la mort du guitariste et jumeau de Nicola, Stéphane, en 1999. « Ma fille m’a fait découvrir récemment les films d’Harry Potter. Comme lui, je suis un survivant.  Dans ma vie comme dans Indochine, j’ai plusieurs vies. Mais ce n’est pas la mort qui habite mes chansons. C’est la vie ». Cette vie qui autorise au rêve comme sur Song for a dream : « cette chanson est une liste de tout ce que je souhaite et de tout ce que je ne souhaite plus. Après avoir écrit ce texte, j’ai découvert Louise Bourgeois, une artiste contemporaine qui a fait le même travail autour de ses obsessions dans un texte nommé « I want to » . Oui, il faut espérer, il faut toujours continuer à rêver ».

Froid national dans un monde qui Trump énormément

Amoureux malheureux, romantique, gothique, tragique mais jamais Indochine n’avait semblé aussi politique. « Trump le Monde » et « Un été français » attaquent et pointent clairement des décideurs, des idées. Avec le risque de déplaire à certains fans qui auraient succombé aux sirènes marines ?  « Si on se met une partie du public à dos c’est qu’on n’aura pas été à la hauteur de nos combats. Les gens qui aiment notre groupe savent qu’on prône la tolérance à tous les niveaux mais qu’on a peu de tolérance pour les ennemis de la liberté. Quand on voit ces derniers mois des personnalités qui sont si ouvertement homophobes, racistes ou menteurs, on a envie d’en parler. Mais on n’a absolument pas peur de perdre une partie du public pour cela. Sinon ce sera avec les honneurs ».

Indochine, le bibliothécaire inconscient de milliers de fans

La compréhension des paroles de Nicola Sirkis,  de ses textes faussement adolescents, faussement faciles et ce phrasé singulier dans le milieu musical français restera, pour beaucoup, un rendez-vous manqué dans la carrière du groupe. Car Nicola Sirkis a toujours truffé ses chansons de références littéraires et artistiques. Rien n’était jamais gratuit. Tout était toujours sincère. Harry Darger sur cet album, JD Salinger, Arthur Rimbaud, Marguerite Duras dans le passé, nombreux sont les fans qui ont découvert des auteurs grâce aux textes du groupe. Nicola Sirkis se défend de toute démarche éducative mais voit cela comme un partage de références. « C’est ma façon d’écrire. Ce n’est ni un combat ni une mission. Pour créer, j’ai besoin de puiser dans un espace culturel qui va de la danse contemporaine à la poésie. Après avoir écrit plus de 400 chansons, si tu ne veux pas tourner en rond, tu dois te nourrir de multiples horizons. Cependant, c’est extraordinaire d’avoir servi de relais à travers mes chansons. Ce n’est pas un besoin de reconnaissance. Indochine a toujours voulu faire danser les gens sur des textes moins débiles qu’on pouvait entendre dans les clubs dans les années 80 ».

L’écriture qui, pour le leader d’Indochine, ne se limite pas aux chansons. En 2018, son premier recueil de nouvelles « Mauvaises nouvelles » fêtera ses 20 ans. « L’occasion d’enfin en écrire de bonnes », répond-il amusé quand on lui demande si l’écriture pourrait également revenir vers la littérature et sa passion pour les nouvelles.

Erwin Olaf a signé la pochette de l’album. Le photographe néerlandais exposera son travail sur cette pochette en septembre à Paris.

Laisser filer l’album et laisser vivre « 13 » sur scène

En 36 ans, Indochine a dû souvent composer avec une presse musicale hostile voire agressive spécialement durant les années 90 où le mépris envers le groupe était à la mode. Un souvenir douloureux qui peut encore les  déstabiliser  à la veille de la sortie d’un album ? « Non, le mépris nous a toujours boosté ou rendu indifférent. Mais ça nous a jamais freiné. Aujourd’hui, les critiques, on s’en balance un peu mais à la veille de la sortie on est quand même un peu plus tendu car c’est un album dense et on espère qu’il sera bien accueilli par le public ». Album qui accompagnera le groupe durant la prochaine tournée qui devrait durer deux ans. La scène, ce miracle permanent où le groupe a toujours pu compter sur le soutien de ses fans. Un concert d’Indochine c’est un show énorme mais surtout une communion qui devrait atteindre des sommets dans les mois à venir. « On ne va rien dévoiler mais ce sera puissant. Encore plus puissant que le Black City Tour », explique Nicola Sirkis. « Ce sera certainement la dernière tournée du groupe dans des salles immenses comme le Palais 12 à Bruxelles où on pourra faire ce procédé créatif. On a imaginé notre future tournée comme un film, un opéra. C’est sur scène qu’Indochine va exister ces prochains mois.  Ce sera notre espace de liberté où nos rêves vont éclater ». Et cette tournée fera étape les 17 (complet) et 18 mars 2018 en Belgique, pays où a vécu jusqu’à ses 15 ans la famille Sirkis. « J’en garde de très bons souvenirs et de très mauvais souvenirs. Les week-end sur la côte belge à la mer du nord, la pension un mauvais souvenir. C’était beaucoup moins compliqué avant aussi. La barrière linguistique est plus forte qu’avant. Ca rigolait plus entre Flamands et Wallons. Mais le Belge  reste quand même beaucoup plus chaleureux que le Français ».

Nicola Sirkis a déjà le regard tourné vers la prochaine tournée. Photo Lara Herbinia

Pas de Miss Paramount pour Indochine

Malgré un tel amour de l’image et  une telle carrière, le cinéma et Indochine ne sont jamais rencontrés. « Le cinéma a fait appel à nous mais on l’a refusé. On m’a plusieurs fois proposé des rôles mais je n’arrive pas à faire l’acteur. Je ne peux être que moi-même. Après c’est un des arts que je préfère au monde car ça génère l’image, la qualité de la photo, le jeu, l’histoire. On viendra peut-être un jour au cinéma mais plus du côté de la production. Ca pourrait être une prochaine étape pour Indochine».

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Allez, viens là, signe avec moi

Le groupe a tellement reçu au cours de sa carrière qu’il estime qu’il est temps pour lui de rendre la pareille. Avec son nouveau label KMS, branche d’Indochine Records, Indochine va soutenir de jeunes artistes. « On va sortir une première compil de « rock de filles », des groupes anglais, américains et espagnols. On va aussi signer Requin Chagrin, un jeune groupe français. On a souvent aidé des jeunes groupes en première partie mais maintenant on a envie d’aller plus loin dans le soutien. Il y en aura certainement d’autres par la suite ». Croire dans les nouvelles générations, un crédo pour Nicola Sirkis qui voit sa fille de 15 ans atteindre l’âge où les adolescents remplissent les concerts du groupe et s’interrogent sur le monde. Une génération pour laquelle ni le père ni le chanteur ne semble inquiet : « Ils ne sont pas désespérés du tout. Ils se sont pris les attentats en pleine face lors du concert d’Ariana Grande. En occident, ils vivent dans un cocon. Ils sont sur leurs réseaux sociaux. Un jour ils devront sortir de ça et ils prendront peut-être le monde réel en pleine face. Mais ils sont très vifs et beaucoup plus tolérants que notre génération. Je n’ai pas grand-chose à leur dire sauf d’éteindre parfois leur téléphone portable ».

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