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Les couleurs de la vie de David Hockney

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Les couleurs de la vie de David Hockney. | © Claire Delfino/Paris Match

Art et Scène

Catherine Cusset retrace la vie fascinante du peintre David Hockney. 

Catherine Cusset prévient d’emblée le lecteur : ce n’est pas elle qui s’est emparée de David Hockney, mais le peintre anglais qui s’est emparé d’elle. Bien sûr ce n’est pas le premier portrait d’artiste dont un romancier réécrit la vie. Après tout, c’est aussi ce que font les peintres, lorsqu’ils demandent à un modèle de poser, pour en réinterpréter les traits comme les expressions. Mais l’originalité de sa démarche vient du fait que Hockney est toujours de ce monde. On adore le récit des premières années vécues dans l’Angleterre puritaine, la métamorphose du jeune David lorsqu’il se sent attiré par l’art autant que par les garçons. Lorsque David veut dessiner, il doit d’abord se heurter au manque de papier comme à l’hostilité de ses parents pour qui l’art était un langage inconnu. Entrer aux Beaux-Arts, quand aucun enfant de la fratrie n’est allé à l’université, relève de l’exploit. Sa découverte de Picasso et de Bacon, à Londres, est une révélation. Comme sa rencontre, à l’âge de 22 ans, avec le milieu homo de la -capitale britannique, qui l’encouragera à assumer sa sexualité. Devant tous, sauf sa famille.

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Cusset entre en empathie totale avec son sujet

La véritable découverte survient lors de son premier voyage à New York, là où tout semble permis. La romancière parait avoir elle-même vécu cette époque et le vent de liberté qui souffle à ce moment-là sur la communauté gay. Elle nous immerge dans ce milieu festif et créatif où Hockney est allé puiser son inspiration. De New York, Hockney s’envole pour Los Angeles. Ce n’est alors plus seulement un océan qui le sépare de son milieu d’origine, mais un monde qu’il ne quittera plus.

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Cusset entre en empathie totale avec son sujet. Elle traverse avec lui les années sida qui déciment la communauté homo, la rejetant encore davantage du reste de la société. Elle vit avec lui les chagrins d’amour qui le déchirent. Elle devient le prolongement même de son pinceau lorsqu’il peint « Peter sortant de la piscine de Nick ». Plus le succès arrive, plus Hockney se sent proche de sa famille. Il déteste les ruptures dans la vie, mais les provoque dans sa peinture. Saluons le travail de Catherine Cusset qui, après d’importantes recherches de documentation, a su donner vie à l’œuvre unique de ce peintre. Avec ce style dont elle ne se départ pas, fin et incisif à la fois.

« Vie de David Hockney », de Catherine Cusset, éd. Gallimard, 183 pages, 18,50 euros.

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