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Les secrets des plus grands magiciens du monde

illusionists 2.0

De g. à dr., James More, Yu Ho-jin, Andrew Basso, Leonardo Bruno, Luis de Matos et Enzo. | © Manuel Lagos Cid / Paris Match

Scène

Ce sont les plus grands magiciens au monde et ils sont réunis pour la première fois dans un spectacle commun, « The Illusionists 2.0 ».  Nous avons tenté de percer les secrets de leur art.

 

C’est un concept déclinable – et franchisé puisque plusieurs troupes tournent simultanément dans le monde depuis cinq ans : sept magiciens, illusionnistes, mentalistes ou manipulateurs sont réunis dans un même spectacle et chacun réalise un tour dans sa spécialité. Leurs points communs : ils sont jeunes, se réclament tous fans de David Copperfield et, quand ils ne se produisent pas avec les « Illusionists 2.0 », sont les vedettes de leurs propres shows.

Andrew Basso, The Escapologist

© Manuel Lagos Cid / Paris Match
La vocation d’Andrew Basso est née le jour où un magicien a réussi à faire sourire sa mère. « C’était une femme très sérieuse. Si ce magicien était arrivé à la dérider, je devais pouvoir le faire ». Andrew apprit donc la magie en achetant tous les livres sur le sujet. Il découvrit ainsi l’existence de Harry Houdini, « le roi de l’évasion ». À 14 ans, il explore le genre. « J’ai commencé avec des menottes, des camisoles. Petit à petit, j’ai appris à manipuler mon corps, mes os, mes muscles ». Il s’évade chaque soir d’un réservoir rempli d’eau, fermé par des cadenas et dans lequel il est entravé, ligoté et immergé. Il a quatre minutes pour s’échapper. « C’est le seul numéro de la soirée où il n’y a pas d’illusion, dit-il. C’est juste une prouesse physique ». Une prestation à l’Opera House de Sydney a failli tourner mal. « Quand j’ai vu qu’il y avait 4 000 spectateurs. J’étais stressé. Mon coeur s’est mis à battre plus vite et après deux minutes d’immersion j’étais au bout de mon oxygène. J’ai paniqué, on a baissé le rideau et arrêté le spectacle. Dans les coulisses, j’ai su que, si je n’y retournais pas, je ne referais plus jamais ce numéro. Je suis revenu en scène pour le refaire. J’ai reçu une des plus belles ovations de ma carrière ».

Yu Ho-jin, The Manipulator

© Manuel Lagos Cid / Paris Match

Son habileté et son élégance séduisent tous les publics. Yu Ho-jin est un manipulateur. À côté de ceux qui découpent des assistants à la tronçonneuse, disparaissent de boîtes hermétiquement fermées ou font voler et s’enflammer des objets à distance, il pourrait souffrir de pratiquer un art trop discret, moins spectaculaire, mais il n’en est rien. Ce Coréen (« du Sud ! » précise-t-il bien) de 29 ans exécute sous nos yeux (son numéro est filmé et projeté sur des écrans vidéo), avec des cartes et des pièces de monnaie, des tours impossibles, à la dimension toujours poétique. Il a 8 ans quand un de ses camarades lui fait un tour de cartes. « Je n’ai plus rien fait d’autres depuis. J’en ai toujours avec moi. Pas besoin de semi-remorque pour partir en tournée. Mon matériel tient dans ma poche ». Quand il ne tourne pas, il travaille son art, parfois plus de treize heures par jour. « Il n’y a pas de sommet à atteindre, on peut toujours progresser. C’est à la fois exaltant et décourageant. » À 19 ans, il a remporté un concours de magie à Blackpool et n’a cessé depuis lors de parcourir le monde. « C’est pour cela que je ne suis pas connu chez moi, je n’y suis jamais ! » Quand la tournée des « Illusionists » sera terminée, il va créer un spectacle dont il sera l’unique star, à Macao. L’autre enfer du jeu. Où il est, bien évidemment, interdit de table de poker.

Luis des Matos, The Master Magician

© Manuel Lagos Cid / Paris Match

À 9 ans, il découvre la magie grâce à son groupe de théâtre au Portugal. Il ne sacrifiera pas ses études d’ingénieur agroalimentaire à son art et, tout en construisant sa carrière de magicien, continue à enseigner à l’université. « Mais un jour, j’ai dû choisir. J’ai pris la magie. À n’importe quel moment, si la passion s’évapore, ou si le public ne vient pas me voir, ou si je ne m’amuse plus, je sais que je peux revenir à l’enseignement. Je fais ce métier par passion, pas par besoin. Ce qui me plaît particulièrement, c’est que, contrairement à toutes les autres formes artistiques, la magie s’adresse à la famille entière ». Dans la sienne, le père aime l’opéra, la mère, la danse contemporaine, le fils, le heavy metal et la soeur, les galeries d’art. « Tout le monde se retrouve aux spectacles de magie. Elle est non seulement la forme artistique la plus vieille du monde des papyrus anciens font état de spectacles donnés pour le pharaon Kheops deux mille cinq cents ans avant Jésus-Christ mais c’est aussi celle qui réunit tout le monde, quel que soit l’âge ! »

Leonardo Bruno, The Alchimist

© Manuel Lagos Cid / Paris Match

À 5 ans, Leonardo a appris ses premiers tours de magie, son professeur n’était autre que son grand-père, Leonardo Trebole, magicien à Mexico. Deux ans plus tard, il participe à un concours au Texas et remporte le premier prix. Puis à 15 ans, il apparaît dans de nombreux shows à la télé mexicaine, tenant même une rubrique de magie dans un grand quotidien du pays.« À 16 ans, j’ai tout arrêté, dit-il, j’étais un adolescent qui voulait jouer au foot, sortir avec ses potes ». La rencontre de l’Américain Kevin James, célèbre magicien de la famille Barnum, le remet sur les rails. En 2010, les deux hommes présentent même leur numéro à la Maison-Blanche devant la famille Obama pour Halloween, et en 2013 Leonardo présente son propre show dans le cadre spectaculaire du Grand Canyon. Il réalise avec les « Illusionists 2.0 » un numéro saisissant avec une tronçonneuse. Dont le secret (que nous avons découvert complètement par hasard le lendemain à notre hôtel) est encore plus ahurissant.

Enzo, The Elusive

© Manuel Lagos Cid / Paris Match

Enzo a attrapé le virus un soir de Noël quand on lui a offert une boîte de magie. Il avait 7 ans. « Comme j’étais aussi passionné de Lego, j’ai voulu associer la construction et la magie. À 11 ans, dans mon garage, j’ai commencé à fabriquer mes boîtes et mes propres accessoires. J’ai fait des études d’ébénisterie, de menuiserie et d’ingénieur technique pour réaliser mes plans et fabriquer mon matériel. Beaucoup de magiciens apprennent par les bouquins, les vidéos, des tours que tout le monde connaît. Mes boîtes sont différentes et mes numéros sont uniques. C’est très important ». Fan absolu de David Copperfield « qui va aussi dans l’émotion », le jeune Français rêve de jouer à Vegas. Il doit s’y rendre cet été pour participer à la célèbre émission de télé américaine « Fool Us ». « La tendance actuelle est de faire monter sa carrière sur YouTube, je m’en tiens un peu éloigné car je préfère le vrai live ».

James More, The Deceptionist

© Manuel Lagos Cid / Paris Match

C’est sa fascination pour le cirque qui a amené cet originaire de Bournemouth, dans le sud de l’Angleterre, à la magie, après s’être un peu essayé à la ventriloquie. « Ça me plaisait bien mais je pense que je n’étais pas très bon, sourit-il. En tout cas, quand je faisais de petits spectacles à l’école comprenant de la magie et de la ventriloquie, on ne me parlait que de mes tours de magie ». Il appartient à cette nouvelle génération de magiciens qui utilisent Youtube pour cimenter leur carrière et a totalisé 88 millions de vues sur le site. Il s’est fait remarquer médiatiquement en participant à Britain’s Got Talent en 2013 et a été le premier magicien britannique à jouer à Broadway. Et depuis quatre ans, il tourne avec les « Illusionists 2.0 ».

Gus, The Showman

© Manuel Lagos Cid / Paris Match

Avec Enzo, c’est l’autre Français du gang des Illusionists : Gus, un Lyonnais de 28 ans que rien ne prédisposait à la magie. Il suivait les cours d’une école de commerce à Hong Kong quand un de ses copains lui fait des tours de cartes et le contamine à jamais. C’était il y a huit ans. Gus évolue entre le stand-up et la magie classique en détournant des petits objets du quotidien. Sa pratique fonctionne aussi bien en spectacle qu’en vidéo sur YouTube, où il est très actif. Il présente régulièrement un spectacle à Paris au Théâtre Les Feux de la rampe (complet deux mois à l’avance depuis sa participation à Diversion, l’émission d’Arthur sur TF1) mais rejoint souvent ses amis magiciens en tournée. « Entrer dans le club des Illusionists était un rêve. Les participants étaient mes idoles. J’ai appris les rudiments du métier en regardant leurs vidéos. Devenir leur pote et travailler avec eux est la meilleure chose qui me soit arrivée professionnellement ».

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