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À la télé ce soir : Etienne Davignon, le dernier des dinosaures

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Le roi Baudouin et Etienne Davignon. | © RTBF

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Septante-cinq heures d’entretien, deux ans de travail, des rencontres avec les grands de ce monde qui l’ont côtoyé dans les coulisses du pouvoir… L’homme à la pipe, ministre d’État, ancien vice-président de la Commission européenne, président de Brussels Airlines, véritable « parrain » de la vie politico-économique belge, est au centre d’un épatant documentaire de Nicolas Delvaulx. À voir sur la Une ce vendredi 4 octobre dans l’émission « Le temps d’une histoire », présentée par un Patrick Weber en forme olympique.

Étienne Davignon peut être généreux dans ses entretiens. Il doit pour cela être en confiance. Nous l’avions rencontré à deux reprises pour Paris Match. Il répond avec la fraîcheur apparente d’un débutant et l’aisance discrète d’un homme rompu à tout. Nous l’avons revu tout récemment. En quittant la salle de réunion adjacente à son bureau, au 13e étage de la tour Engie, il s’est dirigé le pas vif vers un autre espace et est revenu, une expression ravie sur le visage, brandissant un DVD du documentaire de Nicolas Delvaulx. C’est dire si l’opus lui tient à cœur. Etienne Davignon, le dernier des dinosaures est un film fluide et joliment cadencé, consistant et bien balancé, alternant grandes affaires et regards intimistes. Émaillé d’interventions de figures internationales clés – dont Jacques Delors, Michel Barnier, beaucoup d’autres – il retrace le parcours d’un homme au destin d’exception qui fut, comme le rappelle le réalisateur, sur tous les fronts où la Belgique avait voix au chapitre. Un témoignage majeur à ce point de l’histoire du plat pays.

Etienne Davignon, homme d’influence par excellence, a présidé en coulisses à la destinée de la Belgique et a été au coeur de toutes les grandes sagas qui ont concerné le pays ces cinquante dernières années. Ici lors de l’affaire de la Générale. © Illustration documentaire Nicolas Delvaulx RTBF/UNE –

Dans le film de Nicolas Delvaulx, spécialisé notamment dans les documentaires historiques de poids, on découvre le comte Davignon dans des évocations familiales ou à travers le regard des grands témoins qui l’ont connu. L’amateur de pipes au parfum sucré, de tableaux de Spilliaert et de bons livres a officié en coulisses dans les happenings monstres – politiques, sportifs, économiques – liés à la Belgique durant cinquante ans. De l’indépendance du Congo au Brexit en passant par la construction de l’Europe bien sûr, la Guerre froide, Brussels Airlines « et ainsi de suite », pour reprendre une de ses expressions favorites.

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Il a été qualifié de « parrain », de « vétéran de l’establishment », de « dinosaure » du monde politico-industriel belge. Un homme d’influence, discret comme le sont souvent les vraies pointures. Avec cette lucidité parfaite des hommes d’envergure. «Il faut faire la différence entre politesses, flatteries et réalité », nous a-t-il dit plusieurs fois. « Je ne crois pas aux compliments. Il faut garder la tête froide et faire la part des choses. Une simple question de bon sens. »

Quant à son réalisme pragmatique, cette façon de savoir notamment qu’on « n’emporte pas ses deniers dans la tombe », pour le dire en substance, il le tient de sa mère, qu’il évoque souvent. Il se dit aussi volontiers « spécialiste de rien mais compétent dans pas mal de choses ».

Un homme qui compte en Belgique, pour le dire simplement. La simplicité du propos, l’homme la pratique depuis longtemps. Cette façon de rendre accessibles les matières les plus complexes était un leitmotiv de son mentor, Paul-Henri Spaak dont il fut le chef de cabinet. Il fut aussi chef de cabinet de Pierre Harmel de 1964 à 1969, premier président de l’Agence internationale de l’énergie de 1974 à 1977, vice-président de la Commission européenne de 1981 à 1985. Il fut aussi le président de la Société générale de Belgique de 1988 à 2001, ensuite vice-président de Suez-Tractebel, président du Palais des Beaux-Arts.

 Etienne Davignon commissaire européen dans les années 80. © Illu docu Nicolas Delvaulx RTBF/UNE –

Dans « Le Temps d’une Histoire », Patrick Weber propose donc, pour sa date anniversaire, le portrait d’un des hommes les plus influents du Plat pays. À travers ce tableau fort et tout en finesse de Nicolas Delvaulx, c’est cinquante années d’incroyables sagas qui se déploient en rythme. Une histoire belge aux accents européens, internationaux, racontée par un acteur incontournable. « Aucune décision importante pour le pays ne s’est prise sans lui », martèle le réalisateur. Un récit majeur de l’histoire de Belgique, qui raconte aussi, souligne-t-il, « tout ce qui ne s’écrit pas ».

Le vendredi 04 octobre à 23h00 sur La Une dans “Le temps d’une histoire”. Un documentaire de Nicolas Delvaulx, coproduit par la RTBF, Alizé Productions et Tempo Allegro, et présenté par Patrick Weber.

Lire aussi : Étienne Davignon. Souvenirs de trois vies, publié en juin dernier aux éditions Racine sur base de propos recueillis par le journaliste Maroun Labaki.

Retrouvez tous les programmes télé de ce vendredi 4 octobre pour votre soirée canapé.

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