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Inside Rembrandt : Au coeur de l’univers du maître baroque roi du ‘selfie’

Rembrandt

Un auto-portrait de Rembrandt réalisé à la toute fin de sa vie. L'homme, le peintre semble sourir à la mort certaine... | © Wallraf-Richartz-Museum. Foundation Corboud.

Art et Scène

Cela fait 350 ans que Rembrandt van Rijn est décédé. Pourtant son oeuvre et ses tableaux n’ont pas encore livré tous leurs secrets. Le musée Wallraf à Cologne nous plonge jusqu’au 01 mars 2020 dans le ‘studio’ Rembrandt pour mieux connaître l’environnement du peintre batave. Un artiste qui avait fait de son nom, de son style, une véritable marque…

Par Laurent Depré

« Rembrandt a été tellement loin dans le mystère qu’il a montré des choses pour lesquelles il n’existe pas même de mot dans aucun language »… Ce résumé de l’art de Rembrandt nous vient de … Vincent Van Gogh. L’exposition Inside Rembrandt a pour mission d’emmener le visiteur dans les secrets de l’artiste. Ce qui l’a inlfuencé, comment il a développé ses thèmes et son style, comment il est devenu une « marque » et pourquoi il continue à captiver le public.

L’expérience est divisée en quatre actes au travers de deux périodes: les débuts à Leiden avec son comparse Jan Lievens et la reconnaissance dans Amsterdam l’opulente. Dès 1629, il est encore fort jeune, avec son tableau « Judas repentant » toute la palette du peintre s’affiche sous nos yeux. Il s’y retrouve toute la dramaturgie de la scène, une panoplie d’émotions dans les postures et les visages ainsi qu’un travail acharné sur les zones d’ombres et de lumières. La scène centrale cruciale est comme éclairée au spot lumineux.

 

©DR

L’objectif est aussi de tenter d’expliquer pourquoi Rembrandt a dépassé les autres peintres de son époque, y compris son ami Jan Lievens. « La différence est criante entre les tableaux des différents peintres que l’on peut voir à Cologne », explique Anja Sevcik, cheffe du département de peinture baroque du musée Wallraf. « Vous avez des portraits où les gens posent sans plus… Et puis, il y a les portraits de Rembrandt dans lesquelles on retrouve de la tension, de la vie, du vécu, des émotions… Prenez cette superbe peinture du savant assis à une table qui se détourne de sa lecture pour regarder le peintre. Tout y est ! On voit dans le regard que l’homme est entre deux mondes. Le spectateur l’interrompt clairement, il ya du mécontentement dans le regard, on y croit ! Si, ensuite, vous vous postez devant la toile de Ferdinand Bol, nommée L’astronome, ce visage ne dégage rien… C’est un portrait sans relief. Pourtant Bol fut l’un des élèves les plus doués de Rembrandt… Voilà le but de l’exposition, montrer pourquoi Rembrandt est tellement différent et fort.  »  

©Prag, Nationalgalerie_Rembrandt (Harmensz. van Rijn), Gelehrter im Studierzimmer, 1634, Nationalgalerie Prag_neue Datei
L’astronome, Ferdinand Bol. ©London, National Gallery.

Dessins, gravures, esquisses…

Inside Rembrandt propose aussi toute une série de dessins et de travaux préparatoires qui nous plonge dans l’environnement de production du maître. Parfois, on entre même dans l’intimité du peintre avec des dessins de Saskia, son grand amour, dans son lit. L’un des plus beaux tableaux de cette exposition selon nous est certainement ce portrait de jeune fille qui n’est autre que Saskia van Uylenburgh, son épouse. On y trouve la joie de vivre, la jeunesse, une certaine arrogance et assurance dans le regard avec à nouveau ce parfait jeu de lumières sur le visage. Ce sont les années du bonheur…

 

La femme de Rembrandt, Saskia, décédée à l’âge de 29 ans, probablement de la tuberculose… ©Dresden, Foto Hans-Peter Klut
Un superbe autre portrait d’un garçon africain de Gerrit Dou. A voir au musée Wallraf de Cologne également. ©Hannover Museum

Le maître du selfie avant l’époque

Ce n’est pas le coeur de cette exposition à Cologne mais une série de tableaux montrent que Rembrandt est l’unique artiste du 17e siècle à avoir été aussi loin en nombre de toiles et en honnêteté, en mise à nu. De sa prime jeunesse à une année de la fin de sa vie, en 1662, il s’est peint sans aucune concession. Sur le dernier auto-portrait, affiché au Wallraf, nous découvrons un Rembrandt goguenard, regardant la mort bien en face, le dos courbé par les ans… Jusqu’au bout, il aura fait passer de multiples émotions dans ses « selfies ».

Pour Anja Sevcik, « il s’agit même pour lui d’une sorte de carte de visite… Rembrandt est reconnaissable entre mille avec son chapeau particulier, ses cheveux mi-long qui terminent en boucle des deux côtés d’un visage plein de gouaille…C’est signé ! » 

Si vous planifiez une visite de l’exposition en cette fin d’année, Cologne vous offre différentes opportunités. La ville est située à moins de 100 kilomètres de la frontière belge et facilement accessible en train ( moins de deux heures depuis Bruxelles en Thalys). Vous pourrez, outre votre passage par Inside Rembrandt, profiter de nombreuses rues commeçantes pour effectuer vos achats de fin d’année. Cologne a la réputation d’être moins chère pour toute une série de produits… Et également pour vous balader dans le sympathique marché de Noël qui a pris place au pied de l’immense cathédrale gothique de la ville. À visiter aussi pour son point de vue imprenable sur la région. Bref, c’est l’occasion de passer une agréable journée culturelle pas trop loin de chez nous.

Enfin, pour les passionnés, dans le cadre des 350 ans de la disparition du peintre, la prestigieuse maison d’édition Taschen édite trois livres volumineux reprenant l’ensemble des oeuvres de Rembrandt, de ses dessins et gravures ou encore de ses auto-portraits.

 

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