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Arnaud Ducret : Dans la peau de Xavier Dupont de Ligonnès

Arnaud Ducret : Dans la peau de Xavier Dupont de Ligonnès

Arnaud Ducret et Chloé Lambert durant le tournage. | © PHOTOPQR / OUEST FRANCE / Franck Dubray

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Arnaud Ducret incarne le suspect de la tuerie de Nantes dans Un homme ordinaire, la série événement diffusée sur M6.

 

D’après un article Paris Match France de Clémence Duranton

La barbe n’a pas été rasée depuis quelques jours, les cheveux sont en pagaille, le look est décontracté. En apparence, c’est quelqu’un d’ordinaire qui retire de l’argent. En réalité, ce 14 avril 2011, Xavier Dupont de Ligonnès est l’homme le plus recherché de France. « Il a manipulé son monde et il continue ! Preuve en est que nous en parlons encore plus de neuf ans après sa disparition », s’amuse Pierre Aknine. Le réalisateur et coscénariste a voulu sonder l’insondable, comprendre les failles d’un personnage a priori sans intérêt mais dont la vie chaotique remplirait une encyclopédie.

La seule personne qui pourrait nous attaquer, c’est Xavier Dupont de Ligonnès !

Si le drame des Ligonnès a près de dix ans, la série d’Aknine commence en 2016. Plusieurs réalisateurs ont déjà proposé une fiction sur l’événement – « trop glauque ! » répondent les chaînes. Pierre Aknine tourne Souviens-toi pour M6, quand il entend parler de John List. Ce vendeur en assurances du New Jersey a tué toute sa famille dans les années 1970 avant d’être retrouvé dix-huit ans plus tard, avec une nouvelle identité, une nouvelle femme et de beaux enfants. « La ressemblance entre les deux affaires m’a frappé. D’autant qu’au moment où cet Américain a été retrouvé, Ligonnès était aux États-Unis. Je me suis demandé si c’était un hasard, et je me suis dit que ça ferait une bonne ouverture pour un film sur lui. » Le réalisateur ne gardera finalement pas cette accroche, mais réussit à convaincre M6, à une condition : « On a dû changer les noms et les lieux pour des questions juridiques. Ce n’est pas Nantes mais Lyon et ils s’appellent Salin, mais soyons clairs : on parle bien des Ligonnès. L’ironie c’est qu’aujourd’hui, la seule personne qui pourrait nous attaquer, c’est Xavier Dupont de Ligonnès ! »

Ça fascine les gens de voir un type banal vriller. Ils se disent tous : « Et si ça m’arrivait? »

Au moment de la promotion de Souviens-toi, il glisse au journaliste Philippe Vandel ce qu’il mijote. « Ma promo ne servait à rien, tout le monde ne me parlait plus que de ça ! Ça fascine les gens de voir un type banal vriller. Ils se disent tous : “Et si ça m’arrivait ?” » Encore en octobre dernier, quand la police écossaise a pensé avoir enfin retrouvé le Français, l’événement a fait la une de tous les journaux.

Pour aborder un sujet si délicat, Aknine ne veut pas écrire seul. Il choisit Anne Badel, la scénariste et psychanalyste qui partage sa vie. Pendant huit mois, ils rencontrent journalistes, policiers, auteurs et même Guillaume Hodanger, le frère d’Agnès Dupont de Ligonnès. « Ses proches à elle aussi ont pris une sacrée claque quand c’est arrivé. Le frère a été un soutien plus qu’un révélateur, mais ça nous a permis de mieux cerner cette famille. » Hors de question en revanche de se tourner vers les proches de Xavier, qui affirment encore que la famille est vivante et s’est exilée aux États-Unis. « On a appris tellement de choses qu’on aurait pu faire des dizaines d’heures sur le sujet. Et beaucoup restent inexpliquées, comme le fait que la serpillière était encore mouillée plusieurs jours après le drame. C’est le genre de détail qui fait cogiter pendant des heures. Du coup, à un moment donné, ça nous bouffait complètement. On a fait un break de six mois. »

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Après cette pause, ils reprennent le fil et sélectionnent par thèmes (religion, mère, amis…) ce qu’ils doivent garder. Le choix est fait de ne pas centrer le récit sur le père de famille – « se mettre dans sa tête était insupportable », – mais sur Christophe, le hacker qui a créé un site pour aider les enquêteurs, devenu dans la série Anna-Rose Gagnières (Emilie Dequenne).

Partant d’elle et de son obsession pour ce fait divers, le récit explore en vrac la vie d’un être énigmatique, son enfance dans le catholicisme extrémiste, sa relation avec une femme en mal d’amour, sa tendresse pour ses enfants qui peut basculer en un claquement de doigts vers une autorité effrayante. Se rejoue ainsi le moment où il a emmené son jeune fils à l’enterrement d’un inconnu pour le confronter à la mort quelques jours avant la tuerie. « Lui est protéiforme, bourré de contradictions, donc on a choisi une construction non linéaire pour correspondre à sa personnalité. » Son besoin viscéral de vie nomade sert de fil rouge. La voiture devient un personnage à part entière pour dépeindre celui qui va de Formule 1 en hôtel Ibis et pour qui le domicile familial doit changer d’adresse tous les deux ans.

Quand Arnaud met les lunettes, il devient le personnage. Il est glaçant

Une fois le scénario bouclé, un dernier point d’interrogation reste : qui pour incarner le visage de l’horreur ? « Certainement pas Ducret, il fait de la comédie ! » répondent les coscénaristes quand on leur suggère l’acteur de Parents mode d’emploi. Mais la ressemblance est frappante et, dès les premiers essais, ils savent qu’ils tiennent le bon candidat. « Quand Arnaud met les lunettes, il devient le personnage. Il est glaçant. » L’humoriste offre en effet une prestation criante de vérité. Pour autant, plus d’une fois, l’émotion a fait fondre l’homme de glace. « Avant de commettre l’irréparable, il prend son fils dans ses bras une dernière fois et il lui dit “pardon”. Il a fallu arrêter de tourner parce qu’on pleurait tous. Dès qu’on s’est approché du moment d’assassiner les enfants, ça a été très dur. » Le déroulé des meurtres a été légèrement modifié pour les mêmes raisons.

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L’ensemble regorge de détails véridiques qui perdent parfois le spectateur, mais est rattrapé par des scènes poignantes portées par une musique inquiétante. Et pour le dénouement : « Le dernier épisode est inventé. C’est l’issue qui nous semble la plus plausible. » Ou comment créer une fin possible à une histoire qui n’en aura peut-être jamais.

La scène choc d'Un homme ordinaire : le moment où le père enterre sa famille.
La scène choc d’Un homme ordinaire : le moment où le père enterre sa famille. © M6

Arnaud Ducret : Le visage du mal

Paris Match. Est-ce facile d’accepter de jouer Xavier Dupont de Ligonnès ?
Arnaud Ducret. Non, c’est très casse-gueule ! J’y ai réfléchi et, à la lecture du script, j’ai aimé la façon de traiter l’histoire. J’aimais qu’on ne soit pas dans son esprit, mais qu’on le regarde comme sur un écran de vidéosurveillance.

Il vous a fallu une préparation particulière ?
J’ai regardé les photos, lu l’enquête, les témoignages. J’ai essayé de décortiquer le poids religieux et social qu’il avait sur les épaules.
J’ai voulu le comprendre et avoir de la sympathie pour lui, c’est important quand on interprète un personnage. Mais on sent vite que c’est impossible. C’est quelqu’un d’insaisissable. Qui emmène son fils acheter le terreau dans lequel il va l’enterrer plus tard ? C’est hallucinant.

Pour moi, il s’est suicidé. Mais la police dit que c’est 50/50

Quelle est la scène la plus forte pour vous ?
Toutes les scènes avec Chloé Lambert, qui joue ma femme, sont vraiment intenses. Cette fascination qu’elle avait pour lui, alors qu’il la rabaissait en permanence… Il y a un moment où on est face à face à table et je l’humilie, c’est très fort.

Et votre fin, si vous aviez été scénariste ?
Pour moi, il s’est suicidé. Mais la police dit que c’est 50/50. Qui sait ?

Un homme ordinaire (4 épisodes), sur M6 dès le 15 septembre à 21 h 05.

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