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En 2018, le hip-hop belge ne sera pas que bruxellois avec le retour de run SOFA

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Les Carolos de run SOFA reviennent avec un premier hommage à leur ville. Un nouveau départ, pour eux comme Charleroi.

 

Leur son avait toujours été délicieusement foutraque, bizarrement emballé, mais jamais à côté de la plaque. De scènes confidentielles en premières parties fameuses – comme parfois fumeuses -, run SOFA était parvenu à se bâtir sa scène de copains, entre performances complices et constructions musicales à contre-courant. Mais c’était sans compter sur l’obsession du groupe à ne jamais vouloir coller aux standards proprets du rock belge, habituellement plus gentil que féroce sur une carte qui dépasserait enfin Quiévrain. Après Shenanigans, un premier EP déjà culotté qui avait sollicité Koen Gisen – le compagnon d’An Pierlé -, run SOFA revient avec Say, un album qui n’a de minimaliste que le titre.

À commencer par « Dissin’ », premier single clippé de la formation et digne représentant d’un dix titres – sur les 50 composés en un an et demi – qui oscille jouissivement entre génie gras et folie douce. Rien dans les emprunts jazz et surf de la guitare de Julien Tassin ne laissait présager ce morceau de trap bâtarde, les vraies cordes en plus. Du rock d’antan, il ne subsiste plus que quelques vagues effluves des Anglais de Sleaford Mods, qui doivent désormais se battre avec des influences telles que Princess Nokia et Mykki Blanco. C’est donc un hip-hop hybride qui dessine les contours du style run SOFA, qui aura subi un an et demi d’expérimentations avant de prendre « la bonne direction », décrypte le frontman Antoine Romeo.

©Capture YouTube / « Dissin' » – Antoine Romeo et Julien Tassin sont les membres fondateurs de run SOFA.

Loin d’eux pourtant l’envie de surfer sur une quelconque tendance porteuse en ce moment – indice : le « rap belge ». Les textes restent en anglais et les inspirations continuent d’aller puiser davantage du côté d’Atlanta que de Linkebeek. « Je connais JeanJass et la scène depuis longtemps, mais on ne voulait pas vraiment faire quelque chose de similaire », dévoile-t-il.

Charleroi, la condamnée graciée

Crinière coupée – mais toujours bordélique -, le chanteur-envouteur du groupe revient sur l’idée derrière cette petite pépite d’or noir : un hommage à Charleroi et un coup de pied salé au train de tous ceux qui la voient encore comme une cité lugubre. « Les gens ont une image de Charleroi qui n’est plus d’actualité. Ça n’a plus rien à voir avec avant », explique-t-il, alors que la caméra de « Dissin’ » se pose sur les flambants neufs Quai 10 et Manufacture urbaine. Les cousins Julien et Antoine ont eux-mêmes été obligés de la redécouvrir, après avoir dû la quitter pour leurs études. Ce dernier raconte la décision d’alors : « On a déménagé par nécessité. S’il y avait eu une université à Charleroi, on n’en aurait jamais bougé. À l’époque, on grandissait dans une ville morte : il n’y avait plus rien. Forcément, on était obligés d’aller voir ailleurs ».

©Capture YouTube / « Dissin' » – Qui a dit que folklore et musique ne devaient se mêler qu’aux ducasses ?

« Avec tout ce qu’il s’y passe actuellement, ça donne envie d’y retourner et de participer à cette super vague », ajoute-t-il. Et de citer, non sans fierté, les salles hyperactives que sont le Vecteur, le Rockerill et l’Eden, à Charleroi. « Que des clubs rouvrent, que des concerts soient joués pendant la semaine, c’est quelque chose qui nous tient à fond à cœur. Actuellement, il n’y a plus de vraie scène musicale à Charleroi, mais elle est en train de se reconstruire ». Parions que run SOFA en fera définitivement partie.

 

run SOFA sortira son premier album Say en 2018 et le présentera au Botanique le 9 février 2018.

 

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