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Albin de la Simone, tel un millésime de la chanson, vieillit avec classe et goût

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Orfèvre des mots et virtuose du clavier, Albin de la Simone a sorti début 2017 L’un de nous, un album de haut vol sublimé sur scène dans une version plus qu’acoustique à (re)découvrir à la Louvière ce 26 novembre.

Lors du dernier festival Francofaune, Albin de la Simone avait surpris en proposant un concert dépouillé de toute sonorisation. Seuls sa voix et son piano bénéficiaient d’une amplification minime. Les cordes, les percussions et les chœurs qui l’accompagnent s’écoutant dans le plus simple appareil. « Je me suis retrouvé début des années 2010 à faire des concerts dans un tout petit théâtre. Tout seul. J’y ai découvert l’envie de repartir de zéro. Du dépouillement total. Et dans une salle de 100 places j’ai découvert que même ma voix n’avait pas besoin d’être amplifiée. Il suffisait de mettre le clavier moins fort. Partant de là, j’ai décidé de sonoriser le moins possible. Je voulais avoir le son le plus naturel possible ».

Albin de la Simone a donc un rapport au son, à la musicalité très fort. C’est que l’homme est avant tout un musicien devenu chanteur sur le tard. « Je n’avais en effet jamais chanté avant l’âge de 30 ans. Je n’étais pas du genre à chanter sous la douche. Mon premier métier, c’était de jouer pour les autres. Mais la dimension de l’intime me manquait. J’ai mis longtemps à trouver un rapport simple à tout cela. J’ai mis du temps à être pleinement chanteur ».

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Avant de se lancer face au micro, Albin de la Simone a en effet croisé une foule d’artistes français en studio comme sur scène. Vanessa Paradis, Miossec, Jean-Louis Aubert, Iggy Pop, Raphael, JP Nataf, Brigitte, Vincent Delerm… Peu de fausses notes sur le clavier du Français.

L’un de nous, tourbillon de qualités

L’album L’un de nous, sorti début 2017, a reçu un excellent accueil critique entendu par le public : la tournée ne cesse de s’allonger pour s’arrêter ce  26 novembre au nouveau lieu culturel de La Louvière, « Le Central ».

Hyper actif aujourd’hui sur scène, Albin de la Simone distille pourtant son art par petites doses. À peine cinq albums en quinze ans de carrière derrière le micro. « Je mets longtemps à produire un disque et à le sortir. J’ai même l’impression qu’avec l’âge ça devient de plus en plus compliqué. J’ai l’impression d’avoir dit déjà pas mal de choses. Forcément on repasse sur les mêmes traces. C’est difficile de se renouveler. Plus ça va, plus c’est compliqué. Comme dans un jeu vidéo : plus on avance, plus on est meilleurs, mais plus c’est dur de viser juste. Mais j’ai beaucoup plus de plaisir aujourd’hui qu’il y a quinze ans. Et puis j’ai besoin de me nourrir dans de nouvelles collaborations pour retrouver l’inspiration pour la suite, même si aujourd’hui je suis incapable d’accepter une nouvelle aventure musicale. C’est extrêmement frustrant ».

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Une inspiration bien présente sur L’un de nous, l’un des albums de l’année 2017 en chanson française. C’est que l’homme est un artisan des mots et des notes. Avec simplicité et légèreté dans la voix, il aborde l’amour, la mort, la rupture, la mort de l’amour, la vie qui passe et qui trépasse.

« Le temps me fait plus vibrer qu’avant »

Cette fixation sur le temps qui passe taraude en effet Albin de la Simone. « Arrivant à 45 ans, on voit le temps passer d’une manière différente. Je ne me suis pas encore habitué à l’idée que je n’étais plus jeune. Je suis prêt à l’intégrer à ma vie mais je n’avais pas prévu que ça arrive. On se dit : ‘ok, on arrive dans une nouvelle saison de cette fascinante série qui est la vie’. Et évidemment ça influe sur les textes. L’album précédent, je venais d’être papa, d’acheter une maison, les sujets étaient dès lors plus centrés autour de ces thèmes ».

Comme mantra dans la vie, il préfère à la nostalgie castratrice, l’émerveillement pour le lendemain. « J’ai des exemples autour de moi de gens qui vieillissent vraiment très bien. Et puis, physiquement je fais plus jeune que mon âge donc on ne m’en parle pas encore trop. Mais en dehors du corps qui commence parfois à déconner, vieillir peut vraiment être chouette. J’essaie d’ailleurs de tout le temps améliorer des petites choses. Point par point. J’aime me répèter cette citation : ‘Mieux qu’hier et moins bien que demain’ ».

Les épaules larges d’ Albin de la Simone

Parmi la discographie passée d’Albin de la Simone, « Mes épaules » est une pépite sur le rôle de père en devenir. Sur le questionnement de la responsabilité à venir et de la capacité à être non seulement père, mais aussi homme. Plusieurs années après avoir écrite cette chanson, il rassure : « mes épaules ont bien tenu le coup et elles tiendront encore. C’est justement en parlant de ces problématiques que j’arrive à les gérer ».

De la libération de la parole des femmes

Bien plus que le temps qui passe, le fil rouge des chansons d’Albin de la Simone reste plus que jamais les femmes et l’amour. Avec humour ou mélancolie, le chanteur les a souvent chantées amoureuses, amantes d’hier ou demain. L’homme porte donc un regard positif et optimiste sur la récente libération de la parole autour du harcèlement. « Je suis tellement heureux que l’impunité soit tombée même je ne crois pas qu’il y a plus de problèmes dans le monde de la chanson ou du cinéma. Le problème, c’est toujours ces rapports de dominants à dominés, des patrons et des employés. Il y a ça autant dans le monde de l’entreprise que dans le monde du cinéma ou de la musique. Je trouve vraiment génial que la parole se libère tellement que les mecs réfléchiront à deux fois avant de déraper comme ils le font. J’espère juste que ce ne sera pas qu’un phénomène et que la poussière ne retombera pas. Mais on dirait que non. On dirait que ça tient ».

Barbara, ce monument qui a mis le temps à s’imposer à lui

Le 16 décembre, il sera l’un des rares artistes présents sur l’album hommage à Barbara par le pianiste Alexandre Tharaud à rater à Flagey le concert en faveur de « Viva For Life » rassemblant l’ensemble du casting de l’album. « J’en suis très malheureux mais je ne peux vraiment pas me libérer. Je suis vraiment dans un tourbillon pour le moment. Mais si vous avez l’occasion, allez-y ».

Pourtant, son attrait pour la chanteuse française n’était pas naturel. « Barbara ne m’intéressait pas. Je l’ai découverte récemment. J’ai découvert la profondeur de l’œuvre dont la personnalité vocale me faisait écran. Sa manière de chanter ne me plaisait pas et m’empêchait d’appréhender la qualité et la richesse ».

 

Albin de la Simone sera ce dimanche 26 novembre au Central de la Louvière pour présenter ses dernières chansons et quelques plus anciennes dans le théâtre totalement rénové du Centre. Plus d’infos ici.

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