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Phoenix : « Notre réussite est d’être inclassables »

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Deck d’Arcy, Christian Mazzalai, Laurent Brancowitz et Thomas Mars. | © Hélène Pambrun / Paris Match

Musique

Phoenix en manque d’amour. Célébré dans le monde, le groupe versaillais a pourtant toujours du mal à s’imposer en France. Même s’il s’offre cette semaine son premier concert à Bercy.

En 2014, ils étaient la tête d’affiche du FYF. Soit le festival californien le plus branché au monde. En juin dernier, ils ont rempli le mythique Hollywood Bowl puis ont joué au festival Governors Ball de New York. Depuis ses débuts en 1998, Phoenix s’est taillé une jolie réputation : celle du groupe français en activité adulé dans le monde entier. « Personne ne sait vraiment d’où l’on vient, sourit Thomas Mars, le chanteur. Quand les gens découvrent que nous sommes Français, c’est souvent une raison supplémentaire pour nous aimer ».

Dès le départ, Phoenix a décidé de chanter en anglais. « Nos influences étaient anglo-saxonnes, remarque Laurent, le guitariste, c’était donc ce qui nous paraissait le plus logique ». Thomas reconnaît néanmoins que son accent participe à la cote d’amour du groupe à l’international. « On comprend vite en nous écoutant que si nos chansons sont en anglais, notre cerveau est ailleurs », remarque-t-il.

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Ce qui m’intéresse, dans la musique, c’est la vision que chacun peut se faire.

Thomas ne dit pas non plus combien la participation de Phoenix aux films de son épouse, la réalisatrice Sofia Coppola, a aidé à la renommée du groupe. Il est d’ailleurs d’une grande prudence quand il s’agit d’évoquer sa vie privée et rechigne à citer ne serait-ce que le prénom de sa femme. « Notre vie privée n’intéresse pas les gens qui nous écoutent », tranche-t-il.

Malgré tout, il signe dans « Ti Amo » plusieurs textes évoquant une relation amoureuse compliquée, comme celle avec une femme coincée à Hollywood, laissant son conjoint à sa tristesse à l’autre bout du monde. « Ce n’est nullement autobiographique, précise-t-il, je fais référence à un pêcheur italien qui attend sa promise ». Difficile de croire un garçon qui affirme également ne pas vouloir décrypter ses textes : « Ce qui m’intéresse, dans la musique, c’est la vision que chacun peut se faire. Les chansons les plus limpides ne sont pas inspirées de ma vie. Ce sont les paroles les plus cryptiques qui évoquent ce que je ressens ».

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Stars internationales

Cela n’a pas empêché Phoenix de devenir une sensation en Amérique en 2010 grâce à leur album « Wolfgang Amadeus Mozart » couronné d’un Grammy Award. « En fait, cela n’a rien changé, admet Thomas. C’est comme pour la sortie de notre premier disque. Je pensais qu’un monde nouveau allait s’ouvrir à moi. Mais il ne s’est rien passé d’extraordinaire ». Le chanteur se la joue modeste. Outre-Atlantique, Phoenix a pu alors se produire dans des salles de 20 000 personnes comme le Madison Square Garden de New York, ce qu’aucun artiste français n’avait réussi à faire.

Reste que, si le groupe est une valeur sûre, il n’est pas prophète en son pays. « Ti Amo », s’est vendu à près de 500 000 exemplaires dans le monde, mais n’a séduit que 25 000 personnes en France. C’est donc sur scène que Phoenix défend sa réputation, transformant les salles de concert en dance-floors géants, en mélangeant pop, rock, soul, funk et électro dans un melting-pot musical totalement singulier. « Notre réussite, admet Thomas, est d’être inclassables ».

Est-ce la raison du peu d’écho rencontré dans nos contrées ? La faute d’abord aux radios francophones qui, soumises à la loi sur les quotas, ne les diffusent pas. « Si Phoenix représente volontiers notre pays à l’international, il serait temps qu’ici on comprenne que, grâce à lui, on a de l’or entre les mains », râle-t-on chez Warner, sa maison de disques française. Phoenix n’est donc pas encore totalement maître du monde. Et cela lui va parfaitement bien.

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