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Myriam Leroy, Albert Maizel, Mehdi Bayad : Les auteurs de « Sisters » à confesse

myriam leroy

Myriam Leroy signe l'un des trois textes de "Sisters" au Petit TTO. Il y est question d'une hébergeuse de migrants du Brabant wallon. | © Romain Garcin.

Art et Scène

Sisters fait un tabac au petit TTO. Le spectacle, découpé, dans sa première partie, en trois stand-ups distincts, est écrit par Myriam Leroy, Albert Maizel et Mehdi Bayad. Nous avons posé à chaque auteur cinq questions sur sa foi. Inch’Allah donc, et cetera.

Myriam Leroy, vous évoquez dans la pièce une hébergeuse de migrants catho qui étreint les arbres. Etes-vous plutôt croyante/athée/agnostique ?
Myriam Leroy. Je suis surtout de l’école de ceux qui s’en fichent, qui se préoccupent autant de la religion, voire moins, que des protéobactéries.

« Je ne crois pas en une vie future, mais je prendrai quand même un slip de rechange ». Comme Woody Allen, vous n’y croyez pas mais bon, sait-on jamais ?
Exactement. Voilà pourquoi, dans le doute, je m’emploie quand même à essayer d’être une bonne personne. Des fois que sur un malentendu on me réincarnerait en crabe aveugle …

S’il y avait un monde meilleur, ce serait …
Un monde avec moins d’humains et plus d’animaux. Seigneur, envoie-nous le déluge !

Le plus mauvais souvenir dans votre éducation – ou non-éducation – religieuse ?
La messe. J’étais obligée d’y aller : l’enfer. Les curés avaient un charisme de chaussette, il n’y avait que des vieux, et ces histoires de bonshommes ne me parlaient pas. À la fin, je prenais un Game Boy avec moi pour passer le temps.

Les choses iront-elles mieux quand on aura plus de femmes prêtres/imams/rabbins ?
Je ne sais pas si elles iront mieux et je ne suis pas sûre que le monde a vraiment besoin de plus de ministres du culte, mais en tout cas, ce sera un bon signal envoyé à toutes les autres.

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Mehdi Bayad : « S’allonger dans une mosquée est relativement fabuleux »

Mehdi Bayad, quels sont les clichés qui ont la dent la plus dure dans la religion que vous avez « traitée » ou interprétée ?
Mehdi Bayad. Dans l’islam, l’idée d’une grande passivité des femmes reste assez tenace. Je vous suggère de venir voir June sur scène pour vous convaincre du contraire.

Pour écrire le spectacle, vous êtes vous parfois auto-censurés, ou mutuellement censurées ?
Le mot d’ordre, dès le départ, était de conserver une liberté de ton totale sans pour autant tomber dans la provocation. Nous souhaitions donner à voir un point de vue personnel, plus individuel, sur les questionnements qui peuvent animer certaines femmes dans la religion.

Mehdi Bayat, auteur d'un tiers de "Sisters" au TTO.
Mehdi Bayad a écrit le texte de June, musulmane, qui évoque notamment le placement judicieux de « Inch’Allah ». © TTO

Quelle est la cérémonie que vous enviez le plus dans les religions, la vôtre ou celle des autres ?
Le simple fait de s’allonger dans une mosquée est relativement fabuleux : je décerne la palme du meilleur endroit pour faire une sieste aux tapis triple-épaisseur des mosquées, juste avant les hamacs en bord de mer et les piscines à bulles.

Êtes-vous plutôt croyant/athée/agnostique ?
Mon niveau de foi est à peu près équivalent à ma capacité à jouer du trombone. Et je suis un piètre musicien.

Quels sont les vrais péchés capitaux du monde ?
L’ignorance gagne haut la main. Elle entrave l’empathie et, dans le même temps, amoindrit notre capacité à identifier la véritable nature de nos problèmes.

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Albert Maizel : “La dernière scène de ‘La Vie de Brian’ me guide tous les jours”

Albert Maizel, si vous pouviez vous réincarner, quelle forme choisiriez-vous ?
Albert Maizel. Je me demande plutôt ce que j’ai fait dans une vie précédente pour être réincarné dans un mec petit, poilu, chauve et juif.

Avez-vous déjà fait une retraite ?
J’ai vécu en Europe centrale au moment de la chute du mur de Berlin et du dérèglement absolu des moeurs qui s’en est suivi, c’est une sorte de retraite.

Albert Maizel cosigne le spectacle "Sisters" avec Myriam Leroy et Mehdi Bayat
Albert Maizel évoque ce mari obsédé par le culte qui poursuit Nathalie (Uffner) de ses assiduités livresques. © TTO.

Plutôt croyant, athée ou agnostique ?
Il y a une très belle idée dans le judaïsme : le monde est né d’une brisure. C’est notre responsabilité et notre liberté de le réparer par nos actes et par l’étude. Donc questionner le monde et agir le répare.

Entre co-auteurs, vous êtes-vous mutuellement censurés ?
Il n’y a pas de tabou, il n’y a que des ponts aux ânes.

Avez-vous connu des crises de foi ?
Je vois cette question comme une immense incitation au jeu de mot.

En cinéma, vous êtes plutôt Rabbi Jacob, The Life of Brian, Jesus Christ Superstar, La Dernière tentation du Christ, Des hommes et des dieux… ?
La dernière scène de The Life of Brian me guide tous les jours. Mieux que cette scène, ça n’existe pas. Mais je rajouterais à la liste le film Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ, un navet absolu mais dont le titre est tout simplement fabuleux.

« Sisters », au Little TTO jusqu’au 2 mars 2019 / www.ttotheatre.com / 396-398 galerie de la Toison d’Or, 1050 Ixelles.
Du mercredi au samedi à 20h30 | Également lundi 4 et les mardis 5, 19 et 26 février à 20h30.

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