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Berlin à la rescousse de sa légendaire scène techno

Le club Berghain à Berlin. | © DPA/BELGA

Musique

Menacés par la pression foncière et les plaintes du voisinage, les mythiques clubs berlinois, structurés en lobby, vont pour la première fois bénéficier du soutien financier de la ville.

 

Même à Berlin, la nuit se meurt : menacés par la pression foncière et les plaintes du voisinage, les mythiques clubs berlinois, structurés en lobby, vont pour la première fois bénéficier du soutien financier de la ville. "La culture techno a tellement donné à Berlin qu'utiliser l'argent du contribuable pour lui venir en aide est la moindre des choses", plaide le principal défenseur du projet, le député vert Georg Kössler. Le parlement de la ville-État de Berlin doit approuver jeudi soir à 22H00 GMT (23H00 locales) le déblocage d'une première enveloppe d'un million d'euros pour aider les clubs à s'isoler acoustiquement et à engager du personnel pour calmer les esprits, un effort conséquent pour cette administration lourdement endettée.

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L'objectif est d'enrayer l'épidémie de fermetures qui touche la ville depuis plusieurs années : 170 depuis 2011, sur les quelques 500 boîtes que compte aujourd’hui Berlin. "Avant, les politiciens parlaient des clubs berlinois comme d'un truc sympa, à la marge", explique à l'AFP l'élu de 32 ans, lui-même "clubbeur" assumé. "Mais de manière très surprenante, même nos adversaires de la CDU (conservateurs) sont soudainement très motivés par ce sujet qu'ils appellent 'l'économie de la nuit'", ajoute-t-il. Cette mobilisation autour des clubs est d'autant plus surprenante qu'à l'inverse, en France, le décret sur la baisse du volume sonore maximal autorisé en discothèque et dans les festivals est en train de virer au bras de fer entre patrons de ces établissements et politiques. Mais à Berlin, la scène techno, née à la Réunification, a déjà la maturité de ses 30 ans et eu le temps de se s'organiser en lobby.

Rester à la pointe de la culture musicale contemporaine.

Au centre du dispositif, la puissante "Club Commission", un syndicat qui représente les intérêts de la crème de la culture nocturne berlinoise, soit 220 lieux. À sa naissance en 2001, l'organisation parlementait surtout avec la police après les descentes anti-drogue. Signe que les temps ont changé, en 2017, elle est représentée à la Chambre de commerce de Berlin. "Nous sommes conscients de notre pouvoir, donc nous insistons sur les bénéfices que la ville tire de nous, du tourisme à l'immobilier en passant par les starts-up", résume son représentant, Lutz Leichsenring. Mais alors que l'offre et la demande nocturne ne manquent pas à Berlin, "la mort des clubs" est causée par l'embourgeoisement galopant d'une ville aux loyers longtemps restés dérisoires, explique-t-il.

Les friches industrielles, où les clubs s'étaient installés dans les années 1990, sont désormais entourées de quartiers prisés. De leurs résidences neuves avec terrasses, des familles surplombent les hangars qui vibrent sous la puissance des enceintes berlinoises. Avec la multiplication des plaintes et la flambée des loyers, la Club Commission craint que Berlin ne perde son image "underground" et ne voit s'achever son âge d'or nocturne pour satisfaire le tourisme de masse. "L'idée, c'est de rester à la pointe de la culture musicale contemporaine. Si vous avez des soirées 'gratuit pour les filles', ou '1 bière achetée = 1 bière offerte', nous n'allons pas prendre votre défense", avertit le représentant du syndicat.

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Cette approche élitiste est aussi une histoire de sous, puisque les clubs se battent avec le fisc pour faire reconnaitre leurs droits à bénéficier d'une TVA "des artistes", soit 7% au lieu des 19% imposés aux bars et restaurants. En 2016, le Berghain, temple mondial de la techno, après avoir réussi à prouver aux inspecteurs du fisc que ses clients venaient surtout pour les "line-up", les prestations des DJ, a remporté la première bataille des 7% devant un tribunal. "Ces gros clubs, comme le Berghain qui emploie 200 personnes, sont de toute façon rentables, ils peuvent compter sur les entrées et sur le bar", explique Lutz Leichsenring. Et la drogue, puisque c'est souvent le nerf de la guerre de ces nuits techno qui commencent parfois le vendredi à minuit pour se terminer le lundi à l'aube ? "Soyons clairs, les clubs ne vendent pas de drogue et si c'était le cas ils auraient de très gros problèmes", répond le représentant de la Club Commission.

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