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[INTERVIEW] Le retour du disco avec Corine, fille de ta région

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Depuis plusieurs mois, elle nous fait danser et boo(u)ger au rythme sulfureux de ses chansons sensuelles et vaporeuses. Corine, future égérie disco ?

 

De Polnareff, elle ne partage que sa tignasse au blond peroxydé et ses combis ultra-moulantes, mais des Corine des années 70-80, elle partage beaucoup plus de choses : du téléphone rose en passant par le Rubik’s cube et la 4L. C’est d’ailleurs pour cela qu’elle a choisi de s’appeler Corine (avec un “n” s’il vous plaît), l’un des prénoms les plus donnés en France à la fin des Trente Glorieuses sous Valery Giscard d’Estaing. Et parce que comme l’indique son label Kaiwdan Records, “Corine, c’est aussi le terme que les prostituées parisiennes attribuaient à leur carburant maléfique, leur poudre d’oubli. Celle des années d’excès et des années disco, du Palace et de ses danseurs”. Car Corine, c’est justement un peu notre cocaïne musicale, qui nous fait danser jusqu’au bout de la nuit et oublier nos soucis.

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La chanteuse au brushing de lionne a fait le pari réussi de faire revivre la musique disco en 2017, et de redonner sa fièvre au samedi soir et nous donner l’impression d’être dans Flashdance. Dans son premier EP “Fille de ta région”, la mystérieuse Corine au look retro et pailleté, déclare avec sensualité et légèreté son amour pour la plongée, le ceviche, le chocolat noir et l’hiver : “oui je sais, c’est pas commun. Tout le monde aime l’été mais moi je préfère l’hiver” chante-t-elle dans « Pourquoi Pourquoi » qui approche les 500 000 vues sur YouTube. Car oui, après tout, pourquoi pas. Des paroles avec lesquelles elle s’amuse et qui sont inspirées du cinéma Nouvelle Vague à la Godard et à Truffaut. Derrière Corine se cache en fait un trio : “J’écris les textes et je fais toutes les mélodies vocales. C’est Marc Collin, qui est aussi le fondateur de Nouvelle Vague (projet musical, ndlr) qui fait les musiques et produit. Dorion Fiszel, lui, est réalisateur et aussi producteur”. En attendant l’album qui sortira courant 2018 et sera précédé d’un nouveau titre en mars, nous sommes allés poser quelques questions à l’enivrante Corine. Préparez-vous à (res)sortir les boules à facettes.

« T’as le look coco » – © Zoe Kovacs

Paris Match.be : En France, il y a les les Brigitte, et maintenant il y a Corine. Qui est-elle ?
Corine : Corine, c’est une référence aux années Minitel Rose, Rubik’s Cube… Mais c’est aussi un hommage à toutes les Corine que j’ai connues quand j’étais enfant : cela va de la coiffeuse de ma région, à la tatie qui me gardait après l’école. C’est un prénom qui était répandu à l’époque et que l’on ne retrouve plus du tout aujourd’hui. Et je voulais faire un clin d’œil au milieu de la nuit. Corine : c’était aussi le mot de passe pour la cocaïne. Je précise : je ne fais pas du tout une ode à la drogue, et je n’en consomme pas, mais j’aimais bien le côté subversif de ce nom.

Corine, c’est l’extension de moi, en plus extravertie.

Qui se cache derrière Corine ?
Que ce soit sur scène ou derrière mes chansons, tout est authentique. Il y a beaucoup de jeu, d’humour, de dixième degré. Il y a une féminité exacerbée et une petite folie qui fait partie de moi. Corine, c’est l’extension de moi, en plus extravertie.

Corine, future égérie disco ? – © Zoe Kovacs

Le mystère reste tout entier et bien gardé donc..
Oui mais pas dans un sens précieux ou snob. J’aime l’idée que ce soit l’identité, l’image et la musique qui parlent avant tout et qui fassent rêver. Je ne crois pas qu’on ait besoin de tout raconter pour emmener les gens et pour être sincère dans ce que l’on fait.

Ton premier EP s’appelle “Fille de ta région”. Elle vient de quelle région Corine ?
J’ai plein de régions, je viens de plusieurs endroits. Le nom de l’album est aussi une petite dédicace à cette époque où il y avait le Minitel Rose et cela fait écho à des phrases que l’on retrouvait souvent : “fille de ta région”, “garçon de ta région”. Je trouvais ça drôle !

La musique de Corine, c’est un savoureux mélange de disco-funk-pop-érotico-electro-kitsch ?
ll y a en effet plein de références. Il y a évidemment un soupçon de disco dans la production musicale avec pas mal d’instruments qui sont utilisés en disco comme les Moogs et le clavinet. Il y a quelque chose de très funk aussi. Notamment sur scène où on est six à jouer en live. C’était une réelle volonté de ma part, je ne voulais pas mettre de bandes, de “pad électro”… Dans la façon de poser ma voix, il y a aussi quelque chose d’assez actuel. Dans la scène française, on retrouve cette façon de semi-parler, semi-chanter. Et en même temps, il y a également plein de références au cinéma Nouvelle Vague, où les femmes parlaient d’une façon maniérée, joueuse. Depuis toute petite, ces femmes et ce cinéma me fascinent.

Comment ça se fait que le disco revienne aujourd’hui en force et continue de plaire après toutes ces années d’absence ?
Plus je discute avec des gens, plus je me rends compte que le disco est assez mal perçu. Alors oui, il y a Donna Summer et Gloria Gaynor qui sont des égéries et qui sont intouchables. Qu’on n’aime ou pas la musique disco, quand on met “I Feel Love”, tout le monde danse. C’est impossible de ne pas bouger son corps sur ce genre de musique ! Mais je pense qu’en France, il y a eu un moment de saturation sur cette époque-là où d’un coup, tout est devenu « pas suffisamment recherché », « pas assez musical », « un peu absurde ». Et puis après, il y a toujours des mouvements dans l’art qui vont et viennent. Dans les années 90, la techno est arrivée etc.

Oublions-nous et arrêtons de nous prendre au sérieux.

Je crois que le disco -en tout cas ce style de musique- fait du bien aux gens aujourd’hui, dans des moments difficiles, avec ce qui s’est passé, les attentats etc. Je pense que cela nous a tous traversés, et chacun à notre manière, on transcrit les choses. Moi cela va être avec mes chansons que j’écris en mode : “oublions-nous et arrêtons de nous prendre au sérieux”.

En live, je sens que le public a envie de légèreté, de s’oublier, de danser. Pour moi, le disco est intemporel. D’ailleurs, on la retrouve dans plein de séries aujourd’hui. Au-delà du côté paillettes et fun, le disco est un vrai mouvement alternatif.

Le disco, bien plus qu’une musique…
Tout à fait ! Le disco, c’est les premières communautés noires aux États-Unis qui dansaient jusqu’à 6 heures du matin dans des boîtes de nuit où il n’y avait que des noirs, c’est les premiers vinyles, c’est aussi la communauté homosexuelle qui a commencé à se libérer dans les années 80… Cette musique véhicule plein de belles choses, ce n’est pas juste une musique d’oubli et dansante.

Dans « Pourquoi Pourquoi », tu chantes ton amour pour le chocolat noir, le ceviche, la crème solaire… Ça se passe comment l’écriture ?
J’aime jouer avec les mots. Il y a une mélodie des mots. C’est référencé cinéma Nouvelle Vague. Tous ces films avec Brigitte Bardot ou encore Jean Seberg aux dialogues qui ne parlaient que du quotidien… Les actrices avaient une sensualité incroyable quand elles parlaient. On leur a reprochées d’être un peu bêtes, mièvres, alors que pour moi c’est juste une autre maîtrise de la féminité, et un jeu sur la féminité. Je m’amuse beaucoup en écrivant, j’aime que ça sonne et que ça soit sensuel.

Corine, c’est une musique, mais c’est aussi un look travaillé, avec une coiffure “permulet” (mélange de mulet et de permanente), un blond peroxydé, des paupières pailletées, une peau ultra huilée…
Et pas que sur scène ! Dans la vie de tous les jours, je suis certes moins pailletée et maquillée, mais je suis toujours en combinaison, avec des bombers à paillettes… La coiffure, c’est grâce à Gérald Portenart, qui est mon coiffeur depuis longtemps. On a vraiment réfléchi ensemble, car en écrivant mes chansons, je voulais aller beaucoup plus loin, créer une identité forte et quelque chose de spectaculaire, car j’adore le spectaculaire, j’adore la scène. Cela m’inspire d’être coiffée et habillée comme ça.

Ton dernier clip “Cocktail” a été tourné à l’Aquarium de Paris. Si tu en avais un, tu mettrais quoi dedans ?
Des hippocampes. Ils m’ont toujours fascinée ! Et je mettrais des méduses, car je les trouve belles.

Et c’est quoi le cocktail Corine ?
C’est un alcool que personne n’aime mais que moi j’adore : la Suze tonique.

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Tes chanteurs disco préférés ?
J’adore Juliette Armanet, et étonnement, il y a quelques titres disco sur son album, c’est assez référencé seventies. Et dans la French touch, j’aime bien Ellie et Jacno, Niagara… Madonna fait partie des grosses références pour moi pour son rapport à la féminité, son rapport à la scène, à la danse. Comment elle s’est transformée à chaque époque me fascine. Et évidemment, Donna Summer !

La meilleure chanson pour danser ?
En ce moment, c’est “The Heat” de Jungle. Leur album est incroyable et me rend dingue.

Si Corine était un film ?
Mulholland Drive de David Lynch.

En Belgique, on a déjà la pluie, -certes pas toujours « fine » comme tu la chantes, alors à quand une « nuit torride » (refrain de sa chanson, ndlr) avec Corine à Bruxelles ?
Bientôt, je l’espère ! Il n’y a pas de raison que je ne vienne pas chez vous ! Plusieurs dates sont en train de s’annoncer…

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