Alex Vizorek : « Je peins aussi… mais je ne montre à personne ce que je fais ! »

Alex Vizorek : « Je peins aussi… mais je ne montre à personne ce que je fais ! »

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Alex Vizorek, l'humoriste belge qui nous livre ses "états d'arts". | © Mehdi Manser

Art et Scène

Comédien, humoriste et animateur belge, il n’a de cesse de titiller nos certitudes à coup d’humour caustique et avec le mérite de nous faire réfléchir sans nous prendre la tête. À l’occasion de la BRAFA, celui qui a appelé son premier one-man-show Alex Vizorek est une œuvre d’art nous parle de son rapport à l’art.

Paris Match Belgique. Quel a été le point de départ de votre spectacle, Alex Vizorek est une oeuvre d’art ?
Alex Vizorek. J’avais envie d’écrire un one-man-show. C’était une période où j’étais à Paris en train d’errer un peu et je me suis dit pourquoi ne pas parler de ce que je vis en ce moment, c’est-à-dire de ce que je consomme artistiquement. J’allais beaucoup au cinéma voir de vieux films donc, dans le spectacle, il y a un sketch sur Mort à Venise. Je n’y connaissais rien en musique classique, mais je me suis posé des questions sur les joueurs de cymbales qu’on y retrouve aussi et je passais de nombreuses heures dans les musées donc je considérais que j’étais en droit de m’interroger sur l’art moderne. Avec cette question « Qu’est-ce que l’art ?», un beau sujet pour une dissertation de rhéto et un concept abordé par exemple par Josef Beuys dans sa performance « Comment expliquer les tableaux à un lièvre mort ». Je trouvais que parfois, on sacralisait trop les artistes. « Merda d’Artista » de Piero Manzoni, pour moi, c’est une blague de gosse parce que son père lui disait qu’il faisait de la merde et comme celui-ci travaillait dans une usine de conserves, il a associé les deux. Comment il est arrivé à en faire une oeuvre d’art ? Mystère. Pareil pour Fontana avec ses coups de cutter. Le bon côté, c’est que maintenant les gens se prennent un peu partout dans le monde en photo devant des Fontana et me les envoient.

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Suivez-vous de près les salons consacrés à l’art ?
À Paris, j’adore flâner rue de Seine par exemple où il y a plusieurs galeries et je vais à la FIAC chaque année avec un œil d’humoriste évidemment, mais aussi celui d’un amateur d’art.

Avez-vous une forme d’art, un courant stylistique ou un artiste privilégié ?
Chez moi, j’ai un tableau de Gérard Fromanger avec qui je me suis lié d’amitié et un dessin du Liégeois Jacques Charlier acheté à la Drawing Now Art Fair à Paris. J’habite dans 31 m2 donc je ne peux pas accrocher 10 oeuvres d’art sur chaque mur, mais je me suis dit que j’avais tellement parlé d’art, que c’était bien d’en avoir une ou deux. Je n’aime pas l’idée d’acheter des œuvres pour les ranger dans une cave en attendant qu’elles prennent de la valeur. Je pense que l’art doit être vu. Le tableau de Fromanger est plein de couleurs. Chaque matin, je le regarde en prenant un café, il m’envoie quelque chose, c’est inspirant.

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L’humoriste lors d’une représentation de son spectacle « Alex Vizorek est une oeuvre d’art ». © BELGA PHOTO / GEOFFROY VAN DER HASSELT.

En dehors de votre métier avez-vous des violons d’Ingres qui touchent à l’art ?
Il y a l’art que je pratique de manière professionnelle – l’écriture et le jeu – et puis il y a l’art pour le plaisir du temps passé à la création. Pour l’instant, j’aime bien gratter une chanson à la guitare. Je suis nul, mais ça m’amuse. Je peins régulièrement et j’adore parce que ça me sort complètement de mon quotidien pendant trois à quatre heures. Je ne montre à personne ce que je fais. C’est juste pour le plaisir.

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Étant donné vos différentes études, vous auriez pu avoir de nombreuses carrières. Qu’est-ce qui vous plait dans le fait d’être humoriste ?
Après mes études, je me cherchais un peu et il y a un moment où j’ai eu l’impression d’être en adéquation avec qui j’étais, c’est-à-dire que j’avais le droit d’avoir un avis sur les choses. Tout en continuant à bien travailler la formulation parce que moi on me demandait le mien à condition qu’il soit amusant. J’aime beaucoup Desproges. Il a à la fois une manière très intelligente d’écrire ses vannes et, en même temps, il y a des images de lui en train de faire un combat de boudins avec Daniel Prévost dans une boucherie. C’est ce grand écart-là que je trouve drôle. Quand je prépare mes blagues, j’aime bien dire qu’il y a un côté infantile. J’ai l’impression de mettre le coussin péteur sur la chaise et j’attends que quelqu’un s’assoie dessus. J’avoue que ce coté, sans doute un peu enfantin, du métier me correspond. Je n’ai pas de gosses, alors c’est moi le gosse.

« Alex Vizorek est une œuvre d’art », où il parle d’art moderne, de sculpture ou de musique, est actuellement en tournée dans toute la France et notamment à Paris, à l’Alhambra en mars 2019. En Belgique, cette année, il sera à Malmédy le 11 février et à Mouscron le 28 avril. On peut l’entendre tous les jours sur France Inter dans l’émission « Par Jupiter » avec sa complice Charline Vanhoenacker et le voir sur C8 chez Ardisson dans « Salut les Terriens », tous les samedis soir. Il présentera également les Magritte du Cinéma ce 2 février, sur La Deux.

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