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Oliviero Toscani, sans filtre : « Chaque idiot peut devenir photographe »

Photographe, auteur, voleur d'âmes : Oliviero Toscani s'est confié à Liège. | © Clément Jadot

Photographie

Cette semaine, Oliviero Toscani faisait escale à Liège. Dans le cadre de son projet Razza Umana, il a photographié 500 Liégeois rassemblés dans l’écrin de la Cité Miroir pour l’occasion. Une ancienne piscine transformée en lieu culturel d’exception : le cadre parfait pour plonger dans l’intimité du photographe iconique, passé pour l’occasion de l’autre côté de l’objectif. 

 

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Il a photographié les ravages du SIDA, fait de nombreux pieds-de-nez à la bigoterie et s’est engagé en couleurs contre le racisme. Cette semaine, à défaut de Benetton, le photographe culte de la marque se la jouait United Colors of Liège pour son projet Razza Umana. Le principe : capturer la « race humaine », rien que ça. Pour l’occasion, 500 Liégeois ont répondu à l’appel. Timides ou impatients, ils attendant sagement leur tour, ravis d’avoir l’occasion de passer devant l’objectif d’Oliviero Toscani. Avant e se faire tirer le portrait, Bernard, 58 ans, se raconte avec enthousiasme : « je ne m’attendais pas à être photographié un jour par Oliviero Toscani ! C’est l’icône de Benetton, ses photos sont extraordinaires, choquantes, elles faisaient toujours parler d’elles ! ».

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« Je n’aime pas la photographie »

Si ses photos suscitaient débats et conversations enflammées, Oliviero Toscani, lui, semble moins enclin à se confier. D’un naturel réservé, il scrute son interlocuteur derrière ses lunettes bleues avant de répondre dans un français parfait. Stature imposante, regard perçant, le photographe milanais impressionne aussi en personne. Avant de détendre l’atmosphère dans un éclat de rire : « chaque idiot peut devenir photographe. Tous les demi-artistes prennent un appareil photo et s’improvisent photographes ». Oliviero Toscani, lui, n’est pas dans la posture. « Je n’ai pas d’intérêt particulier pour le matériel que j’utilise, je ne suis pas un fétichiste de la photo, pour moi, c’est simplement un moyen technique pour être un auteur. Je n’aime pas la photographie, j’aime ce qu’on dit avec la photo ».

« Les mannequins c’est artificiel »

Et Oliviero Toscani en a des choses à dire. Les mannequins ? « Elles n’ont pas de personnalité, c’est artificiel, construit. C’est compliqué pour un photographe, parce que photographier un mannequin, c’est comme photographier un objet. Quand on immortalise des personnes qui n’ont pas été beaucoup photographiées, on vole un peu de leur âme à chaque fois. À l’inverse, les gens qui ont été beaucoup photographiés sont vides ». Une vacuité qu’il n’a pas rencontré chez les Liégeois qu’il a photographiés. Que du contraire : « la population est bien mélangée, la région a eu de la chance d’avoir beaucoup d’immigration ».

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Sus au consensus

Une chance qu’Oliviero Toscani tient à célébrer. « On n’est pas pareils, tout le monde est différent, et c’est ça l’intérêt. Le problème, c’est d’arriver à accepter ces différences ». Controverse autour de certaines de ses images oblige, Oliviero Toscani a fait le pari d’en prendre son parti. « je ne cherche jamais le consensus avec mes photos, j’écoute toujours les critiques, ça m’intéresse beaucoup. Mon travail n’est pas toujours compris : il y a des gens qui ont une certaine religion morale ou éthique, et qui ne peuvent pas accepter qu’il y ait quelqu’un d’autre qui ne pense pas comme eux. J’écoute ce qu’ils ont à dire, et je me dis toujours que heureusement, je ne pense pas comme eux ».

 

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Voleur d’âmes

Ce qu’il pense, lui ? « Il faut en finir avec le culte de l’esthétique, une certaine virtuosité de la photo. Je préfère photographier des anonymes, et capturer leur âme à travers leur regard. Les gens adorent les mannequins, c’est artificiel, mais ça plaît à tout le monde. Moi ce qui me plaît, c’est la personnalité« . Son cliché préféré ? Impossible de trancher. « Chaque photo appartient à un moment, et c’est impossible de choisir le plus beau moment d’une vie : c’est toujours le prochain ».

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