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Véronique Culliford, la sœur cadette des Schtroumpfs

"Mon père m'inspire continuellement." | © DR

Art et Scène

La fille de Peyo, présidente d’IMPS, n’a pas perdu une once d’enthousiasme depuis ses débuts aux côtés de son père qui l’inspire encore au quotidien. Longue vie aux Schtroumpfs !

Paris Match. Quel regard portez-vous sur ces dix dernières années ?
Véronique Culliford. Je suis contente de constater une belle progression. Il y a eu 3 films au succès mondial qui ont permis de toucher les nouvelles générations d’enfants. Les défis sont notre lot quotidien et c’est ce que j’aime le plus dans mon métier. Tout projet, s’intégrant bien au contexte des Schtroumpfs, est envisageable. Alors on ose mais sans dépasser certaines limites. Tout va tellement vite avec les nouvelles technologies qu’il faut savoir prendre la balle au bond.

Êtes-vous toujours étonnée par l’aura incroyable des petits hommes bleus ?
Nous le sommes continuellement. Il suffit de voir le sourire d’un enfant devant une figurine ou un dessin animé pour me remplir de joie. Nous avons montré des premiers tests de notre nouvelle série de dessins animés, lors d’un festival, et les responsables des chaînes avaient le visage qui s’illuminait devant certaines scènes. Les adultes continuent à craquer pour les Schtroumpfs. Il y a de quoi vous motiver pour la suite !

Les Schtroumpfs sont combattifs, courageux, solidaires, bienveillants… Peyo a-t-il imaginé un monde parfait ?
Ils vivent dans monde idéal dont les parents rêvent pour leurs enfants. Mais un monde avec ses disputes, ses désaccords, ses dangers, sinon ce serait inintéressant. Peyo voulait dépeindre la réalité de la vie tout en en riant, sans jamais se moquer. Il a su aborder des sujets parfois graves qui interpellent encore aujourd’hui. Nous essayons de garder cet esprit en n’hésitant pas à choisir des thématiques fortes, pas trop actualisées afin de traverser les générations. Les Schtroumpfs sont à la fois actuels et intemporels, c’est leur grande force.

Comment garder un œil sur toutes les activités d’une telle société, et notamment celles liées aux 60 ans, tout en suivant de près la foule de produits dérivés de la marque ?
Je peux compter sur une équipe en qui j’ai entière confiance. Et je passe mes journées à lire des comptes-rendus ! Je suis donc au courant de tout. Je reste, en effet, la gardienne du temple et il m’arrive de ne pas être d’accord sur l’octroi de certaines licences. Mais je suis capable d’écouter d’autres avis pour aller dans le sens des attentes du public.

« Peyo voulait dépeindre la réalité de la vie tout en en riant »

Quels sont les derniers projets qui vous ont marqué ?
Voir les Schtroumpfs au cinéma fut une expérience formidable. J’étais jeune au moment de « La Flûte à 6 schtroumpfs », c’était bien mais j’ai surtout vu mon père y laisser sa santé. Cette fois, le challenge était d’autant plus grand que mon père n’était plus là. Il adorait les nouvelles technologies, je suis certaine qu’il aurait tenté cette aventure et n’aurait pas refusé que les Schtroumpfs intègrent le monde des humains. En tant qu’ancien projectionniste, il avait le cinéma dans le sang. L’avion Aerosmurf est également un grand moment.

Vous vous posez toujours cette question : papa aurait-il aimé ?
Tous les jours. Sa photo est devant moi sur mon bureau, il me regarde et m‘accompagne. Il est parti jeune mais j’ai pu avancer seule car il m’avait donné de solides bases. Mon père était un vrai gentil, il y a de lui dans les Schtroumpfs, et surtout dans Benoît Brisefer, son personnage préféré. Il n’a pas eu la vie facile, ayant perdu son père à 8 ans, connu la guerre et les privations. Il s’est battu pour que sa famille ne manque de rien.

« Un album des Schtroumpfs chaque année reste un incontournable. »

Comment avez-vous préparé cette célébration des 60 ans ?
Nous travaillons avec une plus grande équipe et profitons des enseignements des 50 ans, nous nous montrons plus professionnels. On avait vu grand à l’époque et on avait pris quelques très gros risques. Aujourd’hui, nous sommes plus sages et responsables, même si les célébrations de cette année s’annoncent encore plus incroyables. Je fête aussi mes 60 ans cette année, je suis plus mûre. Les Schtroumpfs sont mes aînés de 3 semaines !

Nous continuons également notre engagement philanthropique. Quand j’ai accepté de faire partie du Conseil d’administration d’Unicef Belgique, il y a 10 ans, j’ai pensé à mon père. Il n’aurait jamais refusé de par

ticiper à une cause de cette importance. Mon mandat se termine mais notre collaboration continue, nous avons les mêmes valeurs et les mêmes couleurs. Nous collaborons aussi avec Les Nations Unies. Le Schtroumpf est un merveilleux porte-drapeau pour défendre des idées de paix et de solidarité. Et quand on a le succès que nous connaissons, il faut pouvoir renvoyer l’ascenseur.

On a l’impression que tout est possible avec les Schtroumpfs.
Ils offrent, en effet, une infinité de possibilités car ils sont transgénérationnels et universels. Sans jamais oublier qu’on s’adresse aux enfants, tout en touchant les parents. Peyo n’a pas fait que les Schtroumpfs, ce serait bien de pouvoir honorer ses autres personnages. Mais on ne négligera jamais les albums de BD, ce sont nos racines. Un album des Schtroumpfs chaque année reste un incontournable. Ce qui n’empêche pas d’ajouter d’autres personnages comme par exemple la série d’albums « Les Schtroumpfs et le Villa des Filles » qui fonctionne très bien. Peyo a toujours voulu que son œuvre continue puisque mon frère et moi travaillions déjà avec lui. Créer encore et toujours demeure notre motivation.

Quelle est la valeur principale héritée de votre papa ?
Mon père était un acharné du travail et je pense que je lui ressemble en ce sens. Mais je compte me préserver davantage. J’espère avoir hérité également de son humilité, de sa simplicité et de son intégrité.

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