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Gautier Capuçon : La générosité sans limites

Le virtuose français sera en Belgique prochainement | © Grégory Batardon

Musique

Il est l’un des plus brillants violoncellistes du monde. Mais ne croyez pas que ce talent l’enferme dans une sphère inaccessible. Gautier Capuçon donne sans compter et l’a encore démontré dans le Jury du récent Concours Reine Elisabeth. Le voir sur scène offre un moment d’une rare intensité. Il sera en concert à Bruxelles le 6 octobre. 

La fée de la virtuosité a béni la famille Capuçon. Le frère Renaud est un génie du violon. Gautier, son cadet, porte le violoncelle à des sommets vertigineux. Bourreau de travail, la paternité lui a appris à équilibrer, un tant soi peu, sa vie qu’il jalonne  de concerts, d’enregistrements (sortie dans quelques mois de son prochain disque « Intuition », aperçu des pièces maîtresses qui ont marqué son parcours depuis l’enfance) et surtout d’échanges avec les plus jeunes. La transmission tout sourire.

Paris-Match : Avez-vous un rapport particulièrement fort avec la Belgique ?

Gautier Capuçon : Le public belge est extraordinaire et j’ai pu en faire l’expérience encore différemment lors du Concours Reine Elisabeth. Un public que je connais depuis près de 20 ans, passionné, soutenant ses artistes. Ce que j’ai vécu est complètement hallucinant, je ne m’attendais pas à autant de ferveur. Les salles sont bondées, le public reste jusqu’à la proclamation et j’avoue avoir été très ému lors de l’annonce des résultats, un moment d’une grande beauté. Le mot qui me vient à l’esprit pour définir tout ce que j’ai ressenti tout au long du Concours en tant que juré est « unité », parmi tous les organisateurs et les participants. Cette unité qui fait la beauté de la musique, sans distinction d’origines, de religion, de style… On en a tellement besoin de nos jours.

 

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Votre plaisir à partager et à transmettre est très présent chez vous.

La musique c’est le partage. On peut vibrer seul en l’écoutant mais, pour tout interprète, le concert représente le moment ultime. C’est la raison pour laquelle le public joue un rôle tellement immense dans sa réussite. J’ai beau être un grand perfectionniste et travailler énormément, je reconnais l’apport essentiel du public, quand ma propre histoire rencontre la sienne. Quant à la transmission, elle s’avère essentielle. J’ai seulement 35 ans mais j’ai à cœur de dialoguer avec de jeunes musiciens, notamment grâce à ma classe de violoncelle créée à la Fondation Louis Vuitton à Paris, un projet qui entame sa 4e saison et auquel je tiens énormément. Il s’agit non seulement de partager mon expérience mais aussi des conseils aussi basiques et essentiels que la gestion du stress, le choix d’un agent…

« Ma musique se nourrit de ma vie et vice-versa »

Vos programmes diffèrent selon les concerts. Comment trouve-t-on l’équilibre entre choix personnels et commandes ?

La notion de plaisir reste la priorité. Puis viennent une multitude de paramètres : le chef d’orchestre, l’orchestre, la programmation de la salle… Il n’est donc pas facile d’élaborer un programme sur une année car on ne peut pas non plus jouer 30 concertos différents sur la saison. Durant 15 ans, j’ai donné un concert tous les 2 jours, j’essaye de lever le pied, pas encore assez, je donne encore 110 à 120 concerts par an. Il faut compter 1 à 2 créations, une quinzaine de concertos et plusieurs récitals, ce qui reste énorme. J’arrive enfin à me réserver de l’espace durant les vacances pour passer du temps avec mes enfants. Cet été, j’ai décroché durant plus de 5 semaines et je l’ai savouré. Ma musique se nourrit de ma vie et vice-versa. En fait, on a besoin de moments où on ne touche pas son instrument, le corps en a besoin pour que les muscles se reposent.

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Quel programme avez-vous élaboré pour le public belge ?

Je serai très content de jouer Turnage, Ravel et le Concerto de Lalo, une œuvre assez rarement jouée que j’ai beaucoup travaillée à mes débuts. Je me produirai avec mon ami Stéphane Denève, avec qui j’ai joué très souvent en Europe et aux USA, dirigeant le Brussels Phiharmonic. Je les retrouverai en tournée à Salzbourg et à Vienne et je m’en réjouis.

Gautier Capuçon, en concert le 6 octobre à Flagey à Bruxelles et le 7 octobre au Concertgebouw à Bruges.

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