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Vivre au coeur d’une oeuvre d’art dans la ferme d’American Gothic

American Gothic

La peinture de Grant Wood est devenue culte et entrée dans la pop culture | © Flickr @ Pete

Art et Scène

S’il est commun de parler d’art de vivre, il est plus rare de vivre d’art. C’est pourtant le cas de Beth M. Howard, une des rares Américaines a avoir eu le privilège d’habiter la ferme blanche immortalisée par Grant Wood dans sa toile la plus célèbre, « American Gothic ». 

Mines sévères, vêtements austères et postures graves, Nan Wood et Byron McKeeby ont beau avoir l’air peu amènes, leur portrait réalisé par Grant Wood est pourtant devenu un des tableaux américains les plus connus, et une source d’inspiration inépuisable pour la pop culture. Tantôt, American Gothic s’anime dans le générique de Desperate Housewives, quand ses deux modèles ne s’affichent pas carrément à 8 mètres de hauteur, transformés pour l’occasion par Seward Johnson en gigantesques statues. Qu’elles touchent les nuages en 3D ou qu’elles dévisagent les curieux depuis l’écrin de leur cadre, les deux effigies d’American Gothic impressionnent et font travailler l’imagination. Qui sont-ils donc, et pourquoi ces mines si sombres ? Pour tenter de percer le mystère, la journaliste américaine Beth M. Howard est allée au coeur du tableau, en vivant pendant quatre ans dans la ferme blanche qui se dessine à l’arrière-plan de la peinture de Grant Wood.

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Flickr @ Stannate

Si le peintre a choisi sa soeur, Nan, et son dentiste, Dr Byron McKeeby, comme modèles, il s’est en effet également inspiré d’une maison existante pour compléter le tableau. Avec ses bardeaux de bois blanc et son porche charmant, la ferme à l’arrière-plan se trouve à Eldon, une petite ville en plein coeur de l’Iowa. Et jusqu’il y a peu, la ferme, qui appartient à la State Historical Society, pouvait être louée par des particuliers. Ou comment habiter en plein dans une oeuvre d’art pour 250 dollars par mois seulement, une expérience que Beth M. Howard a vécu de 2010 à 2014.

Résidence atypique

Dans un témoignage rédigé pour le New York Times, elle raconte son coup de foudre pour cette maison atypique, dont les détails avaient attiré le regard de Grant Wood lors de son passage dans la région en 1930. Car si la fermette est à priori semblable à tous les autres cottages ruraux de la région, elle est pourtant pourvue d’une exception notoire (et remarquable) : une fenêtre en forme d’ogive, semblable à celles que l’on retrouve d’ordinaire dans les églises. Amusé par ce détail qu’il trouvait prétentieux, Grant Wood avait tenu à s’arrêter pour faire un sketch de la ferme, avant d’imaginer à quoi ses habitants pourraient ressembler. American Gothic était né. Et pour avoir habité la célèbre maison blanche au centre de la peinture, Beth M. Howard assure qu’il n’y a pas qu’en façade que l’on y trouve des détails originaux, des plafonds extrêmement bas à la demi-baignoire installée dans un coin de la salle de bains. Sans oublier les touristes et leur flot incessant à toute heure du jour et de la nuit pour s’immortaliser devant la deuxième maison blanche la plus célèbre du pays.

American Gothic
American Gothic House

Une animation constante à l’origine du loyer si modéré pour habiter une oeuvre d’art, et qui explique également pourquoi Beth M. Weldon a finalement fait ses valises après quatre ans. En emmenant avec elle les secrets de la maison : il n’est désormais plus possible de la louer, même si elle est ouverte au public pour des visites.

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