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« Et j’ai crié » : À gorge déployée sous l’objectif de la photographe Lara Herbinia

Pierre Dungen, au chant du collectif Bertier. | © Lara Herbinia

Photographie

La photographe de concerts Lara Herbinia met fin à un projet de cinq ans dans une exposition bruyante, qui aligne les cris de personnalités et d’anonymes.

 

C’est intimidant. Le monde continue sa course autour de nous et voilà qu’on est obligé de l’arrêter d’un souffle bruyant, d’un cri déchirant, qui nous surprendra probablement encore plus que les passants. « Je fais quoi ? », ose-t-on poser à Lara Herbinia, qui règle la lumière trop forte sur nous, appareil prêt à enclencher. « Ne pense à rien ! », rigole-t-elle simplement. Quoi, crier, juste ça ? La facilité du procédé fait se percuter l’appréhension et l’excitation dans nos bras balants, dos à un mur blanc – ou noir, c’est selon.

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Et puis voilà, on a crié. On a lâché la sauce. Fait péter les décibels à s’en abimer la gorge. Ce n’était ni un tapage de rage ni un hurlement de joie, juste un son qui vocifère et qui fait du bien où ça passe, sans qu’on sache vraiment bien pourquoi.

Le résultat d’Elisabeth Debourse © Lara Herbinia
Le cri de Joris Vandendooren, rédacteur en chef de parismatch.be © Lara Herbinia
Le cri de Maxime Daix, vidéaste et journaliste de parismatch.be © Lara Herbinia

On est désormais l’un des nombreux portraits du « Cri », le projet photographique de Lara Herbinia, qui a commencé il y a maintenant cinq ans. Dans le tas, il y a des potes, des proches, des comédiens, des musiciens… « J’ai démarré ce projet en observant les enfants qui jouaient, s’amusaient sans complexe en criant. Après réflexion, je me suis demandé qui, adulte, osait se laisser aller à un cri de joie, libérateur – à part dans les stades de foot ou dans les salles de concert. Plus nous grandissons, moins nous nous abandonnons sous le regard des autres. C’est le fil conducteur, l’abandon par le son. Quand tu cries vraiment, tu ne peux pas maitriser ton image », explique-t-elle.

Je leur demande de ne penser à rien, juste de se laisser aller. Cela dure quelques secondes, le temps d’un seul cri et c’est dans la boîte. Peu importe le lieu, l’heure, les vêtements…

En regardant les dizaines d’images carrées, alignées en rang d’oignon, on se surprend à s’arrêter sur certains visages, sur de « beaux cris ». Strident ? Guttural ? Gêné ? Libéré ? « Dans la vie, j’ai une bande-son pour tout, la musique est vitale pour moi. Mon but est que la vie sonore de mes photos soit perçue par les regards qui s’y arrêtent », décrypte la photographe, qui a beaucoup shooté la vie culturelle belge, et plus récemment, quelques portraits d’Elio Di Rupo pour Paris Match.

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Jean-Luc Fonck et son cri © Lara Herbinia
Le cri de Yolande Moreau © Lara Herbinia

« On me parle souvent du Cri de Munch, mais ce n’est absolument pas celui-là que je recherche. La vie est déjà trop cruelle pour que l’on en rajoute une couche. Le cri de la vie, ça, ça me parle. D’ailleurs les crieurs sont heureux d’avoir partagé cette force sonore. Ils se sentent souvent bien juste après. Comme si les endorphines s’étaient mises à danser ! »

Les visages capturés, eux, sont prêts à être accrochés : Lara Herbinia et son projet ont décroché une exposition au théâtre 140. « Il était temps que j’arrête ce projet-là pour ne pas qu’il s’essouffle. J’arrêterai de capter les cris le 15 octobre et le dernier sera le mien ».

 

Le Cri, exposition du 14 novembre au 22 décembre 2017 au Théâtre 140. Vernissage mardi 14 novembre à 19h, avant le spectacle « Fight night » à 20h30.

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