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Excellence belge : Didier Engels, port d’attache

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Didier Engels : "Le succès, on le doit avant tout aux gens que l’on rencontre". | © DR.

Photographie

Cet artiste photographe a le vent en poupe et a fait du port d’Anvers son terrain de jeu : ses clichés de bateaux et de containers s’exposent aussi bien à Miami qu’à Knokke où sa prochaine expo a lieu ce premier week-end du mois d’août.

Par Philippe Fiévet

Inévitablement, on pense aux paroles de la chanson de Renaud : « C’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme », à cette différence près que Didier Engels, lui, préfère rester à quai. Car si son inspiration est essentiellement nautique, il aime avant tout errer parmi les docks. Son truc à lui, c’est le domaine portuaire, «  une marotte qui remonte probablement à mon enfance lorsque mon père naviguait à bord de son bateau au large de Zeebrugge et que je préférais rester avec mes amis à jouer près des embarcadères.  » Plus tard, à 19 ans, il deviendra même quelque temps docker avant de s’orienter dans le secteur textile. « J’y ai travaillé durant vingt-cinq ans, un atout car mon œil a été formé aux couleurs, aux matières et au côté graphique des tissus. » La photographie est alors devenue un de ses passe-temps favoris jusqu’au jour où il décide de passer le cap après être tombé sur une épave échouée en face de Lorient en Bretagne. « Cela a été pour moi une révélation. Je l’ai photographiée sous toutes les coutures et, le lendemain, je suis retourné longuement sur le site pour profiter des belles lumières. »

Sa passion pour les containers prend le dessus : un imbroglio de couleurs, d’assemblages, de reflets, qui donnent à son travail une dimension presque cosmique

C’est ainsi qu’est née cette vocation tardive d’artiste photographe. Didier Engels approche alors de la soixantaine et expose pour la première fois aux Jeux d’Hiver à Bruxelles. Le succès est immédiat et d’autant plus rapide qu’il trouve tout de suite sa marque de fabrique : des coques de bateaux en gros plan, des close-ups qui donnent l’impression d’être des œuvres abstraites. « Une des lignes principales de mon travail sur les quais et les containers est de détourner des visuels qui sont déjà à la base graphiques et colorés pour leur donner une dimension plus artistique en enlevant tous les éléments périphériques autres que le sujet lui-même. La disposition et les couleurs des containers sont tantôt ceux de la prise de vue originale, tantôt une composition d’assemblage personnel. Le détourage, ou le cadrage particulier des containers en post-production, met en valeur le graphisme existant et pose le sujet en tant qu’élément principal. »

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DR.

En quelques années, les expositions artistiques se succèdent en France, en Angleterre, aux Pays-Bas et aux États-Unis. L’identité visuelle de Didier Engels se reconnaît entre mille et sa passion pour les containers prend le dessus, un imbroglio de couleurs, d’assemblages, de reflets, de géométries et de patines qui donnent à son travail une dimension presque cosmique. Cette nébuleuse de couleurs qu’il propose au regard séduit particulièrement à Miami où il participe aux foires émergentes dans le sillage de la semaine Art Basel, la plus grande foire d’art au monde. Cette année encore, en janvier dernier, le sexagénaire a exposé à New York, à la galerie Fremin, située dans le quartier de Chelsea. Et ce premier week-end du mois d’août, c’est l’Art Unity Gallery qui lui réserve une partie de ses cimaises dans une exposition collective située au numéro 7 de l’avenue Maurice Maeterlinck à Knokke. « L’idée est de créer la confusion et d’interpeller le spectateur qui, au premier regard, ne percevra probablement pas la source originale de la photo. L’œil sera d’abord attiré par les couleurs, les alignements et le coté graphique du visuel, ce n’est qu’ensuite que le regard percevra l’élément déclencheur qui est le container ou la coque de bateau. »

Sur ses fabuleux clichés de containers : « L’idée est de créer la confusion et d’interpeller le spectateur qui, au premier regard, ne percevra probablement pas la source originale de la photo. »

Didier Engels est bien conscient d’être né sous une bonne étoile. « Dans la photographie artistique, en Belgique comme partout ailleurs, il y a beaucoup d’appelés et très peu d’élus. Moi, j’estime être un privilégié mais je crois que le succès, on le doit avant tout aux gens que l’on rencontre. Cela a été mon cas avec Philippe Leclerq qui tient un labo photo et a été le premier à croire en mon travail et à me soutenir. Et puis, le succès, c’est aussi une question de persévérance, de bouche à oreille et, il ne faut pas s’en cacher, une part de chance. »

Mais voilà déjà que le photographe s’en va, avec son appareil en bandoulière, un Nikon Z7 II, prêt à relever d’autres défis comme, par exemple, se hisser sur les patins d’atterrissage d’un hélicoptère pour prendre des photos aériennes. Car l’homme n’a pas froid aux yeux et quand il contemple les années à venir, il se prend à imaginer de nouveaux assemblages, avec des centaines de containers. Car, il en est convaincu, le domaine portuaire restera pour longtemps encore son domaine de prédilection, lieu à la fois de départ et de destination, en d’autres termes, de tous les possibles.

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