Idem : Métro, boulot et rappeurs à gogo

Idem dans la vidéo de présentation du magasin Oscar. | © ©Stib/Digizik

Musique

À 23 ans seulement, Milan Quadens a une marque de streetwear, des collaborations qui marquent et la conception d’une boutique à son actif. Le pop-up store hip hop de la STIB est d’ailleurs sa dernière création, avec quelques beaux noms en rayon.

 

Milan Quadens ou Idem, c’est pareil. La petite vingtaine, le jeune artiste déambule en bleu de travail – comprenez, un t-shirt taché et un vieux jean – dans sa  nouvelle boutique. Son « blase », il l’a hérité d’une adolescence à trainer au milieu des graffeurs bruxellois, à vouloir agiter la bombe à la même cadence, mais avec toujours plus d’élégance. Aujourd’hui, s’il pouvait choisir, il se rabibocherait avec son patronyme civil, mais « c’est trop tard ». Idem a déjà laissé sa marque.

Dans le magasin éphémère de la STIB, galerie Rogier, elle est partout. Sur les comptoirs de liège faits-main, sur les tringues stylisées auxquelles pendent des collections streetwear, et puis en rose, bleu et gros lettrages sur le mur en brique du fond. La fresque ressemble à ce qu’Idem fait de mieux : un mélange de peinture appliquée et d’influences urbaines, à l’abri de quatre murs plutôt que sur une rame de métro. « La seule chose qui ne m’attirait pas trop dans le graffiti », se souvient-il, « c’était le côté illégal : je ne me sentais pas forcément à ma place, peut-être parce que l’adrénaline n’a jamais été une obsession ». Et pourtant, le jeune créatif bruxellois vient de mettre sur pied en un temps record un espace entièrement dédié à la vente de merchandising hip hop, le seul du Royaume à proposer tout ce que l’on peut retrouver aux concerts de cette nouvelle vague du rap belge, et bien plus.

Si je n’avais pas dessiné, j’aurais fait du skateboard. Mais comme je dessinais… j’ai créé des planches.

Ce n’est qu’après des études à Saint-Luc, quelques temps à bourlinguer, une exposition et un paquet d’heures passées dans l’atelier de son designer de père – Pol Quadens – qu’Idem a renoué au quotidien avec les cultures urbaines. En créant ses propres skateboards d’abord, puis, plus tard, en dessinant le motif d’un sweatshirt pour les rappeurs JeanJass et Caballero. « Avant, je peignais pour des particuliers, mais rien de tout cela n’était visible. Il fallait que je trouve le milieu dans lequel je pouvais me démarquer », raconte-t-il. Voilà qui est chose faite.

« Tout s’est débloqué quand je suis sorti du milieu de l’art et que j’ai rencontré d’autres jeunes créatifs. Aujourd’hui, je m’ennuie aux expos ». Dans un espace de travail joyeusement rebaptisé « La Jungle », Idem rencontre notamment Benoit Do Quang, petit prodige de la vidéo belge qui a initié bien des clips de rappeurs de sa génération. Alors qu’il se démène sur des petits boulots graphique, il est contacté par l’agence Digizik, qui lui propose de réaliser les portraits des artistes de l’exposition « Yo », à Bozar. C’est la carte blanche et l’amorce d’une nouvelle collaboration pour la boutique éphémère du métro bruxellois – baptisée Oscar -, qui surfe ainsi sur l’attention projetée sur les rappeurs belges pour rajeunir sa marque. « Ici, on ne vient pas comme un critique d’art », confirme-t-il à l’adresse de ceux qui viennent visiter le magasin, un public « jeune, très motivé ».

« Les artistes hip hop ont beaucoup de plaisir à vendre des objets physiques, ça compte beaucoup pour eux », percole Idem, à propos d’un shop à l’image de la scène en 2017 : peu cloisonné, mais aux ambitions – aussi – mercantiles. « Quand on écoute les paroles dans le hip hop, c’est ce qu’ils disent : ils veulent de l’argent, ils veulent pouvoir manger, nourrir leur famille. Aujourd’hui, ces mecs rêvent juste de vivre de leur passion ». Il ajoute, pour lui comme pour les autres : « C‘est compliqué, mais une fois qu’on y arrive, on a touché le jackpot ».

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Car Oscar lui permet également de concrétiser un rêve qui prend forme dans sa tête et sur textile depuis plusieurs mois : sa propre marque de streetwear, Paradox. Pièces monochromes, simplement taillées, dont le blason et l’illustration au dos font toute la différence : ici quelques idéogrammes asiatiques, là un visage déformé, quand ce n’est pas celui d’un squelette en vacances à « Brussels beach ». Aux côtés de ses pièces, le fameux croco de Roméo Elvis, les portraits psychédéliques de JeanJass et Caballero, celles d’Isha, de l’Or du commun, ou encore de l’artiste urbain DanshiZen. « Je suis tombé sur des gens super vrais. Je me sens au bon endroit », soupire-t-il, ravi.

 

Oscar, le pop-up store de la STIB (passage Rogier), sera ouvert jusqu’au 19 octobre.

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