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Une oeuvre puissante pour dénoncer les féminicides en Turquie [PHOTOS]

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Une installation signée Vahit Tuna. | © Ozan KOSE / AFP

Art et Scène

Avec son installation artistique peu banale, l’artiste turc Vahit Tuna attire l’attention sur la recrudescence des féminicides dans son pays. 

440 paires de chaussures alignées sur deux façades d’immeubles d’Istanbul. C’est l’oeuvre de Vahit Tuna. Avec son installation monumentale que personne ne peut ignorer, l’artiste turc de 48 ans rend hommage aux 440 femmes mortes sous les coups de leur conjoint en 2018. Comme en Belgique et partout dans le monde, les féminicides sont un véritable fléau en Turquie. Et ce chiffre est en augmentation depuis plusieurs années. En 2017, elles étaient 409. En août dernier, le meurtre d’Emine Bulut, poignardée par son ex-mari devant leur fillette de 10 ans dans un café à Kirikkale, était devenu le symbole de cette violence. Malgré l’émotion que provoquent ces meurtres et leur recrudescence, les mesures adéquates peinent à être mises en place. Pire encore, les autorités turques veulent se désengager de la Convention sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes, selon Le Monde.

Pour dénoncer ce terrible fait social (et non divers), Vahit Tuna a donc décidé d’exposer son oeuvre à la lumière du jour et non dans un espace clos, de sorte qu’elle ne puisse être ignorée du public. Les chaussures sont placées sur deux murs d’installations d’art qui font partie de Yanköşe, une plateforme d’art à but non lucratif située à Istanbul. Elles y resteront durant six mois.

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Une symbolique forte

La représentation de ces chaussures sur une façade revêt une dimension symbolique très forte puisque, dans certaines régions de Turquie, il est de coutume de laisser les chaussures d’un défunt sur le pas de la porte. Dans ce cas-ci, les 440 paires rappellent aux passants le nombre de décès que portent le pays. Dans un même état d’esprit, Vahit Tuna a choisi des escarpins noirs en raison de ce qu’ils symbolisent. L’artiste a expliqué à des médias turcs que les talons sont un signe d’indépendance et de pouvoir des femmes (même si pour d’autres, ils représentent leur soumission). Il déplore ainsi que les femmes tuées n’aient pas eu la possibilité de vivre une vie indépendante.

« Les femmes, de toutes les régions et de toutes les couches sociales de la Turquie, veulent travailler, avoir accès à l’éducation, divorcer ou rompre avec leur partenaire si elles ne sont pas heureuses, ne pas être obligées de faire des choses qu’elles ne souhaitent pas et prendre leurs propres décisions à propos de leur vie », explique la plateforme We Will Stop Feminicide. « Le patriarcat est la raison derrière la perte de tant de vies. Plutôt que de reconnaître cette réalité sociale et de comprendre les femmes, les hommes réagissent à la quête de leurs droits par la violence et leur imposent des obstacles. L’absence de politiques efficaces garantissant une existence égalitaire et les droits des femmes encourage également les hommes enclins à la violence. »

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