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Accusé de plagiat, l’artiste Jeff Koons vient d’être condamné pour contrefaçon

Retour de bâton pour l'artiste le plus bankable du monde | © Belga

Photographie

Accusé par la veuve du photographe français Jean-François Bauret d’avoir plagié une de ses photos, Jeff Koons a été condamné pour contrefaçon. 

L’artiste américain déclare régulièrement sa flamme à Paris, qui le lui rend bien en lui consacrant d’importantes expositions. Mais, pour l’heure, lapersonnalité la plus « bankable » de l’art contemporain risque de déchanter. Sa société Jeff Koons LLC a été condamnée le 9 mars par le tribunal de grande instance de Paris pour contrefaçon. C’est la veuve du photographe français Jean-François Bauret, décédé en 2014 et réputé pour ses photographies de nus, qui avait porté plainte.

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La carte postale de Bauret coûtait 1 euro. Un exemplaire de la sculpture de Koons a été revendu par un collectionneur 8 millions de dollars en 2008 !

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Réplique exacte

Une reproduction de la sculpture en porcelaine de Jeff Koons, intitulée « Naked », lui a semblé l’exacte réplique d’une photographie de son mari, éditée en carte postale et représentant deux enfants nus dans un moment de tendre complicité. Le tribunal lui a donné raison et a condamné l’artiste et le Centre Pompidou à partager l’amende de 20 000 euros, plus les dépens, plus 4 000 euros à titre personnel pour Koons car la sculpture figurait sur son site Internet. Si l’œuvre incriminée n’a pas été exposée lors de la rétrospective organisée en 2014, elle était bel et bien dans le catalogue.

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Récidiviste

L’artiste, déjà épinglé à propos de pièces de la série Banality  (1988) pour laquelle il avait réinterprété des images publicitaires ou des objets du commerce, ne semble pas vouloir faire appel. La question du plagiat déclenche pourtant des échanges passionnés. Pour certains critiques, il s’agit, ni plus ni moins, d’un vol.

Détournement et interprétation

D’autres répliquent que l’histoire de l’art est faite d’emprunts. Ils défendent le principe de la « citation », du « détournement » ou de « l’interprétation » comme pratiques éternelles du monde de l’art. Sans Esope, La Fontaine n’aurait pas écrit ses fables. Picasso et Bacon ont plagié sans vergogne Vélasquez. D’Orphée à Don Juan, des dizaines de héros ont servi de modèles à des générations d’auteurs qui n’ont jamais songé à se faire des procès. Dali a rajouté des moustaches à la Joconde…

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Appropriationnisme

Mais ils s’en prenaient à des œuvres tombées dans le domaine public. On parle même aujourd’hui d’« appropriationnisme », un procédé qui consiste à copier la création d’un autre sans lui demander son avis. L’Américaine Elaine Sturtevant, féministe et lauréate en 2011 du Lion d’or de la Biennale de Venise, excédée par l’« ego trip » masculin qui régnait dans les principaux mouvements américains, s’était mise à reproduire à l’identique des œuvres des stars du pop art, tels Jasper Johns, George Segal ou encore Andy Warhol. Son but ? Poser une question de fond : l’originalité en art est-elle la valeur absolue ? Pour ses amis artistes new-yorkais, la réponse était oui. Ils ne lui ont pas adressé la parole pendant dix ans.

 

Ressemblances plutôt que différences

Pour les créateurs, tout est dans le style. Mais pour les avocats spécialisés dans le droit de la propriété intellectuelle, c’est plus compliqué : « La combinaison de certains éléments, explique Me Brigitte Bourdu-Roussel, crée une composition originale révélatrice de l’empreinte de la personnalité de l’artiste, et donc protégeable au titre du droit d’auteur. Selon la jurisprudence, le plagiat s’apprécie donc en fonction des ressemblances et non des différences».

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Inadmissible

Ce à quoi une autre spécialiste, Me Vanessa Bouchara, ajoute : « Juridiquement, la reprise d’une œuvre sans l’accord du titulaire n’est pas admissible. Si on laisse des artistes reprendre l’œuvre de tiers, plus rien n’est protégeable ».

Laboratoire de recherche

Orlan, qui elle-même attaque pour plagiat Lady Gaga, ne mâche pas ses mots : « Il n’y a aucune raison pour qu’on copie ou s’inspire d’un ou d’une artiste sans le ou la citer, sans négocier avec lui ou elle, sans lui rendre hommage. Certains n’ont pas à être le laboratoire de recherche et de développement des autres». La question est loin d’être tranchée. Jeff Koons aurait dû négocier avec Bauret, et l’affaire vaudrait un vrai débat. Et pourquoi pas au Centre Pompidou ?

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