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Hiplet, les petits rats de l’opéra du hip-hop

Le Hiplet, la danse qui se pratique aussi bien en tutu qu'en jeans baggy | © TEDxSanFrancisco

Art et Scène

Des pointes de la danse classique aux vagues rythmées du hip-hop, le « hiplet », cette danse hybride fait de plus en plus parler d’elle aux États-Unis.

Pas chassés et pirouettes mêlés au twerk et au booty-shake, voici les figures exercées par les danseuses du Multi-Cultural Dance Center de Chicago. Depuis une vingtaine d’années, le fondateur de cette école, Homer Hans Bryant, apporte sa touche à la danse contemporaine en chorégraphiant du « ballet rap ». Aujourd’hui, la discipline a fait du chemin puisque, depuis lors,  la grâce et les pointes du ballet ont rencontré la puissance et le rythme du hip-hop. Depuis 2007, ce professeur enseigne le « hiplet », la contraction des mots hip-hop et ballet, à des jeunes filles âgées entre 12 et 18 ans, et n’hésite pas à poster leurs prouesses sur les réseaux sociauxLes performances des ballerines sur « If It Ain’t Love » de Jason Derulo avaient d’ailleurs enflammé la toile. En moins de trois semaines, la vidéo postée sur Facebook avait atteint plus de 8 millions de vues. Invitées sur plusieurs plateaux télé, ces petits rats de l’opéra urbain ont participé à la fashion week new-yorkaise, à une conférence TED à San Francisco et se sont produites pour une pub de la marque Desigual.

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Hip-hop sur pointe

Impossible de pratiquer le hiplet sans être d’abord passé par la danse classique. Force et entraînement sont requis pour ne pas se blesser lors d’une figure.  » Dans la danse classique traditionnelle, on a l’air d’être soulevé, le centre de gravité du corps est loin du sol. Avec le hiplet, on apprend à danser plus bas, plus près du sol. Mais vous avez toujours les éléments de base du classique. Si vous regardez votre corps séparément, vos jambes et vos bras sont l’opposé. C’est comme un puzzle » décrypte Nia Parker, 18 ans, au New York Times.

En tutu ou en baggy, le hiplet permet essentiellement aux danseuses formées au ballet de trouver une place dans l’univers fermé, blanc et très codé de la danse classique. Mêler la rigueur du ballet aux mouvements fluides du hip-hop, c’est l’équilibre du hiplet. Mais la technique et la discipline sont indissociables pour être capable de bouger librement, sur pointe.

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Un outil d’empouvoirement

Les danseuses confient que lorsqu’elles dansent, elles rentrent dans « un autre monde ». Au lieu de baigner dans la mentalité féérique du classique, il s’agit pour elles d’un vértiable outil d’empouvoirement féministe.  Zipporah Wilson confirme : « J’ai grandi en pensant que je ne pourrais jamais faire de ballet à cause de la couleur de ma peau. […] Le hiplet m’a montré que je pouvais tout danser. »

Poétiques et provocatrices à la fois, ces ballerines montrent que le hiplet ouvre une nouvelle voie d’expressivité aux danseuses. Peut-être même aux danseurs ? Si l’école est toujours exclusivement féminine, le fondateur, Homer Hans Bryant, rêve de créer une compagnie et d’inclure les garçons. Avis à tous les « Billy Eliott ».

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