Paris Match Belgique

Il y a 50 ans, le maître du surréalisme disparaissait. La fée de Magritte rayonne toujours

Anne-Marie Gillion Crowet fut en quelque sorte la « Joconde » de Magritte | © José Noël Doumont

Photographie

 

Anne-Marie Gillion Crowet qui fut son modèle dans les années ’50 témoigne de l’étrange et belle histoire qui la lie pour toujours à cette icône belge de l’art.

Le 15 août 1967, le « promeneur solitaire » empruntait son dernier chemin. Cinquante ans plus tard, René Magritte est toujours présent dans l’imaginaire collectif, nous laissant en héritage d’innombrables tableaux inestimables dont la célèbre « Trahison des images », cette représentation d’une pipe légendée « Ceci n’est pas une pipe ». Dans l’œuvre du grand peintre, il y eu aussi un visage. Il le fascinera et il le représentera dans plusieurs de ses créations. Celui de cette femme qui a reçu Paris Match Belgique dans son appartement bruxellois. C’est elle « La fée ignorante », peinte au milieu des années ‘50, dont la beauté est magnifiée par l’ombre d’une étrange « lumière noire ». Anne-Marie Gillion Crowet fut en quelque sorte la « Joconde » de Magritte. Et, circonstance parfaitement surréaliste, son portrait apparaissait déjà dans des réalisations du maître avant même qu’elle ne se présente à lui ! Une histoire mystérieuse, une belle histoire, dont le premier chapitre s’est écrit à Bruxelles, dans les années ‘20, bien longtemps avant la naissance du modèle alors que Magritte et Pierre Crowet, le père d’Anne-Marie, tissèrent un lien d’amitié qui ne défit jamais.

Dans l’entretien qu’elle nous a accordé, celle qui fut la muse de grand peintre raconte notamment le jour-où elle posa pour la première fois devant le maître : « Une rencontre surréaliste ? Oui, c’est le terme ! Quand je suis arrivée, j’étais troublée, j’avais la frousse. Comment devais-je me comporter ? Il m’a dit très simplement de m’assoir sur un tabouret qui se trouvait au milieu de son salon. A ma gauche, je voyais un tableau représentant deux petites pommes masquées (une œuvre de Magritte intitulée « Le Prêtre marié », NDLR). A ma droite, mon regard fut littéralement capté par un cheval dont les yeux et les cheveux étaient ceux d’une femme (une toile de 1950 baptisée « La Belle Idée », NDLR). J’étais fascinée, comme envoûtée. Il s’est mis à rire et il m’a dit : « Tu vois, je te peignais déjà avant de te connaître » De fait, le regard de cet étrange animal aurait pu être le mien… C’était le mien ! En réalité, mon visage semble déjà se retrouver dans des œuvres antérieures à notre rencontre, comme si j’étais la femme qu’il avait toujours peinte. » Je sais que lui-même a été fasciné par cette évidence. Rapidement, il m’a dit que je pouvais arrêter la pose car il m’avait dans son pinceau… Il serait plus juste de dire, même si c’est troublant, qu’il m’a toujours eu dans son pinceau. Magritte disait : « Il est souhaitable qu’un portrait ressemble à son modèle, mais il peut arriver que le modèle ressemble à son portrait ». Ces quelques mots expliquent à eux seuls l’importance de notre rencontre. L’artiste avait tout à coup devant lui le visage qu’il avait créé… ». Une étrange correspondance qui est également apparue dans d’autres œuvres, comme une « femme bouteille » réalisée par l’artiste en 1941, près de 15 ans avant sa première rencontre avec Anne-Marie Gillion Crowet…

La suite de cet entretien et les photos des œuvres, une véritable plongée dans le monde surréaliste de Magritte, sont à découvrir dans l’édition papier de Paris Match Belgique.

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René Magritte
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