« Décloisonnement » : Quand féminisme et antiracisme s’associent dans une exposition

« Décloisonnement » : Quand féminisme et antiracisme s’associent dans une exposition

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La maison des femmes de Schaerbeek, à Bruxelles, expose les photographies de Nora Noor. | © © Nora Noor.

Art et Scène

Du 10 mai au 30 juin, la maison des femmes de Schaerbeek accueille les photographies de la portraitiste Nora Noor. Une exposition coup de poing où des femmes discriminées en entreprise, du fait de leur couleur de peau ou leur origine, posent à côté de leurs témoignages.

« Décloisonnement : elles s’expriment, elles s’affichent, elles se décadrent » résume le titre de cette rencontre photographique organisée par l’ASBL AWSA-Be et soutenue par l’assemblée participative pour les droits des femmes Alter Egales. Originaires du Congo, du Maroc ou de la Corée, elles partagent leurs parcours professionnels, souvent jonchés d’obstacles, entre racisme et sexisme, sous l’objectif de Nora Noor.

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Marie Dasylva, coach de vie en entreprise. © Nora Noor.

Moi par la société, la société par moi

Elles s’appellent Christelle Pandazyla, Kenza Walli El Marsni ou encore Virginie Tumélaire, et elles posent fièrement pour l’exposition photographique « Décloisonnement », à la maison des femmes de Schaerbeek. Ce travail est né d’un besoin de donner plus de visibilité aux femmes issues de la diversité, qui se battent au quotidien pour franchir plusieurs plafonds de verre dans la société ou dans leur environnement.

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C’est après une conférence avec le coach en entreprise, spécialiste du sexisme et du racisme, Marie DaSilva, que ce projet photographique est apparu comme une nécessité pour plusieurs femmes. Huit d’entre elles ont décidé de prendre la parole pour partager leurs parcours, les obstacles auxquels elles se sont heurtées et leurs ambitions dans un monde professionnel parfois raciste et sexiste.

Exposition « Décloisonnement ». © Robin Tutenges.

Chaque portrait est associé à un témoignage fruit d’une démarche singulière. « Je leur ai posé deux questions, précise la photographe Nora Noor. Je leur ai demandé de décrire comment la société les percevait et comment elles percevaient la société ». De ces introspections, plusieurs similitudes émergent. « J’ai pu observer qu’une femme d’origine congolaise ne va pas être confrontée au même racisme qu’une femme asiatique ou arabe. Le fait est qu’à un certain moment, on s’est toutes retrouvées freinées à cause de notre couleur de peau ou de nos origines, ajoute Nora Noor. Quand elles voulaient postuler à un poste important, elles se sont senties regardées comme une anomalie. Il faut du temps pour déconstruire cela et se dire ‘oui on a le droit au meilleur’. C’est le but de ces photos : booster l’ambition professionnelle et personnelle ».

Virginie Tumélaire, Belge d’origine coréenne, à gauche et Mujing Alice Rukambu, belge d’origine du congo, à droite. Virginie Tumélaire: Moi par la société: « La société me renvoie constamment que je suis étrangère, du moins au premier abord. C’est tantôt bienveillant, tantôt méprisant, parfois haineux malheureusement. […] » La société par moi: « J’ai grandi en Belgique, étudié en Belgique et je travaille en Belgique. Je paie mes impôts en Belgique, je consomme en Belgique et je consomme belge le plus possible. […] » © Nora Noor.

« Je croise la photographie et le féminisme »

La couleur vive de leurs vêtements contraste avec l’arrière-plan sombre et fait ressortir l’énergie folle que dégagent ces femmes. Seuls leurs visages brillent. « Ces portraits de ces femmes qui rient sont faits pour ne pas non plus tomber dans le misérabilisme de la situation. Je voulais montrer la beauté, la force, la résilience, l’intelligence et la détermination de ces femmes. Ces portraits doivent nous tirer vers le haut au quotidien », indique Nora Noor.

Autoportrait. © Nora Noor.

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Depuis 20 ans, elle croise photographie et féminisme « pour montrer des femmes que l’on n’a pas l’habitude de voir dans les musées ou les galeries », dit-elle. En maniant habilement le portrait et en jouant avec la posture prise par ces femmes, fière et énergique, le message féministe prend une véritable force. Avec un brin d’humour elle dédie cette exposition qui durera jusqu’au 30 juin prochain à la maison des femmes de Schaerbeek, « à toutes les femmes, racisées, handicapées, queer, trans, travailleuses du sexe, sorcières, complices, survivantes, insoumises, réfugiées… toutes celles que cette société ne veut pas voir ! »

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