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Coely : « Il y a des filles dans le hip-hop belge ! »

Coely au fetsival Les Ardentes, en juillet 2017. | © BELGA PHOTO JASPER JACOBS

Musique

2017, année du hip-hop belge et de la sortie du premier album de Coely, ça va forcément de pair. Rencontre avec la rappeuse qui n’a d’anversois que le certificat de naissance.


À l’écouter, on a parfois du mal à croire que Coely est bien originaire de la région anversoise. C’est qu’il y a dans ses exclamations soudaines, ses poses à moitié sérieuses et son franc-parler un peu des deux côtes américaines, des accents de Missy Elliott, ou plutôt de Roxanne Shanté, avec qui elle partage des expériences de scènes ouvertes dès l’adolescence. Mais la rappeuse est bien Belge, et à défaut d’avoir été biberonnée par la statue de la liberté, c’est la télévision qui a fait le boulot. « Chez moi, c’était MTV et Trace. Comme je suis flamande, chez nous tout était en anglais, avec seulement les sous-titres. J’imitais les artistes qui passaient à la télé, je chantais, je dansais comme eux. On suivait tout ce qui venait des États-Unis », raconte Coely.

Et on veut bien la croire, tant son album Different Waters, sorti en 2017, a la patte des bons produits américains, tout en ayant baigné dans l’Escaut. À l’écoute de son titre « No way », ça ne loupe jamais : un générique coloré de MTV infuse l’imagination. Il pourrait rhabiller l’un de ses shows préférés d’alors, « Le prince de Bel Air », voire même « My Sweet Sixteen ». Et rien que le souvenir de ce dernier suffit à la faire éclater de rire. Transposé à son enfance à elle, le concept fait tout de même tache : « Quand tu vois d’où je viens et comment ma mère est avec moi… », glisse-t-elle goguenarde.

La bonne école, le bon crew

Pourtant, comme les enfants gâtés de MTV qui fêtent leur 16e anniversaire à grands coups de voitures de luxe et de fêtes démesurées, Coely a elle aussi célébré la fin de son adolescence de manière privilégée. À même pas 18 ans, elle grimpait sur les scènes d’artistes internationaux comme Kendrick Lamar, Snoop Dogg, Nas ou encore Kanye West, pour des premières parties qui feront office de bancs d’école. Et une chose est certaine, la jeune Coely est désormais en mesure de remettre un bon bulletin. « On apprend à monter sur scène et comment se comporter avec un public. On apprend à ne pas avoir la trouille. Quand beaucoup d’artistes doivent s’entrainer pour cela, moi je n’ai plus peur. J’ai dû monter sur des immenses scènes et faire mon truc ».

Mais voilà que depuis deux belles années, la scène hip-hop n’est plus obligée de se projeter de l’autre côté de l’Atlantique, ou même outre-quiévrain, pour rêver à un futur doré. Poussée par le succès de quelques rappeurs francophones et flamands, chaque sortie impose le nouveau label de qualité « Made in Belgium ». « Même si la Belgique est un petit pays, au fond, c’est grand : il y a beaucoup de fans et c’est grâce à eux que le public étranger se rend compte qu’il se passe quelque chose. Ça commence aussi comme ça. Et ça peut aller vite ». De quoi être fière pour Coely, qui fait partie des rangs serrés de cette nouvelle génération. Et la reconnaissance, il était temps qu’elle arrive. « On avait besoin de ça ! Avant, cette scène ne passait jamais en radio, ou en tout cas pas autant qu’aujourd’hui. C’est bon que les gens veuillent aussi lui donner une chance. Les jeunes n’écoutent de toute façon que du hip-hop », souligne-t-elle.

Il faut aller chercher le public partout.

D’autant que le genre pourrait bien être à l’origine d’un début de réunification artistique du pays, dans le secteur musical. « Nous les jeunes, on se connait tous. Et ça fait du bien : on est le hip-hop de la Belgique. On n’est pas la scène hip-hop flamande, bruxelloise… Non. Ce qui nous lie, c’est la musique. L’amour pour le hip-hop ». Coely termine sa phrase en anglais, comme pour trouver un terrain d’entente, si naturel en dehors de tout jeu politique. Puis elle ajoute, lucide : « Et il faut aller chercher le public partout ».

Ceux (et celles) qu’on « ne cherche pas »

Les rivalités, elle ne connait pas, en prenant en exemple les récents Redbull Elektropedia où tout le monde, ou presque, écope de sa petite citation ou de sa statuette. Pourtant, elle glisse le nom de quelques camarades flamands, peut-être encore trop passés sous silence de notre côté de la frontière linguistique : Darrell Cole, son comparse Dvtch Norris, TheColorGrey ou encore l’impressionnante Blu Samu. « Si on ne cherche pas, forcément, on ne trouve pas », s’agace-t-elle, de la même manière que quand on lui parler de la représentation des femmes sur la scène hip-hop belge.

Car ils avaient été nombreux à pointer, à l’aube de l’été dernier, la présence seule de Coely sur la couverture-panthéon du Focus Vif dédiée à cette nouvelle génération. La polémique l’énerve et quant à savoir pourquoi elle est la seule femme à être si médiatisée, elle n’en sait rien. Pourtant, « il y a des filles dans le hip-hop belge ! Mais si on ne cherche pas… Et je ne sais pas pourquoi on ne les cherche pas ! Ce n’est pas qu’il n’y a pas de soutien au sein de la scène, en plus », assure-t-elle, avant de lancer un message : « Les filles que je ne connais pas, sortez de votre cocon ! Vous êtes là, sortez, ça va faire du bien. Il y a un tas de filles qui peuvent en faire plus ».

Et si l’appel ne suffit pas, la réussite de Coely devrait en séduire plus d’une. La rappeuse, en pleine tournée des clubs, a retrouvé son public. « À mon âge, les gens vont en cours, travaillent, se marient… Et moi, j’ai la chance de faire un sold out à l’Ancienne Belgique ». Mais sage, derrière une personnalité extravertie, bosseuse surtout, elle sait exactement comment on parvient là : « Je me dis aussi que c’est parce qu’on travaille vraiment beaucoup, sinon on n’aurait pas la chance d’être ici. Quand on travaille, qu’on est tous les jours au studio, on finit par l’oublier. Si on ne travaillait pas aussi fort, on n’aurait pas la chance de faire tous ces concerts, ces festivals ». Et voilà, il n’y a « plus qu’à ».

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