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Dans les coulisses de Boiler Room, le MTV de demain

Vidéo Musique

Boiler Room a posé ses (lourds) bagages à Bruxelles, le temps d’une soirée avec Laurent Garnier et Charlotte de Witte. L’occasion d’arpenter les coulisses d’une superproduction en direct bien décidée à devenir un empire.

« Je vis dans une valise« , sourit Zoé Kahlert, appuyée sur un chambranle de porte, dans la pénombre d’un cinquième étage privé. Bonnet posé sur ses cheveux courts, elle compte : quatre, cinq ou sept ans ? En tout cas, un joli paquet d’années qu’elle promène son sac dans toutes les capitales du monde pour Boiler Room, le concept de soirées musicales diffusées en direct, en ligne. Depuis les tout débuts de l’entreprise donc, qui est née en 2010 dans une chaufferie en ruine. À l’époque, c’était « les copains d’abord » aux platines de sets techno, partagés en streaming bricolé. Les DJ’s jouaient face au mur branlant du bâtiment londonien et à une caméra scotchée avec les moyens du bord – c’est-à-dire pas grand chose.

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©parismatch.be – Zoé Kahlert travaille pour Boiler Room de Berlin… et aux quatre coins du monde.

Cinq prises de vue différentes, des techniciens à la pelle, un DJ de renommée internationale et un bâtiment industriel bruxellois sobrement baptisé « La Raffinerie » : aujourd’hui, les choses ont changé, mais si peu, au fond. Dehors, la file s’allonge et serpente dans la rue de Manchester – l’équipe de la Boiler Room est presque à la maison. Ce soir, ils sont une vingtaine dans la capitale belge, venus de Londres ou de Berlin, comme Zoé Kahlert. La responsable de la production et de la diffusion s’installe tranquillement dans la salle, le visage baigné par la lumière bleue des moniteurs. Sa tour de contrôle est à l’écart de la foule qui commence à entrer, mais à quelques mètres de la « scène » : la salle est étroite et seules quelques petites centaines de privilégiés pourront pénétrer les lieux. C’est la notion d’exclusivité signée Boiler Room : une poignée de chanceux à l’image et des milliers d’observateurs chez eux, devant le stream. Ce soir, ils seront presque 100 000 derrière leur écran, en direct ou en replay.

C’est l’heure des derniers réglages : paramétrage des caméras, peaufinage des angles, tests de la caméra thermique, baladée par un Australien aguerri à la tâche. On fixe discrètement les câbles qui dépassent « sur lesquels les gens pourraient trébucher et arracher la moitié du matos« , rigole Zoé Kahlert, avant d’ajouter plus sérieuse, « des choses qui arrivent plus qu’on ne le pense« . « Au début, tout capotait, on ne savait pas ce qu’on faisait. Aujourd’hui, on a quatre enregistrements pour éviter que ça ne se casse la gueule« , explique-t-elle, alors que le set du premier DJ débute.

©Boiler Room – La caméra thermique, gimmik de la tournée « Into the dark », un partenariat entre Boiler Room et Eristoff.

Ce soir, l’invité de prestige est le pape de la « French touch » Laurent Garnier, tandis que la « stareke » nationale n’est autre que la Belge Charlotte de Witte, qui s’apprête à jouer à domicile. Malgré les grands noms qui scintillent dans les yeux d’un public impatient, le concept est resté le même, du moins dans l’esprit des fondateurs de la « Boiler » : « Dans les années 80-90, des chaînes de télévision comme MTV ou des émissions comme Top of the Pops diffusaient les concerts de groupes incroyables comme Blur, Oasis ou The Prodigy, dont les performances étaient regardées par des millions de téléspectateurs. Mais avec l’arrivée du téléchargement illégal, les labels se sont concentrés sur les artistes rentables, les chaînes de télévision consacrées à la musique live ont manqué de matière, et elles se sont tournées vers la téléréalité quand elles n’ont pas tout simplement disparu, emportant avec elles l’accès des artistes moins ‘mainstream’ à un public de masse« , décrypte Steven Appleyard, chargé du développement du projet, au micro de La Libre.

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Succès oblige, le concept Boiler Room a subi les critiques des puristes ces dernières années. C’est que la direction a de l’ambition : devenir la chaine imparable de la retransmission musicale, façon MTV en plein âge d’or, délaissant pour certains ses racines DIY originelles. Mais la place est à prendre, à l’heure où la télévision boude franchement la musique – et d’autant plus quand elle émerge des scènes underground – et où YouTube récupère une audience moins captive. « Si vous voulez écouter du rock ou du hip-hop, vous allez sur Spotify, si vous voulez un DJ, vous allez sur Soundcloud, mais quand vous rentrez chez vous et que voulez voir un programme musical à la télévision, il n’y a rien. C’est là que Boiler Room veut se placer », pose Steven Appleyard pour La Libre.

©parismatch.be – Les artistes du jour, la Belge Charlotte de Witte et l’une des légendes des scènes techno et house internationales, Laurent Garnier.

Après une demi-décennie de bons et loyaux services, Zoé Kahlert s’apprête quant à elle à déposer définitivement sa valise. Le nouveau plan de Boiler Room se déroulera sans celle qui avait débuté, à l’aube du projet, sans aucune autre formation technique que quelques années d’études en art. Terminées les soirées de travail tardives, les câbles à enrouler et dérouler à l’infini, les avions à tout va. Finis aussi les verres essoufflés, mais euphoriques, après un set mémorable, remballées les amitiés internationales, épuisées les occasions de placer « Ce qui se passe dans le show, reste dans le show« . Mais fière d’une centaine d’employés dévoués toujours sur le pont, la fête, elle, continue.

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