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Les Rolling Stones, encore et toujours dans le coup, s’exposent à Bruxelles

Les Rolling Stones en concert en 2017. | © AFP PHOTO / APA / HERBERT PFARRHOFER

Photographie
Une exposition compile des photographies inédites du groupe de rock, de 1965 à 1975. L’âge d’or des Rolling Stones, c’était hier, mais c’est encore aujourd’hui et sûrement demain. David Swaelens Kane, l’homme derrière l’exposition, nous dit pourquoi.

Lorsque l’on passe la porte de la galerie Photo House, située Rue Blaes, dans le cœur de Bruxelles, on est tout de suite pris aux tripes. Les enceintes crachent des morceaux de blues nerveux issus d’« Exile On Main Street », certainement l’un des meilleurs albums des Rolling Stones de la grande époque. Ce n’est pas un hasard. Une exposition inédite nous propose une traversée photographique et ébouriffante de cette période révolue, qui s’étend de 1965 à 1975, avec « It’s Only Rock’n’roll ! ».

L’âge d’or en éveil

Keith Richards, Mick Jagger, Brian Jones, Charlies Watts, Bill Wyman et Mick Taylor sont ici figés dans leurs belles années, la vingtaine et la trentaine flamboyantes. Mais force est de constater que le groupe, après 50 ans de carrière, ne cesse de bouger et de faire parler de lui. En effet, rien ne semble arrêter la popularité des « pierres qui roulent » du rock. Album de reprises de standards du blues, tournée historique en Amérique latine, exposition XXL et itinérante de Londres à Las Vegas en passant par Chicago… Les Rolling Stones n’ont pas le blues, loin de là. Ils sont même plus actuels que jamais !

Keith Richards et Mick Jagger dans une limousine en 1965. © Photo House

À Bruxelles, Photo House a décidé de mettre sa propre pierre à l’édifice sous l’impulsion de David Swaelens Kane, touche-à-tout passionné et survolté. Sa galerie, nichée dans les Marolles, présente une trentaine de clichés de la bande à Jagger. Le cadre choisi est celui de l’âge d’or du groupe, soit les années 1965-1975 : une période de débauche aussi créative que libératrice. « C’est la décade durant laquelle ils ont écrit leur légende, à la fois sur disque et sur pellicule », précise Kane. « Avant 1965, ce sont de gentils garçons. Puis, ils deviennent les bad boys du rock pour des raisons marketing. À partir de là, leur entourage change, grâce aux femmes et aux intellectuels. Ils changent de mode vie et de look. Ils ne jouent plus, ils sont les mauvais garçons ». Des mauvais garçons à la photogénie rare, immortalisée par plus d’un photographe.

5 photographes pour 5 facettes

Le public est donc invité à découvrir l’évolution des légendes du rock’n’roll, du riff imparable de « Satisfaction » à la folie méthamphétaminée des tournées dans les stades. La galerie a sélectionné les 33 photographies avec soin pour montrer différentes facettes du groupe durant dix années. Les cinq photographes choisis sont Terry O’Neill, Gered Mankowitz, Michael Cooper, Dominic Lamblin et Bob Gruen, chacun apportant une facette différente.

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Il y a les débuts du succès, immortalisés par O’Neill devant un pub anglais avec des costumes noirs impeccablement coupés. Les moments de scène, comme leur premier concert sans Brian Jones à Hyde Park en 1969, et les moments dans les backstages enfumés se côtoient et se répondent. Notre rétine est aussi captivée par la pochette de l’album psychédélique et méconnu des Stones, « Their Satanic Majestie’s Request », shootée par Cooper. Cette pièce maîtresse est une véritable orgie de couleurs et d’étoffes. Après tout, l’album date de 1967, l’année du « Summer of Love ».

Cette photographie de Mick Jagger par Gered Mankowitz est la plus chère de l’exposition. © Photo House

La visite se fait de gauche à droite, dans le sens d’un 33 tours, si vous voulez respecter une chronologie relative des évènements. « Il y a quelques exceptions dans un souci de cohérence visuelle. Une photo de 1966 peut côtoyer une photo live de 1972 pour harmoniser la taille des cadres », nous explique encore le passionné de photographie. Si vous êtes perdus, jetez un coup d’œil à leurs cheveux. Plus ils sont longs, plus vous vous dirigez vers la fin des années soixante. Les photographies, dont certaines sont présentées pour la première fois, peuvent être appréciées jusqu’à la fin de l’année 2017. Elles coûtent entre 800 et 4320 euros, pour ceux qui aimeraient mettre la main dessus.

Michael Cooper, l’autre (rock) star de l’exposition

La vraie révélation de cette exposition est sans aucun doute Michael Cooper. « C’est la première fois que son travail est exposé de manière significative en Europe. C’est le photographe-clé de cette exposition », nous dit l’homme d’affaires. Ce photographe anglais, surnommé le « poète de la lentille, » a été emporté par la mort en 1973. Cooper était très proche du groupe et cela se ressent immédiatement dans ses clichés. À chaque fois que son nom apparaît sous le cadre, vous pouvez être sûrs que la photographie aura ce petit « quelque chose » en plus.

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Le photographe a réussi à capturer mieux que personne l’intimité des Stones. À travers son objectif, nous sommes en leur compagnie. Que ce soit à la terrasse d’un café de la Côte d’Azur durant leur exil français ou dans le désert aride de Joshua Tree où la bande prend des faux airs d’Amérindiens (Richards ressemble à s’y méprendre à un Apache). Ces moments de vie sont des parenthèses légères au cœur de folie qui gravite alors autour du groupe.

Keith Richards, immortalisé par Michael Cooper, en train de se faire tirer le portrait au bord d’une piscine. © Photo House

« Les Rolling Stones incarnent la liberté »

« Notre époque manque d‘élégance. Lorsque l’on est élégant, je pense que l’on reste longtemps et c’est leur cas. Ce sont des rebelles élégants », nous explique Kane lorsque nous lui demandons le secret de leur longévité. Mais les Stones ont aussi une dimension générationnelle. Ils incarnent à eux seuls toute une période de l’histoire. « Ils seront à jamais cet esprit de rébellion. Leurs albums sont la bande-son d’une génération en colère. C’est la musique de mai 1968 », estime-t-il. Le rôle culturel qu’ils ont joué hier a défini l’époque dans laquelle nous vivons à présent. Ces rock stars infatigables ont même un rôle parfois plus politique. « Aujourd’hui, lorsqu’ils arrivent à Cuba pour un concert, ils incarnent encore cela. Face à la dictature, ils incarnent la liberté. Ce sont des progressistes ». Les Rolling Stones ou le « Printemps culturel ».

Les « Glimmer Twins » défient l’establishment. © Photo House

Un rêve de gosse

« Je suis l’un des plus gros fans des Stones au monde. J’ai même été conçu sur Angie », nous confie David Swaelens Kane qui a la musique rock dans le sang. Le groupe a changé et façonné son mode de vie au point de vouloir devenir la « rock star des affaires ». Pouvoir exposer les Stones est donc pour lui un véritable rêve de gosse. « C’est un immense honneur et un immense plaisir. Dès que j’ai pu collaborer avec leurs photographes, je l’ai fait. J’ai moi-même une collection importante de photos des Stones », avoue l’homme d’affaires, extatique. « Je souhaite partager mon engouement pour ces images ».

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La photographie de l’exposition que Kane préfère est un cliché pris à la volée par Michael Cooper. Dans une décapotable, on observe une bande joyeux drilles menée par Keith Richards et le chanteur de country Gram Parsons, l’un de ses meilleurs amis. La photo a été prise peu de temps avant le concert tragique à Altamont, où un Noir a été tué par un Hell’s Angels. Ce concert de 1971 est considéré comme la mort symbolique du rêve hippie, la fin d’une ère insouciante. Les Rolling Stones, eux, ont continué de tailler la route. Jusqu’à aujourd’hui et sûrement encore demain. « It’s Only Rock’n’roll ! ».

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