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Bibot Distinguée : Le monologue du popotin

Laurence Bibot

Bibot Distinguée, de Laurence Bibot. Jusqu'au 20 octobre, du mercredi au samedi à 20h30. | © BELGA PHOTO SOPHIE KIP

Art et Scène

The one and only Laurence B., reine du stand-up, championne de la gaudriole et de la gestuelle, fait dans la dentelle au TTO. La salle se gondole au rythme de ses enjambées matamoresques.

 

Quand elle amorce ses pas de gymnaste sur poutre, c’est quasi l’émeute. Son déhanché brutal avec port de micro intégré dans la séquence d’air guitar solo – le mime Marceau en tremble encore – est si authentique qu’il en devient troublant. “J’ai failli ne pas rire”, nous confie un voisin de siège, des étoiles dans les yeux. Quelques rockeurs d’opérette devraient en prendre de la graine.

Laurence Bibot
©  Axel Tihon

Il y a des arabesques de gymnaste olympique, des tocs de mâle en rut, des figures libérées, des enchaînements virevoltants, des anecdotes familiales/conjugales à réveiller un cerf, quelques fixettes de derrière les fagots (le répertoire des avis de recherche d’animaux domestiques est un grand moment – il y apparaît notamment que retrouver un chat nommé Cheval n’est pas un lit de roses).

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Bien sûr, il est question aussi de proctologie, de sécheresse vaginale et de crottes canines. Bibot pique sous la ceinture avec le même panache qu’elle nous décrit, vues de haut, les tentatives d’un morveux tentant de lui palper les seins. La séquence “Tu suces ? ” est nirvanesque. Elle se saisit l’entrejambe avec autant de talent qu’elle roule des fesses. Comme une déesse.

Laurence Bibot

© Axel Tihon

Elle ausculte sa vie de couple dans quelques aspects prosaïco-lyriques. Imitation de la voix de gorge de l’époux aimé lorsqu’il est sur le trône et l’interpelle pour savoir à quelle heure elle rentre.
Tentative de pimenter les ébats. Simulation de fantasme, ravissement: “Tu n’avais pas de culotte ma petite salope ? Mmmh” Et soudain, c’est l’embardée. La jalousie terrestre, cocasse, bédéesque, reprend ses droits.

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Elle parle aussi de l’adolescence d’aujourd’hui, un rien ronronnante, de jeunes filles en fleurs qui s’intéressent au folk. Mais alors, s’alarme Laurence, quels spectacles iront-elles voir à 40 ans ? Des reconstitutions à Waterloo?

Elle évoque ses enfants, sa fille Angèle, qui, gamine, ramène au bercail familial un doux barde, fort peu rock’n’rollesque. Ou de son fils Roméo Elvis qui, prenant à coeur une mission humanitaire au côté de sa mère, compose une pile de t-shirts à l’orthographe douteuse qu’il devra corriger, des heures durant, laborieusement.

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En fin de one-woman-show, Bibot indique d’autres pistes de coeur, si l’on ose dire (elle détesterait l’expression comme elle abhorre la notion de “lâcher-prise” et cette collection de concepts vaguement contemporains qui ne disent rien). Elle donne le pourquoi du comment. Parle de ses parents, tous deux défunts – un père dans la finance et une mère au foyer, douce inspiration. Celle-ci faisait mine de quitter la maison en lingerie et godillots pour égayer sa fille, à qui ces vannes étaient exclusivement dédiées.

Le stand-up demande un don de soi costaud, quelques os en pâture, un investissement. Laurence Bibot, derrière les farces dont elle a le secret, se livre comme rarement.

Laurence Bibot
Affiche spectacle Laurence Bibot

Bibot Distinguée, de Laurence Bibot. Jusqu’au 20 octobre, du mercredi au samedi à 20h30. Théâtre de la Toison d’Or. Réservations Www.ttotheatre.com – Tél. 02/510 0 510.

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