Le fabuleux destin de Gilbert et George, les invités d’honneur de la BRAFA

Le fabuleux destin de Gilbert et George, les invités d’honneur de la BRAFA

Gilbert & George, invités d'honneur de la BRAFA, ont eu un succès fou lors de l'inauguration. | © © BRAFA

Art et Scène

La bonne humeur contagieuse du duo britannique Gilbert & George, Invités d’Honneur de cette édition 2019 – qui furent véritablement assaillis par des demandes d’autographes et autres selfies lors de l’inauguration ! -, s’est répandue dans les allées de la foire, contribuant à convaincre les collectionneurs et acheteurs de succomber aux mille tentations présentées par les 133 exposants présents…

 

Qui est Gilbert ? Qui est George ? se demande-t-on toujours comme si c’était de la plus haute importance devant l’improbable équation 2=1. Gilbert & George est un artiste. Derrière l’artiste, deux hommes, le plus petit, Gilbert Prousch né en 1943 à San Martino dans les Dolomites et le plus grand George Passmore, né en 1942 à Plymouth dans le Devon. Ils se rencontrent en 1967 alors qu’ils étudient la sculpture à la St Martin’s School of Art, – actuellement Central Saint Martins College of Art and Design – à Londres. L’histoire raconte que George était l’un des seuls à comprendre Gilbert dont l’anglais n’était pas parfait. Un rapprochement qui sera le début d’une longue aventure où sont intimement mêlés leur vie et leur travail artistique. Ils n’ont jamais envisagé une création séparée.

Sculptures vivantes

Des oeuvres monumentales du couple d’artistes vont émailler les allées de la Brussels Art Fair. © BRAFA

C’est à la fin des années 60 qu’ils se sont fait connaître en créant des sculptures avec lesquelles ils se prennent en photo, mais ils se rendront assez vite compte qu’ils peuvent être ces sculptures eux-mêmes. Les voilà living sculptures à un moment où la performance est encore un art balbutiant. « Singing Sculpture », par exemple, leur donnera une certaine aura et sera abondamment copiée par la suite. Habillés d’un costume et revêtus de peinture métallique, ils reproduisaient en automates des gestes du quotidien le temps d’une chanson avant de reprendre une pose aussi figée que les statues des parcs des alentours. Ils s’intéressent également à la vidéo. Dans le film Gordon’s Makes Us Drunk, le duo portant toujours le costume comme un emblème et le visage aussi impassible qu’un Welsh Guard devant Buckingham se délecte de gin Gordon tout en émaillant celui-ci de petites phrases lapidaires comme « Gordon nous rend très ivres ». Le parti est pris, ils se mettent en scène dans une vie normale de tous les jours et seront les personnages principaux d’œuvres qu’ils signeront de leurs seuls prénoms. Ils désignent sous le terme générique de «Sculpture» l’ensemble de leur production de dessins, photographies, peintures performances, films. Leur slogan est « L’art pour tous » a contrario des idées de l’époque qui visent une minorité d’initiés. « On n’est pas différent des autres gens, disent-ils, on essaie simplement d’exprimer nos problèmes de façon visuelle, avec un langage que tout le monde peut comprendre ».

Des photomontages monumentaux

Leurs montages photographiques des débuts deviennent vers la fin des années 80, de grands photomontages aux allures de vitraux. Leur image y est souvent présente à côté de leurs amis et de leur environnement. Gilbert & George travaillent d’abord principalement ceux-ci en noir et blanc introduisant peu à peu le rouge, souvent en croix, pour laisser ensuite place à la couleur. A partir des années 90, ils laissent tomber le costume pour se présenter nus comme dans la série Naked Shit Pictures (1995). Leurs thèmes récurrents sont la vie et la mort, la jeunesse, l’argent, le racisme, les questions sociales, la sexualité, la violence, la pauvreté, la religion. Toujours en série ce qui, disent-ils, leur permet de raconter une histoire et d’approfondir ce qu’ils veulent dire. En 2000, ils choisissent la galerie White Cube pour les représenter et leurs photomontages se font par ordinateur avec des œuvres parfois monumentales comme le tryptique Old Beard Ruin (2016) qui mesure 4m de hauteur sur 23m de long. « Gilbert & George examinent l’évolution constante de la vie urbaine comme d’autres analyseraient la météo ou étudieraient le courant sans fin d’un fleuve », note le critique d’art Michael Bracewell qui ajoute que leur vision « découle de l’union de la lucidité et d’émotions exacerbées : leur art est le fruit d’une maîtrise équilibrée et d’une perte de contrôle ».

Cinq oeuvres à la BRAFA

© Albert Baronian

La galerie Albert Baronian qui défend les travaux de Gilbert & George en Belgique a permis cette fructueuse prise de contact entre la BRAFA et les auteurs qui ont eux-mêmes sélectionné les cinq photomontages monumentaux que l’on pourra voir dans les allées. Sur fond d’Union Jack, les ‘Jack Freak Pictures’ (2008) comptent parmi les œuvres les plus emblématiques, les plus fines d’un point de vue philosophique et les plus visuellement violentes que Gilbert et George aient jamais créées », note Michael Bracewell. Les ‘London Pictures’ (2011) sondent de manière épique la vie urbaine contemporaine dans toute sa volatilité, sa tragédie, son absurdité et sa violence ordinaire. Ces images ont été conçues en triant et classifiant près de 4000 posters de gros titres volés pendant plusieurs années par les artistes dans les kiosques à journaux. Les ‘Scapegoatins Pictures’ (2013) décrivent un monde où la paranoïa, le fondamentalisme, la surveillance, la religion, la dénonciation et le victimisation deviennent des nuances morales de l’humeur urbaine. Signature iconographique de cette nouvelle série, du gaz hilarant dont les bombes ont été ramassées par les artistes dans les ruelles de leur quartier et qui présage du terrorisme, de la guerre et d’une sombre brutalité industrielle. L’atmosphère des ‘Beard Pictures’ (2016) repose sur des symboles tels que ruines, fils barbelés, caricatures de Gilbert & George en personnages grotesques de bande dessinée. Le motif récurrent est l’image de la barbe, dans une extrapolation picturale confinant au surréalisme. Elle y est dépeinte aussi bien comme masque que comme signifiant : un signe des temps.

www.gilbertandgeorge.co.uk

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