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Strokar Inside : Voir Banksy et bien plus encore (jusqu’à échéance)

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En lieu et place de l'ancien Delhaize Molière, Banksy s'affiche à Ixelles le long de la chaussée de Waterloo, dans un lieu unique et inédit de 5000m². | © Paris Match / Martin Stameschkine.

Art et Scène

La plateforme des arts urbains Strokar Inside fait l’événement en présentant une soixantaine d’oeuvres du célèbre (et mystérieux) street artist Banksy. Une première pour Bruxelles et l’occasion de braquer un coup de projecteur sur une initiative unique en Europe. Dont la durée de vie est tristement limitée : le lieu fermera ses portes le 30 décembre.

Son nom fascine, questionne et on ne sait toujours pas qui se cache derrière le pseudonyme, même si les théories vont bon train. Il est devenu une icône mondiale en chamboulant les codes du monde de l’art. Et fait figure de militant pacifiste, armé de sa bombe de peinture dans une main et d’un pinceau dans l’autre. Son nom ? Banksy, artiste urbain subversif dont vous avez obligatoirement entendu parler. Que ce soit pour l’autodestruction programmée de « The Girl with the Balloon » il y a tout juste un mois ou ses créations engagées, lorsqu’il dénonce les crises migratoires ou tourne en dérision le Brexit, il s’affiche régulièrement au sommet de l’actualité, à n’importe quel endroit sur la planète, avec génie et audace. Encore cette semaine, il a fait distribuer 1000 affiches gratuites au World Travel Market de Londres pour sensibiliser les visiteurs à la situation israélo-palestienne. Et depuis ce jeudi 8 novembre, l’incroyable plateforme dédiée aux arts urbains Strokar Inside, située à Ixelles dans les murs de l’ancien Delhaize Molière, vous offre le privilège de voir au plus près une soixantaine d’oeuvres du street artist, dans le cadre de l’exposition « Banksy : Unauthorized », l’artiste n’ayant pas « validé » l’initiative. « C’est une opportunité inouïe qui est venue à nous, en tant que petite structure associative, d’avoir certaines créations originales de cet artiste majeur et planétaire. On allait pas refuser cette chance d’être les premiers à Bruxelles à l’afficher », s’enthousiasme Alexandra Lambert, cofondatrice de Strokar.

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Il n’y a pas que Banksy qui vous donnera l’envie de visiter Strokar Inside. À l’avant-plan : fresque du street artist Combo. © Paris Match / Martin Stameschkine.

Une bien belle histoire

Strokar, pour « Heart stroke » à l’envers (qui se traduit par arrêt cardiaque), c’est un pari fou lancé il y a deux ans par un couple passionné d’art urbain. Alexandra Lambert, directrice du MAD, le musée de la mode et du design à Bruxelles, et Fred Atax, photographe et réalisateur. Constitué en asbl, le projet n’a qu’un dessein : promouvoir les arts urbains dans toute leur diversité à travers des expositions et collaborations. Et dés le début, les deux complices s’imaginent créer un « supermarché de l’art urbain », comme ils le disent à l’unisson. Leur idée géniale étant de reprendre un temple abandonné de la surconsommation pour en faire une plateforme de l’anticonformisme et libérer les expressions. Durant trois ans, ils vont avant tout former un label fort de 300 artistes, les exposer à Bruxelles et Paris notamment, et aussi multiplier les collaborations originales. Un beau jour de janvier 2018, au détour d’un hasard, Fred réalise que feu le Delhaize Molière d’Ixelles est vide et inoccupé. Ni une ni deux, il se renseigne et arrive à contacter le promoteur immobilier à qui appartient le bâtiment. Il rentre alors un dossier sans trop savoir dans quelle aventure il s’engage. Quelques mois faits de sueur passent, un bail précaire est signé et leur bébé Strokar Inside naît en septembre.

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Le parking de l’ancien Delhaize a laissé place à un terrain de jeu unique. © Paris Match / Martin Stameschkine.
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© Paris Match / Martin Stameschkine.

« Les Picasso de demain ! »

L’idée est simple et unique en Europe : favoriser les arts urbains au sein d’un lieu de 5000m² et mêler les disciplines qui les composent. Graffiti, photographie, déchirures, typographie et bien d’autres se côtoient au sein d’un même lieu, véritable terrain de jeu où les artistes s’expriment librement. Très vite, le succès est au rendez-vous et les visiteurs affluent, curieux de découvrir un lieu qui dénote dans un quartier huppé de la capitale. Le dimanche, on approche même du millier de visiteurs ! Pour une petite asbl comme Strokar, l’exploit est de taille. Des artistes bruxellois comme Denis Meyers ou certains membres du cultissime crew CNN se mélangent à des pointures du street art, tels le pionnier du graff parisien OENO ou l’italien Andrea Ravo Mattoni, et dépoussièrent le bâtiment pour apposer sur ses murs d’incroyables fresques, « qui devraient faire partie du patrimoine public », s’amuse Alexandra avant d’ajouter : « C’est pour certains les Picasso de demain ! » Des expositions temporaires viennent s’ajouter à ce jardin d’expression au destin hors du commun qu’est l’ancien supermarché, autrefois encore patinoire publique. L’arrivée de l’exposition consacrée à Banksy sonne comme la cerise sur le gâteau, même si la joie est un peu gâchée par un goût amer. Le promoteur immobilier Besix Red a en effet récemment annoncé à notre duo qu’il devait débarrasser le plancher au 31 décembre alors qu’un accord avait fixé la durée du bail jusqu’en avril. Le rêve était peut-être trop beau. Et les créations visuelles qui illuminent l’espace sont maintenant menacées de disparaître. Un crève-cœur pour l’asbl, et pour tous les amoureux d’art.

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L’immense fresque de l’italien Andrea Ravo Mattoni fait se côtoyer les oeuvres des maîtres anciens. « L’Homme au turban rouge » (Van Eyck), « La chute des anges rebelles » (Brueghel) et « Deux Satyres » (Rubens) sont reproduites à la bombe. © Paris Match / Martin Stameschkine.
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Fresque de Éric Lacan. © Paris Match / Martin Stameschkine.

Oser se jouer de banksy

« Il y a un respect pour ce projet venant de la part du milieu du street art, souvent très exigeants, qui donne un plaisir fou à continuer », positive Fred. « On a voulu réunir ce qui se fait de mieux pour faire la meilleure promotion possible des arts urbains », nous raconte-t-il. Et qui de mieux comme ambassadeur, pour mettre en lumière tous ces artistes qui se sont appropriés les surfaces de Strokar Inside, que Banksy ? « Il faut miser sur le street art, qui est une discipline en train de révolutionner le 21ème siècle », affirme d’un ton passionné Alexandra. Intelligemment, ici on ne se contente pas d’afficher les oeuvres de l’originaire de Bristol, mais on « joue » avec ses codes. Ainsi, d’autres artistes, tel le Français Levalet, viennent interagir avec les créations de Banksy dans le même espace, et s’amusent avec son univers, parodié et fantasmé, semant le doute chez le visiteur. Banksy or not Banksy ? Génie. À coup sûr le maître serait amusé. « J’aurais adoré avoir les idées et le processus créatif de ce mec. J’ai énormément d’admiration pour son travail », lance un Fred admiratif de l’empreinte que Banksy laisse dans le monde de l’art.

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Banksy ou pas Banksy ? © Paris Match / Martin Stameschkine.

Des projets à la pelle

L’asbl Strokar revendique les mêmes engagements sociétaux que l’artiste : les causes écologiques, éthiques, la défense des minorités ou encore pointer du doigt les incohérences d’un monde toujours plus consumériste. « On est complètement en harmonie avec l’engagement qu’il revendique. Son art est dans le génie de ses idées et pas forcément dans la qualité de son dessin », détaille une Alexandra déjà tournée vers le futur. Strokar ne s’arrête jamais et prévoit de créer un « train climatique » entièrement recouvert de graffs en prévision de la COP24, conférence sur le climat qui se tient à partir du 3 décembre en Pologne, en collaboration avec un transporteur ferroviaire, et ce pour « inciter à utiliser ce moyen de transports moins polluant » dans l’acheminement de marchandises. En toute transparence, elle nous explique également à quoi vont servir les rentrées financières de l’expo Banksy : « Avec celles-ci, on va investir dans nos projets à long-termes, qui sont la création d’un centre d’art dédié à la jeunesse au Cap-Vert, dont Fred est originaire, et l’élaboration d’un spray aérosol non toxique. » Strokar poursuit donc ses rêves malgré l’arrêt de la plateforme bruxelloise. Seulement deux petits mois (jusqu’au 30 décembre) vous restent pour avoir la chance de réfléchir sur notre monde avec Banksy et profiter des visuels bluffants qui tapissent l’ancien parking du bâtiment. Un Strokar Inside bis verra-t-il le jour ailleurs ? « Non. Mais sûrement un autre projet. On aime bien être là où on ne nous attend pas », nous glisse Alexandra, un brin mystérieuse. Hâte de savoir où nous emmènera Strokar la prochaine fois.

« Banksy : Unauthorized », jusqu’au 30 décembre 2018 à Strokar Inside.

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