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A Bruxelles, marcher le nez en l’air est toujours une bonne idée

La fresque, à quelques pas de la Grand-Place de Bruxelles, sera inaugurée à la mi-juin. © Ronald Dersin

Scène

Bruxelles, ville aux mille couleurs, s’apprête à accueillir une nouvelle fresque : en face de la Gare centrale, à côté de l’hôtel Hilton, qui a participé à son financement, une gigantesque peinture met en scène une panoplie de Schtroumpfs tout sourire.

 

Ces derniers réservent bon nombre de surprises aux passants. Pour l’heure, la fresque est encore cachée ; elle sera inaugurée à la mi-juin. En avant-première, Paris Match vous emmène sur le chantier où l’heure des dernières finitions a sonné.

Les yeux rivés vers le plafond, un pot de peinture noire à la main, Francesca Faletti repasse avec soin les contours d’une feuille de salsepareille, la nourriture préférée des Schtroumpfs. Perchée sur un échafaudage aux côtés d’une demi-douzaine d’autres artistes employés à temps plein sur le chantier, cette peintre d’origine italienne est l’une des petites mains qui s’attèlent depuis bientôt deux mois à l’élaboration d’une vaste fresque mettant en scène la vie quotidienne des Schtroumpfs. Ornant le plafond du passage qui relie le Carrefour de l’Europe (devant la Gare centrale) à la rue Infante-Isabelle, cette imposante peinture sera inaugurée le 19 juin prochain.

Vieri Biticchi, le directeur général de l’hôtel Hilton « Grand Place », se réjouit tout particulièrement : ce passage, ce plafond, appartiennent à l’établissement qu’il gère. C’est lui qui a été approché par IMPS, la société qui détient les droits des Schtroumpfs, lui qui a pu décider si oui ou non, il voulait de cette fresque sur ses murs. Et il se souvient : « Je n’ai pas hésité un seul instant ! Ce genre d’investissement en faveur de la communauté est tout à fait dans l’ADN de la marque Hilton, qui a à cœur de soutenir la culture locale. »

Un clin d’oeil bienvenu

L’établissement, même s’il tient à garder une image haut de gamme, ne se refuse pas quelques fantaisies : ainsi, ce clin d’oeil « schtroumpfesque » est-il tout à fait bienvenu. Ce n’est d’ailleurs pas le premier : l’hôtel offre déjà aux enfants qui y séjournent un livre de jeux et de coloriages à l’effigie des créatures de Peyo apparues pour la première fois dans « Le journal de Spirou » il y a 60 ans. Qui plus est, Vieri Biticchi n’est jamais contre l’idée de mettre la « belgitude » en avant. Ainsi le premier café Godiva a-t-il ouvert ses portes dans les murs de l’hôtel, pour y réjouir les papilles des fanas de chocolat.

Père d’une petite fille de cinq ans, « éternel enfant » selon ses propres dires, Vieri Biticchi suit de près l’avancée des travaux. La fresque le divertit, le séduit. Tantôt, il se distrait en cherchant le Schtroumpf costaud, facilement reconnaissable grâce à son tatouage sur le bras, tantôt il s’inquiète de savoir comment cacher l’œuvre du regard des curieux avant l’inauguration, une fois que l’échafaudage sera enlevé.

Car le dessin offre beaucoup à voir : il y a les Schtroumpfs, bien sûr, qui vaquent à tout un tas d’activités aussi diverses que variées, mais il y a aussi, ici ou là, des symboles de la culture belge – comme des gaufres, des frites ou l’Atomium – adroitement glissées dans l’image. « Même si c’est dur physiquement, c’est gai de peindre cette fresque », déclare Sybille Carpentier, une autre peintre sur le chantier, en massant ses épaules endolories.

Un sacré défi

Les peintres ont bien essayé de travailler couchés pour préserver leurs cervicales – à la manière de Michel-Ange dans la chapelle Sixtine – mais l’expérience n’a pas été concluante : « Le plafond est beaucoup trop grand pour cela », regrette Nicolas Morreel, le fondateur Urbana, l’entreprise qui réalise les travaux.

Autre défi de taille pour les créateurs de la fresque, côté IMPS cette fois : trouver une solution pour y intégrer Gargamel, personnage aussi central que redouté car il n’a d’autre passe-temps que d’essayer d’emprisonner des Schtroumpfs, alors même que le méchant sorcier est au moins sept fois plus grand que les petites créatures bleues ! L’astuce a été de parer un petit Schtroumpf d’un masque de Gargamel… Peut-être s’agit-il là du Schtroumpf farceur, cherchant à épouvanter ses camarades…

Farceur lui aussi, Vieri Biticchi s’amuse à égrener le nom des Schtroumpfs dans toutes les langues, avec un air d’instituteur : « Smurfs », «  Šmoulové » (en tchèque), « Στρουμφάκια » (en grec)… L’Italien soigne sa prononciation. Mais ne le cache pas : « Pour moi, ils resteront toujours Puffi ! »

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