Avec The Shed, New York fait le show

Avec The Shed, New York fait le show

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The Shed offre une expérience culturelle unique. | © Brett Beyer / Diller Scofidio + Renfro / Rockwell Group.

Art et Scène

Ce nouveau lieu culturel d’envergure se veut ouvert à tous les arts et à tous les publics.

 

Durant l’inauguration de The Shed, il aura surtout été question de flexibilité pour définir ce bâtiment d’un nouveau genre. On aura aussi entendu des voix s’élever pour réaffirmer la place de New York comme capitale culturelle mondiale. Ici, les musées voient toujours plus grand – et plus coûteux –, mais rien n’avait été construit pour les arts vivants depuis trop longtemps. The Shed, situé dans un quartier autrefois semi-industriel, est un pari à plus d’un titre. Il y avait sur ce terrain une parcelle à part, propriété de la ville. « New York est avant tout orienté vers la propriété privée. Une telle opportunité est rare », commente Liz Diller, l’architecte. « J’espère que New York tombera amoureuse de ce lieu », reprend Alex Poots, – l’Écossais nommé directeur artistique, à l’origine du festival de Manchester.

Des places à 10 dollars pour accéder à un bâtiment qui en aura coûté 500 millions

À première vue, l’ensemble n’est pas si révolutionnaire : trois étages avec galeries et théâtre. Mais le petit plus réside dans ce toit rétractable qui permet de transformer la « plaza » en salle bis. « The Shed sera ouvert en journée et en soirée. On pourra le traverser à tout instant », clame Poots. Lui comme son équipe entendent s’affranchir des barrières entre art noble et art populaire. Par exemple, faire cohabiter les danses de rue et la musique contemporaine de Steve Reich. « La plupart des grands lieux culturels sont pensés pour des élites, renchérit Liz Diller. The Shed se veut aussi expérimental en imposant un quota de places à 10 dollars. » Sacré pari pour un bâtiment qui aura coûté 500 millions de dollars. Comme souvent aux États-Unis, les donateurs ont apporté l’essentiel de ce budget. Mais rien de la famille Trump, à priori … « Au départ, ce projet n’avait pas de client. Alex Poots l’a transformé », souligne Liz Diller. En cinq minutes, l’auvent se replie et couvre la « place » de The Shed. Les énormes structures sur roues permettant cette prouesse sont comme un rappel du passé industriel du lieu.


L’autre défi est de fonctionner sur le principe de commandes aux artistes. Dans une ville où il est quasiment impossible de trouver des studios de répétition ou des ateliers abordables, The Shed est une bouffée d’oxygène. D’ailleurs, Alex Poots ne cache pas sa surprise d’avoir reçu autant de candidatures pour le programme Open Call, réservé aux créateurs vivant à New York, « dont beaucoup d’immigrés » : 930 postulants pour 52 places. On espère donc y voir les vedettes de demain, en plus de Björk ou de la pianiste Hélène Grimaud.

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Pour Diller, ce lieu est comme un laboratoire encore en mouvement. On ne sait pas si le New York du futur se dessine dans ce quartier en bord de rivière. Mais The Shed pourrait bien être le modèle des pratiques culturelles du XXIe siècle.

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