Delphine Boël, le pop art version couture

Delphine Boël, le pop art version couture

Le travail de Delphine Boël, devient palpable, prend de la substance. Au propre et au figuré. | © Delphine Boël

Photographie

En parallèle à l’expo du tandem hexagonal Pierre&Gilles, Delphine Boël propose une rétrospective de son travail. Intitulée « Never give up », elle sera visible du 16 février au 14 mai 2017 au musée d’Ixelles.

(D’après un article paru en décembre 2016 dans l’édition papier de Paris Match Belgique)

Les tableaux et sculptures de Delphine Boël feront l’objet, dès le 16 février, d’une exposition rétrospective sous la bannière « Never give up » (« Ne jamais abandonner »), énoncé qui renvoie entre autres à sa quête familiale. L’expo sera visible au musée d’Ixelles en parallèle de celle de Pierre & Gilles, le duo français de plasticiens et photographes kitsch qui ont, dès leurs premiers travaux, inspirés par l’imagerie gay, Bollywood ou le pop art, transgressé les codes bourgeois de leurs origines.

Lire aussi : Une exposition dédiée à Pierre & Gilles au Musée d’Ixelles

Au-delà de ses tableaux et sculptures, Delphine s’est penchée plus récemment sur le lifestyle. Elle décline désormais ses logos et lettrages colorés sur des châles arty et de la porcelaine de choix. Elle a pu marier son style aux accents de pop art ludique à une forme de prêt-à-porter éternel. Le style Delphine, c’est tout un art. Des tableaux, des sculptures de papier mâché, des collages, et aussi un penchant affirmé pour le lifestyle pur jus. Au Musée d’Ixelles, c’est sa production picturale qui sera mise à l’honneur.

Philosophico-ludique

Sur un autre plan, elle a développé, hors musée, une collection d’accessoires vestimentaires. « Delphine’s Wearable Art Collection » comprend ce qu’elle nomme des « statement shawls » ou châles à messages. Mais pas question justement d’un vulgaire « fashion statement ». La mode, au sens élémentaire du terme, est éphémère et datée. Ce sont plutôt ici des déclarations d’intemporalité. Dans l’esprit de cette quête philosophico-ludique qu’on lui connaît depuis des années, elle se renouvelle avec, toujours cette tendance revendiquée à la philosophie mi-optimiste, mi-désabusée, cette forme de « tristesse gaie » qui définit son parcours. « Mon travail, dit-elle, c’est du « happy sadness ». Je transforme les événements douloureux, négatifs en du positif. Je le fais en utilisant des couleurs vives, fortes et avec des messages sarcastiques ou un phrasé brut qui me permettent de garder un équilibre ».

©Frederik Hildebrand – Ici le « Life shawl » porté par sa créatrice. 

Ses foulards ou ses châles que l’on jette sur les épaules, dans lesquels on s’enroule sans autre forme de procès, se portent sur des tenues sobres ou sport, chic ou excentriques, à l’image de leur auteur. Ils donnent instantanément, sans effort, une touche arty à une tenue basique. Ces « foulards éloquents », baptisés « Life », « Bubble » ou « Love goes around », sont des peintures que Delphine a transposées sur de la soie. Les tableaux deviennent souples, malléables, on peut se les approprier. Elle a souvent envie « d’arracher ses œuvres des murs pour s’en entourer telle une couverture de sécurité, une armure de protection ». « Comme si on portait une peinture », nous dit-elle.

La vie peut être belle, elle peut être affreuse, pleine de surprises ou de crises. La vie est précieuse, elle peut être vicieuse… « Life cannot be controlled ».

Elle aime aussi cette sensation que les amateurs de ses créations puissent vivre avec son art, littéralement parlant. « Ceux qui portent mon foulard, ce sont ceux qui me soutiennent. C’est un peu la tribu Delphine, je les reconnais ». Elle aime aussi l’idée que l’on personnalise son travail. Qu’on le fasse sien. Qu’il évolue au quotidien. Les foulards, dont on peut lire les messages lorsqu’ils sont dépliés, affichent des associations de phrases en anglais sur l’amour, la vie, son caractère impondérable et son cortège de déceptions, ses pics d’excitation, le tout teinté d’un nuage de fatalisme.

À table

©Delphine Boël

Comme ses tableaux, chaque foulard est doté d’un certificat d’authenticité signé à la main. La griffe est désormais lancée, Delphine tout court. C’est ce qui différencie cette initiative d’autres partenariats. Dont cet accord récent : elle vient de s’associer à Serax, une grande marque de vaisselle de table, réputée pour son caractère novateur et non-conformiste. Elle a créé pour eux des assiettes conceptuelles. Celles-ci porteront, pour les jours difficiles, « cette période que nous vivons et qui n’est pas toujours drôle », un message optimiste et fédérateur : « Love ». Il y a aussi son fameux slogan « blabla » pour ce « small talk » qu’elle honnit comme elle l’a souvent rappelé. « Je n’aime pas les ragots. Et les conversations à table autour du temps, je trouve ça épouvantable ».

Elle aime l’idée que ses créations, « sur des assiettes fines en très belle porcelaine », se retrouvent dans les cuisines, les salles à manger, dans les rituels quotidiens d’une famille. La collection, qui s’intitule « The Art of Dining », sera disponible dès avril.

Delphine Boël se bat pour la promotion de ses créations. Son travail, au fil du temps, devient palpable, prend de la substance. Au propre et au figuré. Il incarne une tranche de vie peu ordinaire et traduit, sur la toile ou la soie, un pan unique de l’histoire de Belgique.

 

«Wearable Art Collection», disponible dans des boutiques ciblées
Rétrospective Delphine Boël. « Never give up » du 16 février au 14 mai 2017 au musée d’Ixelles. Rue J. Van Volsem 71 – 1050 Bruxelles. 

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