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Dans les coulisses bruxelloises du cours Florent

Le temps d'une journée, Paris Match a testé la formation professionnelle d'acteur. Trois coups et puis en scène ! | © Cours Florent - Bruxelles

Scène

Iconoclaste et singulière institution parisienne dans la formation des comédien(ne)s de demain, le cours Florent dispose depuis 2013 d'une antenne à Bruxelles. Paris Match est monté sur les planches pour prendre le pouls de cette drôle d'école précédée d'une fameuse réputation.

 

Le rendez-vous est fixé à 14 heures dans la paisible rue Charles Demeer, non loin des portes de Tour et Taxis. Pour les étudiants de l'école, c'est un jour comme les autres. On se répète les dialogues et autres tirades entre deux cafés et une pause cigarette. "Attends, je la refais avec un peu plus de pêche", se reprend une apprentie comédienne assise sur un banc du réfectoire. À côté des "Florentins" (surnom donné aux étudiants inscrits à la formation), d'autres découvrent les locaux pour la première fois, impatients de fouler les planches du cours Florent lors d'une immersion spéciale.

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L'objectif, "c'est de montrer ce que l'on peut faire à l'école et de faire goûter la formation à ceux qui voudraient tenter l'aventure", explique Julien Lanquetin, responsable de l'antenne bruxelloise du cours Florent. Une sorte de porte ouverte axée davantage sur la pratique que sur la théorie, résume-t-on tout en accueillant les derniers participants venus se tester sur le plateau.

Avant-goût

Le décor est simple : quelques chaises pour les spectateurs, un plateau vierge et un rideau noir faisant office de fond de scène. "Surtout, amusez-vous", lâche Julien Lanquetin avant de passer le relais à Geoffrey, comédien et professeur, chargé d'encadrer l'immersion. Au programme, un échauffement corsé suivi d'une série d'exercices de respiration, d'expression orale et corporelle. "L'occasion de se lâcher, d'oser et de se faire plaisir !", lance Geoffrey avant de pousser le volume de la sono et de démarrer l'échauffement sur un rock endiablé d'AC/DC.

Le but de ces exercices, c'est avant tout de se libérer, de créer une connivence et un certain lâcher-prise.

Après plusieurs minutes passées à taper du pied, frapper des mains et se déhancher, la salle s'électrise et les fronts commencent à transpirer. "Eh ben, je ne savais pas que le théâtre c'était du sport en fait", s'étonne l'un. "Je vais décéder", suffoque l'autre entre deux grandes gorgées d'eau. Le but, c'est de "prendre conscience de ce qu'on peut exprimer et dégager avec son corps", explique Geoffrey avant d'entamer la séance d'exercices. En 1 heure 30, il tente d'en regrouper un maximum pour donner aux participants un avant-goût de la formation proposée à Bruxelles. "Ce que je vous fais faire là, ça prend habituellement plusieurs mois", précise-t-il, "mais l'idée c'est de montrer comment ça se passe un premier jour de cours".

© Cours Florent - Bruxelles

Pas d'acteur sans sa troupe

L'immersion du jour veut également amener les participants à vaincre leur timidité en créant une symbiose dans un groupe constitué de purs inconnus. "C'est l'effet collectif qui pousse la formation individuelle. Travailler en troupe permet de s'ouvrir et d'oser plus facilement", explique Geoffrey, passionné par son métier qu'il estime être "le seul où l'on peut être soi-même à 100% en étant honnête avec soi et les autres". Les potentiels futurs "Florentins" intègrent les premiers et précieux conseils : apprendre à donner la réplique, se réaliser à travers la troupe pour parvenir à se lâcher, même lorsqu'on se retrouve "à poil" sur scène ou face caméra.

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Dans la cour intérieure qui jouxte le hall principal, on vient s'aérer la tête, s'en griller une petite et boire un coup. "C'est dingue, ça fait deux heures qu'on est dans cette salle à s'agiter sur le plateau et j'ai l'impression qu'on se connaît tous depuis 20 ans", confie une jeune Française tentée de suivre la formation à Bruxelles. "On ne s'est même pas dit comment on s'appelait", rétorque un autre la clope et le sourire aux lèvres. Si la plupart des participants possèdent déjà certaines affinités avec les planches, d'autres sautent le pas pour la première fois, curieux de voir ce que le cours Florent pourrait leur apporter, professionnellement ou personnellement. "C'est génial de pouvoir tester ce que c'est en vrai ! Ça permet de se rendre compte de ce qui est différent par rapport à d'autres formations ou expériences qu'on a vécu auparavant", explique une comédienne amatrice.

© Cours Florent - Bruxelles

"Ce soir on ne joue pas"

Retour sur le plateau, cette fois avec un texte à la main. Jusqu'à maintenant, les exercices étaient basés sur le corps pour lui permettre de s'exprimer pleinement et librement. Alors seulement, la voix peut prendre le relais. En guise d'ultime challenge de la journée, Geoffrey entame la préparation d'une mini-scène que les participants devront présenter devant un public très privé. Le stress commence à monter à peine le texte départagé. Entre les répliques de chacun, Geoffrey place les intonations, dynamise le ton et met en place la scénographie finale. En 45 minutes chrono, tout le monde est prêt, le texte et les consignes en tête. "Ce soir on ne joue pas", clament les acteurs improvisés aux quelques spectateurs venus les écouter. Pourtant si, ils jouent, comme lors d'un vrai cours ou d'une session d'examen, la pression et l'évaluation en moins.

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"C'est prenant, ça donne envie de continuer à travailler le texte, à l'école et même plus tard chez soi", confie un de ceux qui s'imagine déjà poursuivre la formation. Une fois le rideau tiré et les applaudissements terminés, un espace de dialogue est suggéré pour permettre aux participants d'exprimer leur ressenti sur cette immersion inédite. En présence des responsables de l'école, les questions fusent sur les détails de la formation, les stages d'été, l'organisation du campus et les conditions d'admission. Certains s'interrogent sur la possibilité de conjuguer les cours avec un job en parallèle, afin de pouvoir répondre au minerval demandé. Fort de sa notoriété, le cours Florent soumet un tarif d'inscription d'environ 400 euros par mois pour la formation professionnelle d'acteur. Comptez plus ou moins 500 euros pour un stage d'une semaine. "On est conscients que c'est une somme", note Julien Lanquetin. "Mais l'emploi du temps est organisé de manière à permettre aux étudiants de travailler sur le côté, notamment grâce aux cours du soir", ajoute-t-il. De quoi rassurer ceux qui ont déjà une activité professionnelle et qui veulent varier les plaisirs en jouissant de ceux de la scène.

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