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Chasse au soviet en Ukraine, à la poursuite des statues déchues de Lénine

Odessa, 21 novembre 2015 | © Niels Ackermann

Photographie

Avec la chute de l’URSS et l’abandon progressif du communisme dans la région, les statues sont tombées aussi. Mais que sont devenues ces idoles déchues ? Pour le découvrir, le photographe Niels Ackermann et le journaliste Sébastien Gobert ont parcouru l’Ukraine sur les traces des statues de Lénine. Qui se cachent aujourd’hui dans les endroits les plus farfelus, quand le père de la révolution n’est pas tout bonnement transformé en Dark Vador. 

Près d’un siècle après sa mort, Vladimir Illitch n’a pas fini de susciter l’intérêt. La variété française a fait de son patronyme un hymne, le cinéma invoque son nom pour parler avec poésie de l’Allemagne de l’Est et de l’Ostalgie, et en Ukraine, un duo composé d’un journaliste et d’un photographe a décidé de partir sur ses traces. Ou plutôt, celle de ses statues, 5 500 exactement, tombées en 2013 sous l’impulsion d’un peuple voulant marquer clairement la décommunisation du pays.

Niels Ackermann

Une énergie fascinante

« Le projet a commencé le 8 décembre 2013. Les manifestants tentaient depuis quelques jours de faire tomber la statue de Lénine de la place Bessarabska, à quelques centaines de mètres de Maïdan. Mais les premières tentatives ont échoué. Le 8 décembre, ils ont réussi à la faire tomber. J’étais fasciné par l’énergie déployée par les manifestants qui essayaient de la réduire en miettes mais il n’y avait que de petits fragments qui s’en allaient. Le lendemain, je suis revenu avec Sébastien sur place et il n’y avait plus rien. Il était impossible que tout ait été détruit en une nuit. Alors, on a commencé à chercher où était la statue. On a été à la mairie de Kiev, mais personne ne savait et plus encore, personne n’en avait rien à faire. On s’est mis en quête de la trouver » racontent Niels Ackermann et Sébastien Gobert.

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Niels Ackermann

Qui se sont rapidement pris au jeu. « Comme cela prenait un peu de temps, on a aussi cherché d’autres statues. C’était comme un jeu de collectionneur ». Le résultat : 176 pages qui parlent de nostalgie, d’URSS, et du rapport ambigu des Ukrainiens à Lénine. En effet, si le pays a voté en mai 2015 une loi de décommunisation qui rend illégale la glorification des symboles communistes, c’est pourtant en Ukraine qu’on trouvait la plus grande densité de statues de Lénine au mètre carré. Aujourd’hui déboulonnées, elles se cachent dans des forêts, des garages ou des entrepôts; démembrées, peinturlurées, et parfois même transformées en Dark Vador. « Je suis ton père, Ukraine ».

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