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Jay-Jay Johanson : L’état de grâce mélancolique

Jay-Jay Johanson en concert au BSF en 2016. | © Flickr, Kmeron

Musique

Le crooner pop Jay-Jay Johanson est de retour avec la sortie de « Bury the Hatchet », son onzième album. Pour l’occasion, nous l’avons rencontré dans l’ambiance feutrée d’un grand hôtel bruxellois.

Comme un rêve doux-amer. Une voix délicate nous entraîne. Accompagnée d’un piano omniprésent, elle nous fait traverser des ambiances jazzy, d’une mélancolie à vous crever le cœur autant qu’elle vous apaise. Alors que l’automne s’apprête à nous couvrir de son manteau orangé, c’est la parfaite bande-son pour la saison. Ce voyage en musique, long de treize chansons, c’est le songwriter suédois Jay-Jay Johanson qui nous l’a concocté. Nous avons pris rendez-vous avec lui pour en savoir plus sur « Bury the Hatchet », son onzième album en vingt ans de carrière. Nous l’avons retrouvé au Steinbengerer où les dorures contrastent avec l’ambiance « very film noir » assumée que nous propose le crooner pop. Cela tombe bien. Avec ses airs à la fois dépouillés et complexes, « Bury the Hatchet » est justement un album tout en contrastes. Cette œuvre délicate, intimiste et puissante rappelle les toiles de Pierre Soulages, période « outrenoir ». Ces peintures dans lesquelles une lumière dorée jaillit du noir, même le plus intense.

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Le bon choix entre simplicité et complexité

« Je suis en quête permanente de simplicité. Après, tout dépend de la chanson », nous dit Jay-Jay Johanson en nous dévoilant les secrets de son songwriting. Il commence systématiquement son écriture par la recherche des paroles et de la mélodie. « Plus je suis satisfait de la structure initiale, moins je ressens l’envie d’une production à outrance. Avec une chanson moins efficace, je vais opter pour un arrangement plus généreux ». L’album n’a pas échappé à cette recette. Ce funambulisme se ressent au fil des treize titres. La chanson d’ouverture, « Paranoid », a bénéficié d’arrangements plus complexes comme un solo de piano abstrait et chaotique. « Cela m’a pris plusieurs semaines de concevoir la robe qui allait habiller cette chanson », nous dit le créateur pop. Le single éponyme « Bury the Hatchet », avec sa mélodie mélancolique et catchy, avait la simplicité nécessaire pour rester à nue. « Je n’avais pas besoin de cacher la beauté de cette petite chanson », estime-t-il.

Jay-Jay Johanson a voulu proposer une ambiance « very film noir » © Laura Délicata

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« Mon piano est devenu mon meilleur ami »

« Bury the Hatchet » est indéniablement teinté d’une mélancolie qui nous colle à la peau et nous trotte dans la tête. Pourtant le chanteur se défend d’être plus mélancolique qu’un autre. Ces chansons à fleur de peau sont plutôt le résultat d’une relation particulière. Celle qui s’est tissée entre Johanson et son piano ses trois dernières années. « Je n’écrivais presque jamais avec cet instrument. Désormais, je passe du temps avec mon piano presque tous les jours. C’est devenu une partie de moi. Avant, j’appelais mon joueur de piano pour composer, mais maintenant je le fais seul chez moi », nous confie-t-il. Cette solitude lui a permis d’apprécier une liberté nouvelle. Composé en grande partie dans sa maison de Stockholm, l’album paraît donc plus intimiste que jamais. Son instrument, devenu son « meilleur ami », est d’ailleurs immortalisé sur la pochette.

La pochette de « Bury the Hatchet ». © Laura Délicata

La tradition du jazz et la modernité du trip-hop

« Bury the Hatchet » est une pure réussite de croisement des genres musicaux. L’une des spécificités de la discographie imposante du Suédois. « Mon écriture est traditionnelle, mais j’essaye toujours de mettre de la modernité en studio ». Résultat : les cuivres suaves se marient à merveille avec les boîtes à rythmes. « You’ll Miss Me When I’m Gone », le deuxième morceau de l’album, est un parfait exemple de titre jazzy, porté par les improvisations lascives d’un trombone. Jay-Jay Johanson est un mordu de jazz depuis sa jeunesse. C’est son père qui lui a transmis le virus. Mais sa curiosité l’a aussi poussé a explorer la musique rock et électronique au fil des années.

Mon écriture est traditionnelle, mais j’essaye toujours de mettre de la modernité en studio 

La fin de l’album reflète cet héritage. Il monte en puissance et finit par laisser la part belle à des arrangements trip-hop et travaillés. Le chanteur parvient aujourd’hui à invoquer et à canaliser toutes ses influences éclectiques en un tout cohérent. « J’ai beaucoup écouté The XX, mais aussi Nina Simone et Chet Baker auxquels je reviens sans arrêt ». Ajoutez à ces deux univers, celui de Brian Eno et vous aurez une bonne idée du nouvel album de ce dandy de la pop. Avec « Bury the Hatchet », le compositeur n’a pas déposé les armes. Il s’en est servi avec simplicité et virtuosité.

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